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IA en Bourse : quand la hausse des taux rappelle la gravité aux stars de la tech
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IA en Bourse : quand la hausse des taux rappelle la gravité aux stars de la tech

Par Jean Claude Convenant • • 5 min de lecture

Il aura suffi de quelques séances pour refroidir l’ambiance. Après des mois d’une ascension qui semblait défier les lois de la gravité, les valeurs de l’intelligence artificielle ont vacillé cette semaine. Rien de spectaculaire, pas de krach, pas de panique. Mais un flottement. Un doute qui s’installe, discret, et qui en dit long sur la fragilité des certitudes boursières.

Le constat posé par Le Revenu est limpide : l’engouement pour l’IA, ce moteur quasi unique de la hausse des indices américains depuis plus d’un an, s’est enrayé. Et le coupable n’est pas une révélation technologique décevante ni un scandale d’entreprise. C’est quelque chose de bien plus terre à terre, de bien plus ancien : le niveau des taux d’intérêt.

La mécanique froide des taux

Pour comprendre pourquoi une remontée des taux fait trembler les valeurs technologiques, il faut revenir à l’arithmétique la plus basique de la finance. La valeur d’une action, en théorie, ce sont les bénéfices futurs ramenés à aujourd’hui. Or les sociétés de l’IA promettent surtout des profits lointains : des investissements colossaux maintenant, des retours espérés dans cinq, dix ans. Plus les taux montent, plus ces promesses futures perdent de leur valeur présente. C’est implacable.

Autrement dit, quand l’argent redevient cher, les histoires de croissance à long terme se vendent moins bien. Les investisseurs préfèrent le concret, le cash immédiat, les bilans solides. Les rêves, eux, attendent. Ce mécanisme, les marchés l’ont déjà vécu plusieurs fois. Souvenons-nous de 2022 : la Fed avait relevé ses taux à un rythme inédit et le Nasdaq avait dévissé de plus de 30 % sur l’année. Les mêmes valeurs qui faisaient rêver s’étaient retrouvées dans la tourmente, non pas parce qu’elles avaient cessé d’être prometteuses, mais parce que le prix du temps avait changé.

Ce qui se joue aujourd’hui relève de la même logique. Les anticipations de baisses de taux, longtemps considérées comme acquises, se sont nuancées. L’inflation résiste plus que prévu, l’économie américaine tient bon, et les banques centrales se montrent prudentes avant d’assouplir leur politique. Résultat : le scénario d’un argent bon marché, qui avait servi de carburant à la fête de l’IA, vacille à son tour.

Une bulle ou une respiration ?

La question que tout le monde se pose, sans oser trop la formuler : assiste-t-on au début d’un retournement, ou à une simple respiration ? Difficile de trancher avec certitude, et méfions-nous de ceux qui prétendent le faire. Ce qui est sûr, c’est que les niveaux de valorisation atteints par certaines vedettes de la cote laissent peu de place à la déception.

Quand une poignée d’entreprises — les fameuses « Sept Magnifiques » et leur écosystème — concentre une part aussi écrasante de la capitalisation des indices, le moindre grain de sable dans la mécanique des anticipations peut produire des secousses amplifiées. La concentration est devenue un facteur de risque en soi. Un marché qui repose sur quelques titres est, par construction, plus vulnérable qu’un marché diversifié.

Il faut le dire : l’intelligence artificielle est une révolution industrielle réelle. Personne de sérieux ne conteste son potentiel de transformation. Mais une technologie révolutionnaire et une action correctement valorisée sont deux choses distinctes. L’histoire boursière est jalonnée d’innovations majeures qui ont ruiné des investisseurs trop enthousiastes, pour la simple raison qu’ils avaient payé trop cher, trop tôt. Internet était une révolution bien réelle en 2000. Cela n’a pas empêché l’éclatement de la bulle des valeurs technologiques.

Ce que cela change pour l’épargnant

Pour le lecteur francophone qui regarde tout cela depuis Paris, Bruxelles, Genève ou Casablanca, le message est moins dramatique qu’il n’y paraît, mais il mérite attention. Beaucoup d’épargnants détiennent de l’IA sans le savoir, à travers des fonds indiciels qui répliquent le S&P 500 ou le Nasdaq. Ces produits, plébiscités pour leurs frais réduits et leur simplicité, sont aujourd’hui lourdement exposés à une poignée de géants technologiques.

Une correction sur ces valeurs ne resterait donc pas confinée aux États-Unis. Elle se diffuserait mécaniquement dans les portefeuilles européens et maghrébins investis sur les grands indices mondiaux. C’est le revers d’une gestion passive devenue ultra-dominante : quand tout le monde détient les mêmes titres, tout le monde encaisse les mêmes chocs au même moment.

Faut-il pour autant fuir ? Ce n’est pas notre propos, et chacun doit juger en fonction de sa situation et de son horizon. Mais l’épisode de cette semaine rappelle une vérité qu’on oublie dans les périodes d’euphorie : la diversification n’est pas un luxe de prudent timoré, c’est une protection contre l’imprévisible. Et les taux d’intérêt, aussi ennuyeux soient-ils à suivre, restent le baromètre le plus fiable de l’humeur des marchés.

Rien n’est joué. L’IA peut repartir de l’avant dès que les anticipations de taux se détendront à nouveau. Mais le coup de semonce de cette semaine a au moins le mérite de la clarté : aucune valeur, aussi prometteuse soit-elle, n’échappe à la pesanteur. Même celles qui promettaient de faire penser les machines doivent compter avec la plus humaine des contraintes — le coût de l’argent.

Jean Claude Convenant