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Marché Maghreb

Pourquoi la croissance économique ne suffit pas à éradiquer la pauvreté

Par Jean Claude Convenant 3 min de lecture

La croissance économique reste un objectif central pour les gouvernements, notamment en Afrique du Nord et en Afrique de l’Ouest où les taux de croissance du PIB affichent régulièrement des chiffres encourageants. Pourtant, une question persiste : pourquoi certains pays connaissent une expansion économique soutenue sans pour autant réduire significativement leurs taux de pauvreté ? François Bourguignon, ancien économiste en chef de la Banque mondiale, apporte un éclairage décisif sur ce paradoxe.

Le mythe de la croissance automatique

Pendant décennies, les économistes ont postulé que la croissance du PIB entraînerait mécaniquement une réduction de la pauvreté. Cette logique linéaire s’avère insuffisante. Bourguignon souligne que le Maroc, comme d’autres pays régionaux, a connu des périodes de croissance respectable sans amélioration proportionnelle du bien-être des populations les plus précaires. Ce décalage révèle une réalité complexe : la distribution de la richesse générée compte autant que sa création.

Les véritables racines de la précarité

La pauvreté ne relève pas uniquement d’insuffisances macroéconomiques. Ses origines sont structurelles et multidimensionnelles. L’accès inégal à l’éducation de qualité, la concentration des actifs productifs entre quelques mains, les disparités régionales, et l’exclusion financière constituent des obstacles durables. En Afrique du Nord et au Moyen-Orient, où les économies restent souvent dépendantes de secteurs extractifs ou de services à faible valeur ajoutée, cette concentration des richesses s’accentue. Un enfant né dans un quartier périphérique de Casablanca ou d’Alger n’accède pas aux mêmes opportunités qu’un autre né dans une zone privilégiée, indépendamment de la croissance nationale.

Au-delà du PIB : vers une lecture nuancée

L’expert propose un changement de paradigme. Plutôt que de se focaliser sur le taux de croissance du PIB, les décideurs devraient examiner la nature de cette croissance et sa capacité à générer des emplois décents, à améliorer l’accès aux services essentiels, et à renforcer la mobilité sociale. Les politiques publiques doivent s’orienter vers des investissements en capital humain, une meilleure progressivité fiscale, et une répartition plus équitable des opportunités économiques.

Les enjeux spécifiques pour la région

Le Maroc et les pays du Maghreb font face à des défis particuliers : une urbanisation rapide, un chômage des jeunes persistant, et une économie informelle qui absorbe une part importante de la main-d’œuvre. Ces réalités structurelles signifient qu’une croissance nominale de 3 % ou 4 % ne suffira jamais à résoudre l’équation de la pauvreté. Seule une transformation profonde des modes de création et de distribution des richesses peut amorcer un recul durable du dénuement. Cela implique des réformes éducatives d’envergure, une amélioration de la gouvernance, et une valorisation des secteurs créateurs d’emplois durables.

Points clés à retenir

  • La croissance du PIB est nécessaire mais non suffisante pour réduire la pauvreté
  • La distribution inégale des richesses limite l’impact social de l’expansion économique
  • Les racines de la pauvreté sont structurelles : accès à l’éducation, concentration des actifs, disparités régionales
  • L’investissement en capital humain doit être prioritaire dans les stratégies de développement
  • Une fiscalité progressive et une économie moins informelle sont essentielles pour une réduction durable de la précarité
  • La transformation économique qualitative prime sur les chiffres de croissance nominale
Jean Claude Convenant