Aller au contenu
Actu
Faille Coldcard : pourquoi 39 600 bitcoins ont bougé en un seul jourCAC 40 à 8 669 points : trois records en trois jours, jusqu’où ?Hormuz : le pétrole dévisse de 4,5 %, mais le Bitcoin fait le mortTrump s’attaque à Chevron et ExxonMobil : le président désigne-t-il des boucs émissaires ?Démarchage interdit par défaut : la France peut-elle vraiment stopper les faux conseillers Coinbase ?Faille Coldcard : pourquoi 39 600 bitcoins ont bougé en un seul jourCAC 40 à 8 669 points : trois records en trois jours, jusqu’où ?Hormuz : le pétrole dévisse de 4,5 %, mais le Bitcoin fait le mortTrump s’attaque à Chevron et ExxonMobil : le président désigne-t-il des boucs émissaires ?Démarchage interdit par défaut : la France peut-elle vraiment stopper les faux conseillers Coinbase ?
Actualités Forex

Hormuz : le pétrole dévisse de 4,5 %, mais le Bitcoin fait le mort

Par Jean Claude Convenant 5 min de lecture

Un communiqué, quelques mots, et le prix du baril s’effondre. Ce mardi, il a suffi d’une phrase de Scott Bessent, secrétaire au Trésor américain, pour faire trembler les marchés pétroliers. Sur le plateau de CNBC, l’homme fort du Trésor a lâché : « Je pense qu’il y a une chance que nous ayons un accord aujourd’hui ou demain pour ouvrir le détroit et avancer vers une position plus normalisée dans ce conflit. » Traduction : la crise du détroit d’Hormuz, qui asphyxie une partie du transport maritime mondial depuis des semaines, pourrait toucher à sa fin.

Le pétrole a réagi au quart de tour. Le WTI a plongé d’environ 4,5 % pour retomber autour de 76 dollars, le Brent de 3,7 % à 80 dollars. Dans le même temps, les futures de Wall Street se sont envolés. Rien d’anormal : quand la peur reflue, les actifs risqués respirent et les matières premières géopolitiques dégonflent. Sauf qu’un absent a intrigué tout le monde. Le Bitcoin, lui, n’a pas bronché.

Un détroit, un péage, et des centaines de navires à l’arrêt

Pour comprendre l’onde de choc, il faut revenir sur ce qui coince. Le détroit d’Hormuz, ce goulot d’étranglement entre l’Iran et la péninsule Arabique, laisse transiter une part considérable du brut mondial. Depuis des semaines, l’Iran y imposait ce qui ressemblait à un péage de transit, bloquant de fait la libre circulation. Résultat : des centaines de navires immobilisés, une prime de risque intégrée dans chaque baril, et des marchés suspendus au moindre signal de Téhéran ou de Washington.

L’accord évoqué par Bessent garantirait justement la « liberté de mouvement » dans le détroit, sans ce fameux péage iranien. C’est le nœud de l’affaire. Le week-end avait déjà vu s’amorcer une désescalade entre les deux capitales ; la déclaration de mardi vient poser une date presque officielle sur la sortie de crise. « Demain, on rase gratis », ironise-t-on chez Journal du Coin — car en matière de diplomatie américano-iranienne, la prudence reste de mise. Un accord annoncé n’est pas un accord signé.

Il faut le dire clairement : le marché pétrolier a acheté une promesse, pas un fait accompli. Quiconque a suivi les précédentes tensions dans la région sait à quelle vitesse une désescalade peut se retourner. En 2019 déjà, les attaques contre les installations saoudiennes d’Aramco avaient provoqué un bond spectaculaire du brut, avant un retour à la normale tout aussi rapide. La géopolitique du pétrole fonctionne par à-coups, et chaque promesse mérite d’être vérifiée au comptant.

Pour les économies francophones, un enjeu très concret

Cette histoire de détroit n’a rien d’abstrait pour les lecteurs des deux rives de la Méditerranée. Un pétrole moins cher, c’est mécaniquement une pression allégée sur les prix à la pompe, sur les coûts logistiques et, à terme, sur l’inflation importée. En France, en Belgique ou en Suisse, où la facture énergétique pèse lourd dans le budget des ménages, une détente durable du brut serait une bouffée d’air.

Le Maghreb, lui, joue sur un double tableau. L’Algérie, exportatrice d’hydrocarbures, voit ses recettes budgétaires directement corrélées au cours du baril : une baisse prolongée grignoterait ses marges. À l’inverse, le Maroc et la Tunisie, largement importateurs, respireraient si les prix s’assagissaient. La même dépêche, deux lectures opposées selon de quel côté de la frontière on se trouve. C’est toute la complexité des chocs pétroliers : ce qui soulage l’un peut serrer la gorge de l’autre.

Le silence troublant du Bitcoin

Et le roi des cryptos dans tout ça ? Rien. Ou presque. Alors que le pétrole dévissait et que les actions s’envolaient, le Bitcoin est resté étrangement stable, comme indifférent au vacarme ambiant. Voilà qui mérite qu’on s’y arrête.

Depuis des années, le récit dominant présentait le Bitcoin tantôt comme un « or numérique » refuge en temps de crise, tantôt comme un actif risqué qui suit les technologiques dans leurs humeurs. Ce mardi, il n’a fait ni l’un ni l’autre. Ni fuite vers la valeur refuge quand la tension montait, ni euphorie de soulagement quand elle est retombée. Cette apparente déconnexion peut se lire de deux façons.

Première hypothèse : le marché crypto a déjà digéré la crise géopolitique et se concentre désormais sur ses propres dynamiques — flux vers les ETF, décisions de la Fed, cycles internes. Seconde hypothèse, plus prudente : la stabilité n’est qu’un calme de courte durée, un marché qui attend confirmation avant de choisir un camp. À notre avis, il serait hasardeux de tirer une conclusion définitive d’une seule séance. Une chose est sûre : le Bitcoin ne se comporte plus comme un simple miroir des marchés traditionnels, et cette autonomisation, si elle se confirme, changerait beaucoup de choses dans la manière de le lire.

Reste que rien n’est acté. L’accord n’est pas signé, le pétrole peut rebondir aussi vite qu’il a chuté, et le Bitcoin, connu pour ses réveils brutaux, pourrait sortir de sa torpeur sans crier gare. Les marchés vivent d’anticipations, et les anticipations se démentent. Rappelons-le, comme toujours : investir sur des actifs aussi volatils, cryptomonnaies en tête, expose à des risques de perte en capital que nul communiqué diplomatique ne saurait effacer.

Jean Claude Convenant