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Succession à la BCE : pourquoi Paris pourrait miser sur un « faucon » néerlandais
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Succession à la BCE : pourquoi Paris pourrait miser sur un « faucon » néerlandais

Par Jean Claude Convenant 5 min de lecture

Il reste plus de deux ans avant que Christine Lagarde ne quitte le dernier étage de la tour de la BCE à Francfort. Et pourtant, la bataille pour sa succession a déjà commencé. Discrètement, dans les couloirs feutrés des ministères des Finances européens. Selon Les Echos, la France serait prête à apporter son soutien au Néerlandais Klaas Knot, actuel gouverneur de la banque centrale des Pays-Bas. Une information qui, en soi, ressemble à une petite bombe diplomatique.

Pourquoi ? Parce que Paris s’apprête, si l’on en croit ces indications, à soutenir un homme dont la ligne monétaire n’a jamais vraiment été la sienne.

Un choix qui surprend, et qui interroge

Klaas Knot n’est pas un inconnu. Pendant des années, il a incarné l’aile la plus rigoureuse du conseil des gouverneurs de la BCE. Un « faucon », dans le jargon des marchés — comprenez : partisan d’une politique monétaire stricte, méfiant à l’égard des taux trop bas et des rachats d’actifs massifs. Aux côtés des Allemands, il a longtemps freiné des quatre fers contre les mesures d’assouplissement décidées sous l’ère Draghi puis Lagarde.

Or la France, historiquement, penche plutôt de l’autre côté. Elle a souvent plaidé pour une BCE plus accommodante, plus attentive à la croissance et à l’emploi qu’à la seule maîtrise de l’inflation. Alors, comment expliquer ce soutien apparent à un profil aussi éloigné des préférences traditionnelles de Bercy ?

Il faut le dire : la nomination du président de la BCE n’a jamais été une affaire purement doctrinale. C’est d’abord un jeu d’équilibres européens. Un savant dosage entre nationalités, familles politiques et institutions. Quand un poste stratégique revient à un pays, un autre poste échoit ailleurs. Soutenir Knot aujourd’hui, c’est peut-être négocier autre chose pour demain — un commissaire européen de poids, une présidence d’institution, une influence sur les grands dossiers budgétaires.

Ce que révèle ce positionnement précoce

Le calendrier, ici, dit beaucoup. Christine Lagarde doit en principe quitter ses fonctions en octobre 2027. On est donc à plus de deux ans de l’échéance. Que la question circule déjà dans les capitales montre à quel point ce poste concentre les convoitises.

Rien d’étonnant. Le président de la BCE est l’une des personnalités les plus puissantes du continent. Il tient entre ses mains les taux directeurs qui déterminent le coût du crédit pour 350 millions d’Européens. Une décision prise à Francfort se répercute sur le taux d’un prêt immobilier à Lyon, sur le rendement d’un livret d’épargne à Bruxelles, sur la charge de la dette d’un État de la zone euro.

Rappelons-nous : depuis la création de la BCE en 1998, seuls quatre présidents se sont succédé. Le Néerlandais Wim Duisenberg, le Français Jean-Claude Trichet, l’Italien Mario Draghi, puis Christine Lagarde depuis novembre 2019. Un club extrêmement fermé, où chaque nomination a été le fruit de tractations âpres. Draghi, en 2011, n’avait été nommé qu’après le retrait de l’Allemand Axel Weber et une série de compromis entre Paris, Berlin et Rome.

Une inflexion sur la ligne monétaire ?

Faut-il en déduire que la BCE virerait vers plus d’orthodoxie si Knot en prenait les rênes ? Prudence. Un président de banque centrale n’impose pas sa vision seul : il préside un conseil des gouverneurs où chaque pays est représenté, et les décisions se prennent collectivement. Le « faucon » d’hier peut aussi, une fois aux commandes, adopter une posture plus nuancée, contraint par la réalité économique du moment.

La question de fond, elle, reste ouverte. En 2027, dans quel état sera la zone euro ? L’inflation, longtemps hors de contrôle après le choc énergétique de 2022, est revenue plus près de l’objectif des 2 %. Mais les incertitudes s’accumulent : tensions commerciales, fragmentation géopolitique, besoins colossaux de financement pour la défense et la transition énergétique. Le prochain président devra arbitrer entre rigueur monétaire et soutien à une économie qui cherche son souffle.

Pourquoi cela compte au-delà des frontières de la zone euro

On pourrait croire que ce feuilleton ne concerne que les initiés européens. Ce serait une erreur. La politique de la BCE façonne l’euro, deuxième monnaie de réserve mondiale. Ses mouvements pèsent sur les parités de change, et donc sur les économies liées à l’Europe par le commerce.

Pour les pays du Maghreb, dont une grande partie des échanges se fait avec la zone euro, le sujet n’est pas anodin. Un euro fort ou faible modifie le prix des importations, la valeur des transferts de la diaspora, la compétitivité des exportations vers le marché européen. Ce qui se décide à Francfort a des échos jusqu’à Casablanca, Alger ou Tunis.

Pour l’heure, tout cela reste au conditionnel. Rien n’est joué, aucun nom n’est officiellement sur la table, et deux ans en politique européenne, c’est une éternité. D’autres candidatures émergeront sûrement, d’autres pays feront valoir leurs droits. Ce que l’épisode montre surtout, c’est que la course est lancée — et qu’elle se jouera, comme toujours, autant sur les principes économiques que sur les rapports de force entre capitales. À suivre de près.

Jean Claude Convenant