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Marché Maghreb

Ordre des experts-comptables marocains : les enjeux de la formation du nouveau bureau

Par Jean Claude Convenant 4 min de lecture

La page électorale s’est tournée au sein de l’Ordre des experts-comptables du Maroc. Le scrutin du 22 mai 2026 a désigné les onze membres du Conseil national qui devront, dès début juin, élire la nouvelle équipe dirigeante de la profession. Cet exercice de composition du bureau national s’annonce complexe, combinant des alliances tissées en campagne, des logiques de répartition géographique et ministérielle, ainsi que le poids des traditions parlementaires internes.

L’après-élection : transition vers le vrai pouvoir

Les résultats électoraux ne représentent qu’une étape dans la structuration de l’Ordre. Contrairement à ce que pourraient penser les observateurs externes, le véritable enjeu réside désormais dans la formation d’une majorité capable de gouverner cette institution jusqu’en 2030. Les onze conseillers titulaires fraîchement élus disposeront du droit de choisir, par bulletin secret, leurs pairs appelés à occuper les postes stratégiques : présidence, vice-présidences, trésorerie et secrétariat général.

Ce mécanisme de vote interne crée naturellement un second moment électoral, souvent aussi décisif que le premier scrutin. Les négociations ont d’ailleurs débute bien avant le décompte des voix, avec la constitution de listes pré-électorales et d’accords entre sensibilités. Certains candidats se sont présentés sous des bandeaux communs, d’autres ont bâti des coalitions à titre personnel, promettant des postes au sein du futur bureau à leurs soutiens.

Jeux d’alliance et équilibres à préserver

La figure de Maguiri, pressenti pour la présidence selon les observateurs, incarne les défis de cette phase transitoire. Son positionnement durant la campagne, son capital de soutiens et sa capacité à fédérer des courants distincts seront déterminants. Mais au-delà de la personnalité du leader, c’est toute une architecture de pouvoir qui se restructure.

Le mode de scrutin à bulletin secret introduit une part d’imprévisibilité. Théoriquement, chaque conseiller vote librement lors de l’assemblée constitutive. Pratiquement, les engagements préélectoraux et les accords tacites pèsent lourd. La répartition des portefeuilles devient un enjeu fédérateur : qui représentera les cabinets de Casablanca ? Comment les experts-comptables des régions seront-ils intégrés au dispositif ? Quels postes reviendront aux figures féminines de la profession, dont la présence s’accentue dans les structures élues ?

Impact pour le secteur professionnel français et maghrébin

Pour les expertscomptables exerçant en France et au Maghreb, la composition du nouveau bureau marocain revêt une importance symbolique et pratique. L’Ordre des experts-comptables marocains noue des relations bilatérales avec ses homologues français, notamment l’Ordre des experts-comptables français, en matière de normes comptables, de formation continue et d’échanges d’expériences.

Au niveau régional, la Tunisie, l’Algérie et la Mauritanie observent également cette dynamique. Un bureau marocain fort et consensuel peut renforcer les coopérations inter-ordres du Maghreb, harmoniser les pratiques comptables et faciliter la mobilité professionnelle. Inversement, une composition fragile ou cristallisant des tensions internes risquerait de fragiliser la voix du Maroc dans les négociations régionales et internationales sur les standards comptables.

Pour le secteur financier français avec des activités au Maroc, la stabilité de l’Ordre représente une garantie de qualité et de conformité. Les normes que préconisera ce nouveau bureau influenceront les obligations reporting des filiales marocaines de groupes français, ainsi que les conditions d’exercice des experts-comptables binationales.

Points clés à retenir

  • Les onze conseillers élus designeront début juin le bureau exécutif par vote au bulletin secret
  • Des alliances pré-électorales et des engagements informels conditionnent la répartition des postes stratégiques
  • La présidence et les vice-présidences demeurent les enjeux majeurs du scrutin interne
  • L’équilibre géographique et genre sera un test de légitimité de la nouvelle gouvernance
  • La stabilité interne de l’Ordre impacte les relations avec les ordres français et maghrébins
  • La composition du bureau influence les normes comptables appliquées au tissu entrepreneurial marocain
Jean Claude Convenant