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Netanyahou mise sur la blockchain : quand un État cherche à s’immuniser contre les sanctions
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Netanyahou mise sur la blockchain : quand un État cherche à s’immuniser contre les sanctions

Par Jean Claude Convenant • • 5 min de lecture

Un chef de gouvernement qui demande ouvertement un plan de contournement des sanctions via la blockchain : la scène aurait paru improbable il y a cinq ans. Elle est pourtant bien réelle. Le 23 octobre 2026, Benjamin Netanyahou a confirmé avoir commandé un dispositif adossé à la technologie des registres distribués, destiné à préparer l’État hébreu à d’éventuelles restrictions financières internationales. Et dans la foulée, le Premier ministre israélien a lâché une phrase qui en dit long sur sa lecture de l’avenir : l’aide militaire américaine, jusqu’ici colossale, finira par se tarir.

Deux messages en un. Le premier est technique. Le second est stratégique. Ensemble, ils dessinent le portrait d’un pays qui commence à envisager son isolement comme une hypothèse de travail, et non plus comme un cauchemar lointain.

Un réflexe devenu familier chez les États sous pression

Israël n’invente rien. Avant lui, la Russie et l’Iran ont emprunté le même chemin, chacun pour des raisons propres mais avec une logique identique : lorsque le système financier occidental, dominé par le dollar et verrouillé par des infrastructures comme SWIFT, devient une arme, on cherche des issues de secours.

Moscou, depuis l’exclusion partielle de ses banques du réseau SWIFT en 2022, a multiplié les expérimentations autour des cryptoactifs et des paiements transfrontaliers échappant au contrôle américain. Téhéran, étranglé par des sanctions bien plus anciennes, a longtemps utilisé le minage de bitcoin comme un moyen détourné de monétiser ses hydrocarbures et d’importer des biens sans passer par les circuits bancaires traditionnels.

Le point commun ? Ces États ne se tournent pas vers la crypto par conviction idéologique. Ils le font par nécessité. La blockchain devient un contournement, un sas de survie économique quand les portes du système classique se ferment. Que le nom d’Israël s’ajoute désormais à cette liste a quelque chose de symboliquement lourd : voilà un allié historique de Washington qui réfléchit, lui aussi, à se protéger d’un éventuel changement de cap.

Ce que révèle vraiment la déclaration de Netanyahou

Il faut le dire : la partie la plus frappante de cette annonce n’est pas la blockchain. C’est l’avertissement sur l’aide militaire américaine. Depuis des décennies, Israël bénéficie d’un soutien financier et militaire sans équivalent de la part des États-Unis — plusieurs milliards de dollars chaque année, inscrits dans des accords pluriannuels. Que le Premier ministre évoque publiquement la fin de cette manne, c’est admettre que le socle de la sécurité israélienne pourrait se fissurer.

Dans ce contexte, chercher à diversifier ses outils financiers prend un autre sens. Il ne s’agit pas seulement de parer à des sanctions ponctuelles, mais d’imaginer un monde où Israël devrait davantage compter sur lui-même. La technologie blockchain, dans cette optique, n’est qu’une pièce d’un puzzle beaucoup plus large : l’autonomie stratégique.

Reste une question que la déclaration laisse en suspens : de quelles sanctions parle-t-on exactement ? La guerre à Gaza et les tensions régionales ont valu à Israël des critiques croissantes, y compris de la part de certains partenaires européens. Plusieurs pays ont évoqué, à mots plus ou moins couverts, des mesures de rétorsion économique. Anticiper, pour un gouvernement, c’est aussi reconnaître que le vent pourrait tourner.

La blockchain, un bouclier vraiment efficace ?

Attention à ne pas surestimer la parade. L’idée qu’un État puisse se rendre totalement imperméable aux sanctions grâce aux cryptomonnaies relève en partie du fantasme. La réalité est plus nuancée.

  • Les grandes plateformes d’échange, notamment celles soumises à la régulation américaine, appliquent des contrôles stricts et peuvent geler des fonds ou bloquer des adresses liées à des entités sanctionnées.
  • La transparence inhérente à la plupart des blockchains publiques, comme Bitcoin ou Ethereum, rend les transactions traçables. Les entreprises d’analyse on-chain savent remonter les flux avec une précision redoutable.
  • Convertir des cryptoactifs en monnaie utilisable à grande échelle, pour financer des importations ou une économie entière, reste un défi logistique immense.

Autrement dit, la crypto peut amortir, détourner, ralentir. Elle ne gomme pas une sanction d’un coup de baguette magique. L’expérience russe et iranienne le montre : ces outils offrent des marges de manœuvre, pas une invincibilité. Et plus un État les utilise ouvertement, plus il expose les acteurs privés qui l’accompagnent à des représailles.

Ce que cela dit de notre époque

Au-delà du cas israélien, cette annonce confirme une tendance de fond qui concerne tous les lecteurs attentifs aux marchés et à la géopolitique. La monnaie n’est plus seulement un instrument économique : elle est devenue un champ de bataille. Le dollar reste l’arme financière la plus puissante au monde, et de plus en plus de pays cherchent à en réduire leur dépendance — par la dédollarisation, par les monnaies numériques de banque centrale, ou par les cryptoactifs.

Pour les investisseurs francophones, du Maghreb à la Suisse, ces mouvements méritent attention. Chaque fois qu’un État majeur se tourne vers la blockchain comme bouclier géopolitique, il renforce malgré lui la thèse selon laquelle ces technologies joueront un rôle durable dans l’architecture financière mondiale. Cela ne valide aucun actif en particulier, et la prudence reste de mise : volatilité, risques réglementaires et incertitudes technologiques demeurent entiers.

Mais une chose est sûre. Quand un pays aussi étroitement lié à Washington commence à préparer un plan B monétaire, le signal dépasse largement ses frontières. Il raconte un monde où même les alliances les plus solides se couvrent désormais contre l’imprévu.

Jean Claude Convenant