Aller au contenu
Actu
Piratage crypto au RN : un faux token « $LEPEN » et un mot de passe qui coûte cherCorée du Sud : comment un levier de 500 % a englouti les 200 000 dollars d’un étudiantMiCA rebat les cartes : comment Gate récupère les orphelins de Binance avec 50 000 USDCKalray : comment une PME grenobloise frôlée par la faillite est devenue le pari IA de la Bourse de ParisAcheter du Bitcoin en France : ce que la réglementation change vraiment pour vous en 2026Piratage crypto au RN : un faux token « $LEPEN » et un mot de passe qui coûte cherCorée du Sud : comment un levier de 500 % a englouti les 200 000 dollars d’un étudiantMiCA rebat les cartes : comment Gate récupère les orphelins de Binance avec 50 000 USDCKalray : comment une PME grenobloise frôlée par la faillite est devenue le pari IA de la Bourse de ParisAcheter du Bitcoin en France : ce que la réglementation change vraiment pour vous en 2026
Actualités Forex

Piratage crypto au RN : un faux token « $LEPEN » et un mot de passe qui coûte cher

Par Jean Claude Convenant 5 min de lecture

Quelques minutes. C’est le temps qu’il aura fallu pour qu’un message signé, en apparence, Marine Le Pen invite ses abonnés à acheter une cryptomonnaie baptisée $LEPEN. Le tout en anglais, sur fond de rhétorique patriotique, avec une promesse à peine voilée de préserver « le destin de la France ». Sauf que la présidente du groupe RN à l’Assemblée n’y était pour rien. Son compte X venait d’être détourné par des escrocs, ce mardi, à huit mois d’une présidentielle où chaque incident numérique prend une dimension politique.

Le post a été effacé rapidement. Trop tard. Sur X, tout ce qui disparaît a d’abord été capturé, puis repartagé en boucle. Le faux token a donc circulé bien au-delà du compte piraté, semant la confusion chez les abonnés et déclenchant une réaction en chaîne au sein d’un parti qui, sur le terrain de la communication, ne laisse d’ordinaire rien au hasard.

Un scénario devenu presque banal

Le mode opératoire n’a rien d’inédit. Depuis 2024, le détournement de comptes influents pour promouvoir un memecoin frauduleux est devenu une petite industrie. Le principe est cynique et redoutablement efficace : on s’empare d’un compte à forte audience, on publie l’adresse d’un jeton créé quelques minutes plus tôt, et on laisse la crédibilité du propriétaire faire le travail. Les curieux se ruent, le prix grimpe artificiellement, puis les initiés revendent tout d’un coup. Le token s’effondre. Ceux qui ont acheté au sommet ramassent les miettes.

La liste des victimes de ce type d’opération donne le vertige. Le compte de Kylian Mbappé a été piraté dans les mêmes conditions. Celui de la députée britannique Lucy Powell aussi. Même la Securities and Exchange Commission, le gendarme boursier américain, avait vu son compte X compromis début 2024 pour diffuser une fausse annonce d’approbation d’un ETF Bitcoin — un comble pour l’institution censée protéger les investisseurs. Marine Le Pen rejoint donc une galerie de personnalités dont le point commun est simple : une audience massive, et un compte insuffisamment protégé.

Un mot de passe, une brèche, tout un parti exposé

Car c’est là que le bât blesse. Au-delà du compte X de la candidate, le site du Rassemblement national a été défiguré et ses serveurs visés par une intrusion. Selon les éléments rapportés, la faille viendrait d’un mot de passe trop faible d’un candidat aux élections municipales. Autrement dit : pas une prouesse technique, pas un exploit sophistiqué, mais l’éternelle négligence humaine. Le maillon le plus fragile n’est jamais le logiciel. C’est l’utilisateur qui recycle « 123456 » ou son prénom suivi d’une date de naissance.

Il faut le dire clairement : pour une formation qui aspire à gouverner le pays, laisser un accès sensible protégé par un mot de passe devinable pose une vraie question. La cybersécurité d’un parti politique n’est pas un détail administratif. C’est un enjeu de souveraineté, précisément le vocabulaire que le RN affectionne. L’ironie n’échappera à personne.

Le parquet de Paris a réagi vite. Une enquête a été ouverte et confiée à la brigade de lutte contre la cybercriminalité (BL2C), le service parisien spécialisé dans ce type d’affaires. Reste à savoir si les auteurs seront identifiés. Dans l’univers des memecoins frauduleux, les escrocs opèrent souvent depuis l’étranger, derrière des portefeuilles anonymisés et des infrastructures difficiles à remonter. Les enquêtes aboutissent rarement à une arrestation.

Ce que cet épisode dit du marché des memecoins

Derrière l’anecdote politique, il y a un signal. Les memecoins — ces jetons sans utilité réelle, créés à la chaîne et portés par le seul buzz — sont devenus l’outil favori des arnaqueurs. Leur création ne coûte presque rien. Quelques clics suffisent pour lancer un token sur une blockchain, lui coller un nom accrocheur et attendre qu’un événement médiatique fasse le reste. Un piratage de compte célèbre est, de ce point de vue, une aubaine.

Pour les lecteurs, la leçon dépasse largement le cas français. Un memecoin qui apparaît soudainement, promu par une personnalité qui n’en avait jamais parlé, dans un message rédigé dans une langue inhabituelle, coche toutes les cases de l’escroquerie. La règle est simple et vaut de Paris à Casablanca : personne de sérieux ne vous vend une cryptomonnaie dans l’urgence, avec un discours émotionnel et une fenêtre de tir de quelques minutes. Ces jetons éclair perdent presque toujours la quasi-totalité de leur valeur en quelques heures. Ceux qui achètent sur un coup de tête sont, dans l’immense majorité des cas, la sortie de secours des arnaqueurs.

Le phénomène n’est pas près de disparaître. Plus une élection approche, plus les comptes politiques deviennent des cibles de choix : audience maximale, charge émotionnelle forte, et un effet de surprise garanti. On peut donc s’attendre à d’autres épisodes du même genre dans les prochains mois, en France comme ailleurs.

Marine Le Pen n’a pas lancé de cryptomonnaie. Mais l’affaire rappelle une évidence trop souvent négligée : à l’ère où un compte piraté peut diffuser une arnaque à des millions de personnes en quelques secondes, la protection numérique n’est plus une option. Ni pour un footballeur, ni pour une candidate à l’Élysée, ni pour vous.

Jean Claude Convenant