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Pourquoi les actions françaises décrochent face au reste de l’Europe
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Pourquoi les actions françaises décrochent face au reste de l’Europe

Par Jean Claude Convenant • • 5 min de lecture

Il fut un temps où Paris jouait les premiers de la classe. Le CAC 40 affichait des records, les géants du luxe tiraient l’indice vers le ciel, et les gérants internationaux ne juraient que par la Bourse française. Ce temps semble révolu. Face à ses voisins européens, la place parisienne offre désormais une comparaison de moins en moins flatteuse.

Le constat est brutal pour qui a l’habitude de voir la France en tête de peloton. Pendant que d’autres marchés du Vieux Continent accumulent les gains, les actions tricolores restent à la traîne. Et contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce décalage n’a rien d’un accident de parcours passager.

Un retard qui se creuse

La photographie est sans appel. Là où le DAX allemand ou le FTSE MIB italien ont enchaîné les performances remarquables, le CAC 40 peine à suivre le mouvement. L’écart, longtemps marginal, s’est transformé en fossé. Et il faut le dire : ce n’est pas qu’une question de conjoncture boursière.

Plusieurs forces pèsent sur Paris. D’abord, la composition même de l’indice. Le CAC 40 reste très exposé au luxe, un secteur qui a longtemps été sa force et qui devient aujourd’hui son talon d’Achille. Quand la demande chinoise ralentit, quand les consommateurs américains lèvent le pied sur les sacs à main hors de prix, ce sont LVMH, Kering ou Hermès qui encaissent le choc. Et par ricochet, tout l’indice parisien.

À l’inverse, les Bourses allemande et italienne profitent d’une respiration. L’industrie allemande, longtemps donnée pour moribonde, a bénéficié de l’espoir d’une relance budgétaire d’ampleur. Les banques italiennes, de leur côté, ont surfé sur des marges d’intérêt confortables et une distribution de dividendes généreuse. Deux moteurs que la France, elle, n’a pas su actionner de la même manière.

L’ombre de l’instabilité politique

On ne peut pas parler de la Bourse de Paris sans évoquer l’éléphant dans la pièce : la situation politique française. Depuis la dissolution de l’Assemblée nationale à l’été 2024, le pays enchaîne les épisodes de tension budgétaire, les gouvernements fragiles et les incertitudes sur ses finances publiques.

Les investisseurs détestent l’incertitude. C’est une évidence, mais elle mérite d’être répétée. Quand la trajectoire de la dette publique devient illisible, quand les agences de notation froncent les sourcils, quand le spread entre la dette française et la dette allemande se tend, les capitaux étrangers hésitent. Et dans le doute, ils préfèrent souvent aller voir ailleurs.

Ce n’est pas anodin. La France vit depuis des décennies avec un déficit chronique, mais la combinaison d’une dette élevée et d’une gouvernance instable crée un cocktail que les marchés n’apprécient guère. Les primes de risque exigées sur les actifs français ont grimpé, et cela se ressent jusque dans la valorisation des entreprises cotées.

Ce que ça change pour les épargnants

Pour l’investisseur francophone, qu’il soit à Paris, Bruxelles, Genève ou Casablanca, ce décrochage pose une vraie question. Faut-il continuer à faire confiance au marché domestique, par habitude ou par patriotisme économique, quand d’autres places offrent de meilleures perspectives relatives ?

La réponse n’est pas évidente, et ce n’est surtout pas à nous de la donner à votre place. Mais quelques repères s’imposent. La concentration du CAC 40 sur quelques mégacapitalisations du luxe signifie qu’un portefeuille calqué sur l’indice parisien reste très dépendant d’un seul secteur, lui-même soumis aux aléas de la demande mondiale. Une diversification géographique n’est jamais un gros mot.

Il faut aussi relativiser. La sous-performance d’un marché sur quelques trimestres ne scelle pas son destin. Les cycles boursiers se retournent, parfois brutalement. Les entreprises françaises comptent encore des champions mondiaux, dans l’aéronautique, le luxe, l’énergie ou la pharmacie, dont la qualité intrinsèque ne s’est pas évaporée du jour au lendemain. Un CAC 40 délaissé aujourd’hui pourrait redevenir attractif demain si la clarté politique revient et si les valorisations deviennent trop décotées pour être ignorées.

Reste que la dynamique actuelle envoie un signal. Les marchés sanctionnent moins les résultats des entreprises que l’environnement dans lequel elles évoluent. Et de ce point de vue, la France a du travail. Tant que l’horizon budgétaire restera flou, tant que la stabilité politique ne sera pas rétablie, la décote française a peu de chances de se résorber d’elle-même.

Les investisseurs étrangers, qui détiennent une part importante du capital des grandes entreprises tricolores, surveillent ces paramètres de près. Leur verdict s’exprime chaque jour, sans discours, à travers les flux de capitaux. Et pour l’instant, ce verdict n’est pas tendre pour Paris.

Comme toujours en Bourse, rien n’est figé. Les actions comportent des risques, les performances passées ne préjugent pas de l’avenir, et un retard peut se muer en opportunité comme en piège. Mais ignorer le message que les marchés adressent à la France serait une erreur. La comparaison est devenue cruelle. À la France de prouver qu’elle peut inverser la tendance.

Jean Claude Convenant