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Bitcoin à 65 000 dollars : pourquoi l’économie américaine tient son destin entre ses mains

Par Jean Claude Convenant 5 min de lecture

Un chiffre, puis un autre, et à chaque fois le marché retient son souffle. Le Bitcoin campe autour de 65 000 dollars, comme suspendu à la lecture que Wall Street fera des prochaines statistiques américaines. Croissance qui ralentit, inflation qui décélère, emploi qui refuse de flancher : l’économie des États-Unis envoie des messages brouillés. Et le roi des cryptomonnaies, plus que jamais, danse au rythme de ces données macroéconomiques.

Des signaux qui ne pointent pas dans la même direction

Le tableau dressé par les derniers indicateurs a de quoi désarçonner. D’un côté, la croissance américaine montre des signes d’essoufflement net. De l’autre, l’inflation poursuit sa lente décrue, ce qui devrait réjouir les banquiers centraux. Mais voilà : le marché de l’emploi, lui, reste étonnamment robuste. Et c’est précisément là que le bât blesse.

Pourquoi ? Parce qu’un emploi solide donne à la Réserve fédérale une raison de patienter avant de toucher à ses taux directeurs. Tant que les Américains trouvent du travail et que les salaires progressent, Jerome Powell peut se permettre d’attendre, de vérifier que l’inflation redescend bel et bien vers l’objectif de 2 %. Résultat de ce cocktail : la Fed a maintenu son statu quo. Pas de baisse de taux, pas de hausse. On observe, on temporise.

Pour les marchés, cette prudence est un supplice. Les investisseurs veulent des certitudes, ou à défaut une direction claire. Or, quand la croissance faiblit mais que l’emploi tient, le scénario du « atterrissage en douceur » cohabite avec celui, plus inquiétant, d’une économie qui cale sans que l’inflation ait totalement plié. Difficile, dans ces conditions, de parier gros.

Pourquoi le Bitcoin est devenu un actif macro comme les autres

Il fut un temps, pas si lointain, où l’on présentait le Bitcoin comme un îlot déconnecté, insensible aux humeurs des banques centrales. Ce récit a volé en éclats. Depuis l’entrée massive des institutionnels — et plus encore depuis le lancement des ETF Bitcoin au comptant aux États-Unis en janvier 2024 — la cryptomonnaie se comporte largement comme un actif à risque classique, dans la lignée des actions technologiques.

La logique est mécanique. Des taux d’intérêt élevés rendent les placements sans risque, comme les obligations d’État américaines, plus attractifs. L’argent se détourne alors des actifs volatils. À l’inverse, la perspective de taux plus bas libère des liquidités et pousse les investisseurs à rechercher du rendement là où il se trouve, y compris sur les marchés spéculatifs. Le Bitcoin fait partie de cette catégorie. Chaque discours de la Fed, chaque publication de l’indice des prix à la consommation devient donc un événement scruté par les traders de crypto autant que par ceux de la Bourse de New York.

Il faut le dire clairement : espérer une envolée durable du Bitcoin tant que la Fed garde le pied sur le frein relève du pari optimiste. La question centrale, aujourd’hui, n’est pas de savoir si les baisses de taux auront lieu, mais quand, et à quel rythme.

Ce que cela change concrètement

Pour l’investisseur qui suit le Bitcoin depuis la France, la Belgique, la Suisse ou le Maghreb, cette dépendance à la macro américaine a une conséquence directe : le calendrier des données économiques outre-Atlantique compte désormais plus que bien des annonces internes à l’écosystème crypto. Une statistique de l’emploi meilleure que prévu peut faire décrocher le cours dans l’heure. Une inflation qui surprend à la baisse peut, au contraire, raviver l’appétit pour le risque.

Cette réalité mérite une mise en garde. La volatilité du Bitcoin, déjà légendaire, se trouve amplifiée par cette sensibilité aux annonces macro. Les mouvements brutaux, à la hausse comme à la baisse, sont la norme et non l’exception. Rappelons que la cryptomonnaie avait franchi son record historique au-delà de 73 000 dollars au printemps 2024, avant de corriger sévèrement. Ceux qui achètent en haut de cycle, portés par l’euphorie, en font régulièrement les frais.

Un rappel historique s’impose. Lors du cycle de resserrement monétaire agressif de 2022, quand la Fed a relevé ses taux à un rythme jamais vu depuis des décennies pour juguler une inflation à plus de 9 %, le Bitcoin avait plongé de près de 65 000 dollars vers 16 000 dollars. La corrélation entre politique monétaire et cours de la crypto n’est pas une théorie : elle s’est déjà écrite noir sur blanc, dans les carnets d’ordres.

Attendre, encore attendre

Où cela nous mène-t-il ? À une forme de patience contrainte. Tant que l’emploi américain reste vigoureux, la Fed n’a aucune urgence à assouplir. Tant qu’elle n’assouplit pas, le Bitcoin risque de rester coincé dans une fourchette, ballotté au gré des chiffres, incapable de trouver un élan franc.

La bascule pourrait venir d’un affaiblissement plus marqué du marché de l’emploi, qui donnerait à la banque centrale le feu vert tant attendu. Mais attention au piège : une économie qui se dégrade trop vite n’est pas non plus une bonne nouvelle pour les actifs à risque. C’est tout le paradoxe de la période. Les investisseurs souhaitent des baisses de taux, mais pour de bonnes raisons — une inflation maîtrisée — et non pour de mauvaises, comme une récession qui pointe.

À notre avis, la prudence reste le maître-mot. Les cryptomonnaies demeurent des placements hautement spéculatifs, susceptibles de perdre une large part de leur valeur en quelques séances. Cet article ne constitue en rien un conseil d’investissement : il éclaire un mécanisme, celui qui lie le sort du Bitcoin aux décisions prises à Washington. Le reste appartient à chacun, et au verdict des prochains chiffres.

Jean Claude Convenant