Aller au contenu
Actu
La Russie ferme Moscou au minage de Bitcoin jusqu’en 2032 : la fin d’un rêve d’eldorado ?Bitcoin coincé sous 1 850 milliards : pourquoi les altcoins retiennent leur souffleL’Afrique du Sud veut savoir qui envoie des cryptos où — et ça change la donneActions chinoises : pourquoi la moitié des géants de Pékin vous restent interdits depuis la FranceETF Bitcoin : quand un fonds de 14,7 millions de dollars ne suffit plus à survivreLa Russie ferme Moscou au minage de Bitcoin jusqu’en 2032 : la fin d’un rêve d’eldorado ?Bitcoin coincé sous 1 850 milliards : pourquoi les altcoins retiennent leur souffleL’Afrique du Sud veut savoir qui envoie des cryptos où — et ça change la donneActions chinoises : pourquoi la moitié des géants de Pékin vous restent interdits depuis la FranceETF Bitcoin : quand un fonds de 14,7 millions de dollars ne suffit plus à survivre
Actualités Forex

Actions chinoises : pourquoi la moitié des géants de Pékin vous restent interdits depuis la France

Par Jean Claude Convenant 6 min de lecture

Un investisseur français qui veut miser sur l’automobile électrique connaît Tesla par cœur. Mais s’il cherche à acheter des actions BYD — le constructeur chinois qui a dépassé la marque d’Elon Musk en volume de ventes de véhicules électriques fin 2023 —, il se retrouve vite face à un obstacle inattendu. La plupart des courtiers grand public accessibles depuis l’Hexagone ne les proposent pas. Ou alors sous une forme détournée, avec des frais qui grignotent la performance.

Voilà le paradoxe. La Chine héberge des entreprises parmi les plus stratégiques du monde : leaders de l’intelligence artificielle, champions des semi-conducteurs, mastodontes de la mobilité électrique. Et pourtant, une bonne partie de ce marché reste, dans les faits, hors de portée pour le particulier européen. Comprendre pourquoi, c’est déjà savoir où l’on met les pieds.

Un marché coupé en deux morceaux

La première chose à saisir, c’est que « la Bourse chinoise » n’existe pas au singulier. Il y a plusieurs marchés, cloisonnés, avec des règles d’accès radicalement différentes selon l’endroit où l’action est cotée.

Les actions dites « A », cotées à Shanghai et Shenzhen et libellées en yuan, forment le cœur du marché domestique. Historiquement, elles étaient réservées aux investisseurs chinois. Des mécanismes comme le Stock Connect (qui relie Hong Kong à Shanghai et Shenzhen) ont ouvert des portes aux étrangers, mais l’accès direct depuis un compte-titres français reste rare et souvent réservé aux clients institutionnels ou fortunés.

À côté, on trouve les actions « H », cotées à Hong Kong, bien plus ouvertes aux capitaux internationaux. C’est là que beaucoup de grands groupes chinois ont une cotation accessible. Et puis il y a les fameuses ADR (American Depositary Receipts) : des titres cotés à New York qui représentent des actions d’entreprises chinoises. C’est par ce canal qu’un Alibaba ou un JD.com est longtemps resté à portée de clic pour un Européen.

Résultat : selon l’entreprise que vous visez, l’expérience va du simple achat en deux minutes à l’impasse totale.

Le risque géopolitique n’est pas une abstraction

Il faut le dire clairement : investir en Chine, ce n’est pas investir aux États-Unis avec un décalage horaire. Le facteur politique pèse lourd, et il a déjà fait très mal à ceux qui l’avaient sous-estimé.

Souvenez-vous de l’automne 2020. Ant Group, la filiale financière d’Alibaba, s’apprêtait à réaliser la plus grosse introduction en Bourse de l’histoire. Pékin l’a suspendue quelques jours avant, et dans la foulée, a lancé une vague de régulation qui a laminé le secteur technologique chinois. Des centaines de milliards de dollars de capitalisation partis en fumée. Jack Ma, le fondateur, a quasiment disparu de la vie publique pendant des mois.

Autre menace concrète pour l’actionnaire étranger : le risque de radiation des ADR chinoises des Bourses américaines. Washington a longtemps exigé un accès aux audits de ces entreprises, exigence que Pékin refusait au nom de la sécurité nationale. Un accord a été trouvé, mais l’épée de Damoclès n’a jamais totalement disparu. Un titre que vous détenez à New York pourrait, en théorie, être forcé de migrer vers Hong Kong.

Enfin, une particularité juridique déroutante : quand vous achetez un ADR d’Alibaba, vous ne détenez pas vraiment une part de l’entreprise chinoise. Vous détenez une part d’une structure enregistrée aux Îles Caïmans, liée à l’activité chinoise par une architecture contractuelle appelée VIE (Variable Interest Entity). Un montage toléré par Pékin, mais jamais totalement validé sur le plan légal. Autrement dit, votre droit de propriété repose sur un contrat, pas sur une action classique. C’est le genre de détail qu’on oublie tant que tout va bien.

Les voies réellement praticables depuis la France

Malgré ces réserves, s’exposer à la Chine reste possible. La question est de choisir le bon véhicule selon son profil et sa tolérance au risque.

  • Les ETF spécialisés restent la porte d’entrée la plus simple et la plus diversifiée. Un fonds indiciel répliquant un indice comme le MSCI China ou le CSI 300 permet de miser sur un panier d’entreprises sans avoir à sélectionner ligne par ligne. Certains sont éligibles à un compte-titres ordinaire, parfois même à un PEA via des enveloppes synthétiques, ce qui change tout côté fiscalité pour un résident français.
  • Les ADR cotées aux États-Unis donnent accès aux grands noms de la tech chinoise via un simple compte-titres, avec la liquidité du marché américain. À condition d’accepter le risque VIE et le risque de radiation évoqués plus haut.
  • Les actions cotées à Hong Kong, proposées par certains courtiers, permettent une exposition plus directe. Mais tous les intermédiaires accessibles depuis la France ne donnent pas accès à cette place, et les frais peuvent être plus élevés.

Un point à ne pas négliger : la fiscalité et les frais de change. Investir en dollars ou en dollars de Hong Kong depuis un compte en euros ajoute un risque de devise qui peut, à lui seul, effacer une belle performance boursière. Pour les lecteurs du Maghreb, les contraintes de change locales rendent d’ailleurs l’accès encore plus complexe et méritent une vérification préalable auprès de sa banque.

Faut-il vraiment y aller ?

La tentation est réelle. La Chine reste la deuxième économie mondiale, et certaines de ses entreprises affichent des positions dominantes que peu d’occidentales peuvent revendiquer. Mais miser sur ce marché suppose d’accepter une équation particulière : un potentiel de croissance élevé face à un risque politique que vous ne maîtrisez absolument pas et que même les meilleurs analystes peinent à anticiper.

Rien de ce qui précède n’est un conseil d’investissement. Simplement un rappel : avant de cliquer sur « acheter », il vaut mieux savoir si l’on achète une vraie action, un contrat déguisé, ou un titre susceptible d’être délogé de sa Bourse du jour au lendemain. En Chine plus qu’ailleurs, le diable se cache dans la structure.

Jean Claude Convenant