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Warsh à la Fed : le pari du faucon qui défie la Maison-Blanche
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Warsh à la Fed : le pari du faucon qui défie la Maison-Blanche

Par Jean Claude Convenant 5 min de lecture

Il fallait du cran. Quelques mois après avoir posé ses valises dans le bureau du président de la Réserve fédérale américaine, Kevin Warsh a envoyé un signal que personne, à Washington, n’a pu ignorer : la Fed remonte ses taux et n’a aucune intention de plier devant les pressions politiques. Un choix qui, sur le papier, semblait presque contre-intuitif. Donald Trump réclame de l’argent bon marché. Warsh, lui, a serré la vis.

Depuis son arrivée aux manettes en mai, le nouveau patron de l’institution monétaire n’a jamais varié son discours. Ligne dure sur l’inflation, obsession de la crédibilité, refus assumé de céder au calendrier électoral ou aux humeurs présidentielles. C’est ce que rapporte Les Echos, et derrière ce constat se joue quelque chose de bien plus large qu’une simple décision technique sur le prix de l’argent.

Un faucon assumé dans un climat sous tension

Warsh n’est pas un inconnu. Ancien gouverneur de la Fed pendant la crise financière de 2008, il a longtemps incarné une aile prudente, méfiante à l’égard des politiques monétaires trop généreuses. Le voir aujourd’hui à la tête de l’institution, appliquer cette philosophie de fermeté, n’a donc rien d’une surprise pour ceux qui suivent la maison de près. Ce qui l’est davantage, c’est le contexte politique dans lequel il agit.

Car Donald Trump n’a jamais caché son mépris pour une Fed qu’il juge trop restrictive. Le président américain veut des taux bas, un dollar compétitif, une économie dopée à crédit. La remontée des taux orchestrée par Warsh va donc frontalement à l’encontre de ce que réclame la Maison-Blanche. Et c’est précisément là que réside l’enjeu : l’indépendance de la banque centrale.

Il faut le dire clairement. Une Fed qui cède aux injonctions politiques, c’est une Fed qui perd sa boussole. L’histoire regorge d’exemples de banques centrales soumises au pouvoir exécutif, et le résultat est presque toujours le même : l’inflation s’installe, la monnaie se déprécie, la confiance s’effrite. Les années 1970 américaines, avec une inflation à deux chiffres et un Arthur Burns accusé d’avoir cédé aux pressions de Richard Nixon, restent la référence cauchemardesque. C’est ce spectre que Warsh semble vouloir exorciser.

Pourquoi cette bataille dépasse largement les frontières américaines

On pourrait croire qu’un bras de fer entre un banquier central et un président se limite aux couloirs de Washington. Ce serait une erreur. Les décisions de la Fed irriguent l’économie mondiale, tout simplement parce que le dollar reste la monnaie de référence des échanges internationaux et que les taux américains dictent le coût du capital partout sur la planète.

Quand la Fed remonte ses taux, plusieurs choses se produisent presque mécaniquement. Le dollar tend à se renforcer, ce qui alourdit la facture des pays et des entreprises endettés en devise américaine. Les capitaux migrent vers les placements américains, jugés plus rémunérateurs, au détriment des marchés émergents. Et les conditions de financement se durcissent au-delà des États-Unis, y compris pour les économies européennes et nord-africaines.

Pour les lecteurs du Maghreb, cette dimension n’est pas abstraite. Un dollar fort renchérit les importations libellées dans cette monnaie, à commencer par l’énergie et certaines matières premières. Les pays dont la dette extérieure est en partie contractée en dollars voient leur charge de remboursement grimper. Une décision prise à Washington peut donc se répercuter, à des milliers de kilomètres, sur le budget des ménages et l’équilibre des finances publiques.

Ce que la fermeté de Warsh change concrètement

Pour l’épargnant et l’emprunteur, le message est simple mais lourd de conséquences. Des taux plus élevés, c’est du crédit plus cher. Les prêts immobiliers, la trésorerie des entreprises, le refinancement des dettes : tout devient plus coûteux quand l’argent se raréfie. À l’inverse, les placements sans risque, comme les obligations d’État, retrouvent un peu d’attrait.

Mais il y a un revers. Une politique monétaire trop restrictive comporte un danger bien connu : freiner l’activité au point de provoquer un ralentissement, voire une récession. C’est tout l’art périlleux de la banque centrale, ce fameux atterrissage en douceur où il s’agit de calmer l’inflation sans casser la croissance. Warsh joue gros. S’il serre trop fort, il sera accusé d’avoir étouffé l’économie. S’il relâche, il perdra la crédibilité qu’il cherche justement à bâtir.

La question mérite d’être posée : jusqu’où ira-t-il ? Un président de la Fed n’agit jamais seul. Il doit convaincre le comité de politique monétaire, composé de membres aux sensibilités diverses. Sa capacité à tenir sa ligne dépendra autant de son autorité personnelle que de l’évolution réelle des chiffres d’inflation et d’emploi dans les mois à venir.

Une chose est sûre : en affichant son indépendance dès ses premiers mois, Warsh a planté un décor. Celui d’un affrontement institutionnel entre le pouvoir monétaire et le pouvoir politique, dont l’issue façonnera non seulement l’économie américaine, mais aussi les conditions de financement du reste du monde. Les marchés, eux, retiennent leur souffle. Ils savent qu’une Fed crédible vaut mieux qu’une Fed docile, même si le prix à payer, à court terme, peut être une croissance plus poussive et des marchés plus nerveux.

Ce texte est une analyse d’actualité économique et ne constitue en aucun cas un conseil en investissement. Toute décision financière comporte des risques et devrait s’appuyer sur une réflexion personnelle adaptée à votre situation.

Jean Claude Convenant