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Marché Maghreb

Hakimi et le qualificatif de « Brésiliens d’Afrique » : une revendication qui divise le continent

Par Jean Claude Convenant 4 min de lecture

Achraf Hakimi, capitaine de la sélection marocaine, a créé une onde de choc sur les réseaux sociaux en revendiquant pour son équipe le qualificatif de « Brésiliens d’Afrique ». Cette déclaration, formulée en conférence de presse avant le match Maroc-Brésil comptant pour la Coupe du monde 2026, a provoqué des réactions massivement négatives parmi les supporters et observateurs du football africain.

Un positionnement contesté historiquement

Le défenseur parisien a justifié sa position en évoquant la qualité téchnique de son équipe : « On connaît la qualité du Brésil. On a aussi de la qualité et ils nous appellent les Brésiliens africains parce que nous aussi, on est des joueurs de qualité. » Or, cette appellation possède une histoire bien établie sur le continent. Depuis plusieurs décennies, le surnom de « Brésiliens d’Afrique » est associé à l’équipe nationale du Ghana, les Étoiles Noires (Black Stars), dont le football technique, fluide et rapide rappelle la philosophie brésilienne.

Les critiques soulignent l’absence de précédent documenté. Aucune source médiatique africaine majeure n’a jamais désigné le Maroc par cette formule. La comparaison demeure une exclusivité ghanéenne, renforcée par des éléments symboliques comme le maillot jaune et le style de jeu distinctif qui a marqué plusieurs générations de supporters.

Clarification et nuances analytiques

Certains observateurs tentent d’interpréter positivement la déclaration de Hakimi. Selon cette lecture, le capitaine marocain aurait voulu mettre en avant une philosophie de jeu communes aux équipes maghrébines et au football brésilien — un style axé sur l’improvisation et la technique individuelle. Une interprétation généreuse qui replacait la déclaration dans un contexte footballistique plutôt que géographique.

Néanmoins, cette exégèse reste minoritaire. La majorité des réactions soulignent l’aspect révisionniste de la revendication. Qualifier le Maroc de « Brésiliens d’Afrique » sans reconnaissance du monopole ghanéen constituerait, pour beaucoup, une appropriation de l’identité footballistique d’un autre pays. L’enjeu dépasse le simple débat sportif : il touche à la reconnaissance collective et à l’historiographie du football continental.

Répercussions régionales et perceptions maghrébines

En Afrique du Nord et du Maghreb, cette controverse résonne différemment. Si le Maroc jouit d’un prestige croissant en matière de performance sportive — notamment grâce à ses parcours récents en Coupe du monde — la tentative de s’approprier une étiquette historiquement dévolue au Ghana suscite du scepticisme. Les supporters algériens, tunisiens et libyens relèvent surtout l’absence de justification factuelle.

L’incident révèle également les tensions implicites concernant la hiérarchie symbolique du football africain. Chaque nation revendique son identité footballistique propre : l’Algérie avec son football combinatif, la Côte d’Ivoire avec sa puissance athlétique, le Sénégal avec sa discipline collective. Le Maroc cherche-t-il à se hisser au-delà de ces catégories en épousant celle du Ghana ? C’est la question sous-jacente à ce débat apparemment anecdotique.

Les enjeux sous-jacents

  • Patrimoine footballistique : Le surnom « Brésiliens d’Afrique » possède une généalogie claire ancrée au Ghana depuis les années 1960-1970
  • Absence de consensus : Aucune instance médiatique ou sportive n’a jamais attribué cette étiquette au Maroc
  • Dimension identitaire : Au-delà du football, l’enjeu concerne la reconnaissance collective et la narration continentale
  • Contexte compétitif : La déclaration intervient dans un contexte de rivalité régionale intensifiée en Afrique du Nord
  • Communication d’équipe : Cette sortie soulève des questions sur la stratégie communicationnelle d’une sélection avant une compétition majeure

Hakimi aura appris qu’au football, chaque nation défend jalousement ses symboles. Le qualificatif de « Brésiliens d’Afrique » appartient au Ghana ; le Maroc devra construire sa propre légende.

Jean Claude Convenant