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BitMart ferme boutique : 10 millions d’utilisateurs ont six mois pour sauver leurs cryptos

Par Jean Claude Convenant 5 min de lecture

Un exchange qui revendiquait dix millions d’utilisateurs. Un token maison qui perd 60 % de sa valeur en vingt-quatre heures. Un PDG qui découvre son licenciement deux jours avant l’annonce, sans avoir été consulté. En quelques lignes de communiqué, BitMart vient d’écrire l’une des sorties les plus brutales du secteur pour l’année 2025.

Neuf ans d’existence, et puis plus rien. La plateforme a fermé les inscriptions et les dépôts dès le 26 juillet. Le trading s’arrêtera net le 26 août à 01h00 UTC. Et le rideau tombera définitivement le 31 janvier 2027 à 15h59 UTC. Entre les deux dates, une seule chose à faire pour les clients : récupérer leur argent.

Un démantèlement réglé à la minute près

Ce qui frappe dans la communication de BitMart, c’est sa froideur méthodique. Chaque étape est datée au fuseau horaire près, comme on programmerait l’extinction d’un serveur. Dans son communiqué officiel, l’exchange justifie sa décision par « une évaluation minutieuse des conditions d’exploitation de la société, de l’environnement de marché » et de sa stratégie. Traduction en clair : la maison ne tient plus la route face à la concurrence.

La procédure porte un nom dans le jargon financier : le wind-down, ou liquidation ordonnée. L’idée est de fermer les vannes progressivement plutôt que de baisser le rideau du jour au lendemain. Sur le papier, c’est la manière la plus propre de partir. Elle laisse aux utilisateurs le temps de s’organiser. Elle évite la panique bancaire, cette ruée aux guichets qui a englouti tant d’acteurs crypto ces dernières années — le souvenir de FTX en novembre 2022 reste dans toutes les mémoires, avec ses milliards de dollars évaporés en quelques jours.

Sauf que la mécanique bien huilée n’a pas empêché les dégâts. Le token BMX, l’actif émis par la plateforme elle-même, a chuté de près de 60 % dans les vingt-quatre heures suivant l’annonce. C’est la sanction logique : un jeton d’exchange ne vaut que par l’exchange qui le porte. Quand la plateforme meurt, le token n’a plus grand-chose à offrir. Ceux qui en détenaient encore ont vu la moitié de leur mise s’effacer en une nuit.

Le CEO limogé qui découvre la nouvelle dans la presse

Il y a un détail qui en dit long sur l’ambiance en coulisses. Nenter Chow, le CEO Global de BitMart, affirme avoir été licencié deux jours avant la publication du communiqué. Sans avoir été consulté sur la décision de fermer. Le dirigeant censé piloter l’entreprise à l’échelle mondiale n’aurait donc rien vu venir de la mise à mort de sa propre société.

On peut y voir plusieurs choses. Soit une guerre interne au sommet, où une faction actionnariale a repris la main de force. Soit une gouvernance tellement opaque que même le patron n’était plus dans la boucle. Dans les deux cas, ce n’est pas un signal rassurant pour qui confie encore ses fonds à la plateforme. Et cela pose une question que tout détenteur de crypto devrait se poser : à qui appartiennent vraiment les clés quand l’entreprise part en vrille ?

Six mois pour rapatrier ses fonds, sous conditions

Voilà le nœud du problème pour les utilisateurs. Les retraits restent ouverts jusqu’en janvier 2027. En théorie, chacun a donc largement le temps de sortir ses actifs. En pratique, BitMart annonce des contrôles de conformité renforcés sur ces retraits.

C’est là que le bât peut blesser. Renforcer la conformité, cela signifie souvent des vérifications d’identité plus poussées, des justificatifs de provenance des fonds, des délais de traitement qui s’allongent. Pour un utilisateur en règle avec un compte vérifié, cela devrait passer. Pour ceux dont les documents ne sont plus à jour, ou qui avaient ouvert leur compte à la va-vite il y a des années, le parcours risque d’être semé d’embûches. Et six mois, ça paraît long jusqu’au moment où l’on s’y prend trop tard.

Le conseil de bon sens, sans être un conseil financier : ne pas attendre décembre 2026 pour agir. Plus on approche de la date butoir, plus les demandes de retrait vont s’empiler, plus les services de support risquent d’être saturés. La leçon des faillites précédentes est toujours la même — ceux qui sortent tôt s’en tirent, ceux qui traînent finissent dans la file d’attente au pire moment.

Un secteur qui se resserre

La disparition de BitMart n’arrive pas dans le vide. Le marché des exchanges se concentre. Les mastodontes captent l’essentiel des volumes, la réglementation européenne MiCA impose désormais des exigences lourdes qui font le tri, et les plateformes de second rang peinent à rentabiliser leur activité. BitMart, coincé entre des géants trop puissants et des coûts de conformité en hausse, n’est probablement pas le dernier à tirer sa révérence.

Pour les investisseurs francophones — en France, en Belgique, en Suisse comme au Maghreb, où les plateformes internationales servent souvent de porte d’entrée vers les cryptos — le message est limpide. La solidité d’un exchange ne se mesure pas à ses promesses marketing ni au nombre d’utilisateurs qu’il affiche. Elle se mesure à sa capacité à durer. Et l’histoire récente rappelle qu’un actif logé sur une plateforme centralisée reste sous la garde d’un tiers, avec tout ce que cela comporte de risque le jour où ce tiers décide, sans prévenir, de fermer.

BitMart part en respectant les formes. C’est déjà ça. Reste à voir si les dix millions de clients réussiront tous à récupérer leur dû avant que la porte ne se referme pour de bon, le 31 janvier 2027 à 15h59 précises.

Jean Claude Convenant