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Memecoin ANSEM : comment un influenceur a déclenché des millions de dollars de volume en quelques jours

Par Jean Claude Convenant 5 min de lecture

Quelques jours. Il n’en a pas fallu davantage pour que The Black Bull, un memecoin lancé sur Solana sous le ticker $ANSEM, brasse des dizaines de millions de dollars de volume. Pas de produit, pas de feuille de route détaillée, pas de révolution technologique. Juste un nom, une communauté surchauffée et le halo d’un influenceur. C’est exactement ça, l’économie des memecoins en 2024 : une machine à attention transformée en machine à liquidité.

Un nom qui vaut de l’or (ou pas)

Le projet doit tout à Ansem, l’une des figures les plus suivies de la crypto sur les réseaux sociaux, connu pour ses paris précoces et son ton tranchant. The Black Bull surfe ouvertement sur cette notoriété. Le taureau noir, symbole du marché haussier poussé à l’extrême, colle parfaitement à l’imaginaire d’un influenceur associé aux gros coups spéculatifs.

Résultat immédiat : un engouement viral. Selon Cryptoast, le token s’est imposé comme l’un des lancements les plus commentés de l’année sur Solana, attirant des dizaines de millions de dollars de volumes d’échange en l’espace de quelques jours seulement. Dans un marché où l’attention se compte en secondes, c’est une éternité de visibilité.

Il faut le dire clairement : ce genre de dynamique ne repose sur aucune valeur fondamentale au sens classique. Un memecoin ne génère pas de revenus, ne distribue pas de dividendes, ne finance pas un service. Sa valeur, c’est le récit collectif qui l’entoure. Tant que la communauté y croit et achète, le prix monte. Le jour où l’attention se déplace ailleurs, le château de sable s’effondre souvent aussi vite qu’il s’est construit.

Pourquoi Solana est devenu le terrain de jeu des memecoins

Le choix de Solana n’a rien d’anodin. Depuis fin 2023, la blockchain fondée par Anatoly Yakovenko est redevenue l’épicentre de la spéculation sur les tokens communautaires. Frais de transaction quasi nuls, confirmation quasi instantanée, plateformes de lancement ultra-simplifiées : tout est réuni pour qu’un token passe de l’idée au marché en quelques minutes.

Cet écosystème a produit des succès retentissants comme des désastres complets. Pour un token qui multiplie sa valeur par cent, des centaines d’autres finissent à zéro, parfois en quelques heures. Les fameux « rug pulls » — où les créateurs vident la liquidité et disparaissent — restent une plaie récurrente. La rapidité qui fait la force de Solana est aussi ce qui rend la fraude si facile et si rapide.

The Black Bull s’inscrit dans cette lignée. Son lancement viral illustre une mécanique désormais rodée : associer un token à une personnalité connue, jouer sur la FOMO (la peur de rater l’occasion), et laisser les réseaux sociaux faire le reste. Ce n’est ni nouveau ni surprenant. Ce qui l’est davantage, c’est la constance avec laquelle ces schémas continuent de fonctionner, cycle après cycle.

L’ombre portée de la question : Ansem est-il vraiment derrière ?

Un point mérite l’attention. Le fait qu’un token porte le nom ou l’image d’un influenceur ne signifie pas automatiquement que celui-ci l’a créé, le soutient ou en tire profit. Dans l’univers des memecoins, il est courant que des tokens soient lancés « en hommage » à une personnalité — ou pour exploiter sa notoriété — sans son accord.

Cette ambiguïté est précisément ce qui rend ces produits dangereux pour l’investisseur lambda. Acheter un token parce qu’il porte le nom d’une figure respectée, c’est prendre pour argent comptant une association qui n’est peut-être qu’un habillage marketing. La prudence commande de vérifier qui contrôle réellement le contrat, la répartition des tokens et la liquidité — des vérifications que la plupart des acheteurs, emportés par l’euphorie, ne font jamais.

Ce que ça change pour l’investisseur francophone

Pour les lecteurs en France, en Belgique, en Suisse ou au Maghreb, le message est le même partout : un volume d’échange spectaculaire n’est pas un gage de solidité. C’est même souvent l’inverse. Un pic de volume sur quelques jours traduit une frénésie de court terme, pas une adoption durable.

Rappelons quelques réalités que l’histoire récente a maintes fois confirmées :

  • La grande majorité des memecoins perdent l’essentiel de leur valeur dans les semaines qui suivent leur lancement.
  • Les premiers entrés — souvent des initiés ou des portefeuilles importants — encaissent leurs gains sur le dos des retardataires attirés par le buzz.
  • Aucun cadre réglementaire ne protège l’acheteur d’un token communautaire lancé anonymement.

En Europe, le règlement MiCA encadre désormais une partie du marché des cryptoactifs, mais les memecoins lancés de manière décentralisée échappent en pratique à la plupart de ces garde-fous. Au Maghreb, où l’accès aux cryptos passe souvent par des canaux informels, l’exposition au risque est encore plus directe, sans recours possible en cas de perte.

Faut-il pour autant ignorer le phénomène ? Non. The Black Bull raconte quelque chose d’important sur l’état actuel du marché : la spéculation pure reprend de la vigueur, et l’attention — cette ressource rare — se monétise plus vite que jamais. Comprendre cette mécanique, c’est déjà se prémunir contre ses excès.

Un dernier mot, et il n’engage que notre lecture : quand un actif ne repose que sur un nom et une vague virale, la seule certitude, c’est la volatilité. Le reste relève du pari. Et un pari, par définition, se perd aussi souvent qu’il se gagne. Cet article ne constitue en aucun cas un conseil d’investissement ; les cryptoactifs présentent un risque de perte totale du capital.

Jean Claude Convenant