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Schneider Electric : pourquoi le nouveau patron Olivier Blum joue gros sur l’audace

Par Jean Claude Convenant • • 5 min de lecture

Il y a des successions qui se préparent dans le calme feutré des conseils d’administration, et d’autres qui surprennent tout le monde. Chez Schneider Electric, le changement de capitaine a eu quelque chose des deux. Olivier Blum, ingénieur maison, est devenu directeur général d’un des poids lourds les plus singuliers du CAC 40. Un groupe que beaucoup d’épargnants français détiennent sans toujours savoir précisément ce qu’il fabrique.

Car voilà le paradoxe. Schneider Electric pèse des dizaines de milliards en Bourse, figure parmi les plus fortes capitalisations de la place parisienne, et reste pourtant une inconnue du grand public. Pas de produits griffés dans nos poches, pas de campagnes publicitaires tapageuses. Juste l’ossature électrique et numérique qui fait tourner usines, data centers et bâtiments. L’entreprise qui alimente le monde sans jamais chercher les projecteurs.

Un héritage lourd à porter

Prendre la tête de Schneider Electric aujourd’hui, c’est hériter d’une maison en pleine forme. Le groupe a surfé sur deux vagues qui ne retombent pas : l’électrification tous azimuts et l’explosion des besoins énergétiques liés à l’intelligence artificielle. Les data centers qui hébergent les modèles d’IA sont des ogres électriques. Il faut les alimenter, les refroidir, les sécuriser, les piloter. C’est très exactement le métier de Schneider.

Olivier Blum arrive donc dans un contexte porteur. Mais c’est peut-être là le piège. Reprendre une entreprise qui va bien, c’est s’exposer à une seule issue aux yeux des marchés : faire aussi bien, voire mieux, sous peine de décevoir. Le nouveau dirigeant n’a pas le luxe du redressement spectaculaire, ce scénario où le moindre progrès est salué. Lui devra entretenir une mécanique déjà bien huilée, tout en lui donnant une impulsion personnelle.

D’où la question qui agite les investisseurs : quelle sera sa marque de fabrique ? Les Echos évoquent, à propos de son style, une audace qui ne demande qu’à s’exprimer. Le mot n’est pas anodin dans un secteur où la prudence industrielle est reine. Un patron d’infrastructure électrique audacieux, cela peut vouloir dire des acquisitions musclées, des paris technologiques, une accélération dans le logiciel. Cela peut aussi inquiéter ceux qui préfèrent la régularité à l’aventure.

De l’ingénieur au stratège

Blum n’est pas un parachuté. Il connaît la maison de l’intérieur, en a gravi les échelons, et incarne cette culture d’ingénieurs qui a fait la réputation du groupe. C’est un atout et, disons-le, une forme de rassurance pour les actionnaires. Les successions internes évitent les ruptures brutales de stratégie qui font fuir les marchés.

Mais la continuité ne suffit pas toujours. Schneider Electric a opéré au fil des années une transformation profonde, passant du fabricant de matériel électrique traditionnel au fournisseur de solutions numériques pour la gestion de l’énergie. Le logiciel, les services, la data : voilà le terrain où se jouera la croissance de demain. Entretenir cette bascule, tout en gardant la solidité du cœur industriel historique, relève de l’équilibriste.

Il faut le dire : peu de groupes français ont aussi bien négocié ce virage. Là où d’autres industriels ont subi la transition énergétique et numérique, Schneider l’a transformée en relais de croissance. C’est ce capital de crédibilité qu’Olivier Blum récupère. Et qu’il devra faire fructifier sans le dilapider dans des ambitions mal calibrées.

Ce que cela change pour l’épargnant

Pour l’investisseur francophone, de Paris à Casablanca, Schneider Electric représente un cas d’école. Une valeur qui conjugue exposition aux grandes tendances mondiales — électrification, transition énergétique, intelligence artificielle — et ancrage dans une industrie tangible. Un profil que l’on retrouve rarement réuni.

Pour autant, méfiance face à l’enthousiasme ambiant. Les valeurs liées à l’IA et aux data centers ont connu des envolées parfois déconnectées des fondamentaux. Une action portée par un récit flatteur peut se payer cher, au sens propre. Quand une entreprise coche toutes les cases à la mode, le risque n’est pas dans ce qu’elle fait, mais dans le prix que le marché accepte de payer pour en être. Rien de ce qui précède ne constitue un conseil d’investissement : un cours peut monter comme il peut corriger, et l’engouement d’aujourd’hui n’est jamais une garantie pour demain.

L’arrivée d’un nouveau dirigeant ajoute, par nature, une dose d’incertitude. Les premiers mois d’un mandat sont scrutés à la loupe : premières décisions, premier plan stratégique, première publication de résultats sous sa signature. C’est à ces moments-là que le style d’Olivier Blum se révélera vraiment, au-delà des intentions.

Reste une certitude. Schneider Electric aborde cette transition de gouvernance en position de force, ce qui est en soi un luxe. À Olivier Blum de prouver que son audace affichée sera créatrice de valeur, et non une fuite en avant. Entre la tentation de marquer son empreinte et la sagesse de ne pas casser ce qui fonctionne, le chemin est étroit. Les prochains trimestres diront de quel côté penche le nouveau patron.

Jean Claude Convenant