La diplomatie moyen-orientale connaît un tournant majeur. Moins de 24 heures après l’appel du président américain Donald Trump pressant les États musulmans de normaliser leurs relations avec Israël, l’Arabie saoudite a clairement signifié ses limites. Cette prise de position saudienne remet en question la stratégie américaine de « paix régionale » au Moyen-Orient.
La condition non négociable de Riyad
Le royaume saoudien a formulé sa réponse par l’intermédiaire d’une source officieuse, rapportée mardi par la chaîne CNN. Le message est sans ambiguïté : l’Arabie saoudite ne normalisera ses relations diplomatiques avec Israël que si un « processus irréversible menant à la création d’un État palestinien » est engagé. Cette déclaration contrarie directement les calculs du locataire de la Maison-Blanche, qui misait sur une acceptation rapide.
Donald Trump avait exigé des pays du Golfe, notamment le Qatar et l’Arabie saoudite, de signer les Accords d’Abraham dans le contexte des négociations avec l’Iran. Via sa plateforme Truth, il a affirmé que tous les pays bénéficiant de l’intervention américaine pour la résolution de conflits régionaux « devraient être obligés, au minimum, de signer simultanément ces accords ».
Ces traités, signés en 2020 sous sa première présidence, ont déjà normalisé les relations entre Israël et plusieurs puissances arabes : les Émirats arabes unis, le Bahreïn, le Maroc et le Soudan. Le scénario que Washington envisageait était l’adhésion progressive de nouveaux acteurs, particulièrement l’Arabie saoudite, qui représente une légitimité religieuse et géopolitique majeure dans le monde musulman.
Gaza et l’Iran : les dossiers qui paralysent les négociations
Cependant, le contexte régional a radicalement changé depuis 2020. La guerre à Gaza, initiée à l’automne 2023, a « rebattu les cartes » diplomatiques et modifié les priorités des gouvernements arabes, particulièrement celui de Riyad. L’ampleur de la crise humanitaire a créé une pression interne et régionale incompatible avec une normalisation affichée avec Israël.
Riyad a explicitement écarté tout accord sans résolution de la question palestinienne et création d’un État indépendant—un objectif que le gouvernement israélien rejette catégoriquement. Cette position reflète la réalité politique : aucun gouvernement arabe ne peut ignorer le coût politique et légitimité interne d’une telle concession sans progrès palestiniens concrets.
Les relations personnelles jouent également un rôle non négligeable. Les propos jugés insultants tenus par Trump envers le prince héritier Mohammed ben Salmane (MBS) en mars dernier subsistent en arrière-plan des négociations, bien que Riyad ne réponde pas publiquement à ces provocations diplomatiques.
Le Qatar, présenté un temps comme candidat potentiel à la normalisation, réoriente lui aussi sa stratégie. L’attaque israélienne en septembre dernier contre des responsables du Hamas basés à Doha a provoqué une irritation majeure chez les autorités du petit émirat, sapant tout processus de rapprochement.
Points clés de la situation
- Condition palestinienne : Riyad rend toute normalisation conditionnée à la création d’un État palestinien viable et indépendant
- Calcul géopolitique : Les acteurs régionaux privilégient désormais la stabilité interne et la légitimité populaire à la normalisation avec Israël
- Impact de Gaza : La guerre a modifié irrémédiablement les priorités des gouvernements arabes depuis les accords de 2020
- Tensions personnelles : Les rapports tendus entre Trump et MBS compliquent les négociations diplomatiques directes
- Stratégies divergentes : Chaque pays (Qatar, Arabie saoudite, Maroc, Émirats) adopte une approche individuelle face aux pressions américaines
Globalement, l’ambition trumpienne d’une normalisation généralisée se heurte à une réalité régionale plus complexe, où les questions palestiniennes et iraniennes restent fondamentales pour les États musulmans de la région.