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Euronext dans le CAC 40 depuis un an : la Bourse de Paris a-t-elle enfin gagné son pari ?
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Euronext dans le CAC 40 depuis un an : la Bourse de Paris a-t-elle enfin gagné son pari ?

Par Jean Claude Convenant 5 min de lecture

Il y a un an, une entreprise a fait son entrée au CAC 40. Rien d’exceptionnel en apparence — les indices bougent, des valeurs montent, d’autres sortent. Sauf que celle-ci n’est pas une société comme les autres. Elle est l’opérateur qui gère justement le CAC 40. Euronext, la maison mère de la Bourse de Paris, s’est en quelque sorte cotée sur son propre terrain de jeu.

La symbolique est forte. Et elle en dit long sur le chemin parcouru par une entreprise qui, il y a une dizaine d’années encore, cherchait sa place dans un secteur ultra-concentré, dominé par quelques géants transatlantiques.

Boujnah, l’architecte discret d’un empire boursier

Stéphane Boujnah préside le directoire d’Euronext depuis 2015. Dix ans à la barre. Dans un secteur où les dirigeants valsent au gré des fusions ratées et des offres hostiles, cette longévité mérite qu’on s’y arrête.

Quand il arrive, Euronext vient tout juste de reprendre son indépendance. Le groupe avait été avalé par le new-yorkais NYSE en 2007, puis ballotté au fil des rachats successifs, avant d’être remis en Bourse en 2014. Autant dire un actif malmené, presque orphelin. Personne, à l’époque, n’aurait parié gros sur son avenir.

Ce qui s’est passé ensuite tient d’une stratégie patiente, méthodique, parfois brutale. Boujnah a fait d’Euronext un consolidateur. La plateforme, qui réunissait à l’origine les Bourses de Paris, Amsterdam, Bruxelles et Lisbonne, a mis la main sur Dublin, sur Oslo, puis sur le morceau le plus lourd : Borsa Italiana, la Bourse de Milan, arrachée à la London Stock Exchange en 2020 pour près de 4,4 milliards d’euros. Un coup de maître qui a fait basculer Euronext dans une autre catégorie.

Aujourd’hui, le groupe est le premier opérateur boursier d’Europe continentale en volume d’actions échangées. Et son entrée au CAC 40 vient couronner cette trajectoire. Pour un indice qui rassemble les fleurons de la cote parisienne, accueillir celui qui l’administre a quelque chose du serpent qui se mord la queue — mais un serpent en pleine santé.

Le duel silencieux avec Francfort

Face à Euronext se dresse un rival de poids : Deutsche Börse. L’opérateur allemand, basé à Francfort, gère notamment le DAX et surtout Eurex, l’une des plus grandes plateformes de produits dérivés au monde. Deux modèles, deux philosophies.

Là où Euronext a bâti sa croissance sur l’agrégation de places nationales et sur le négoce d’actions, Deutsche Börse s’est diversifié plus tôt vers les activités à forte marge : les dérivés, la compensation, la gestion de données, le post-marché. Résultat, la capitalisation boursière de l’allemand reste nettement supérieure à celle du français. La comparaison n’est pas flatteuse pour Paris sur ce seul critère.

Mais réduire la rivalité à un score de capitalisation serait passer à côté de l’essentiel. Ce qui se joue entre ces deux acteurs, c’est la question de savoir qui structurera l’infrastructure financière du continent dans les décennies à venir. Qui deviendra le point de passage obligé pour les entreprises européennes qui veulent lever des capitaux. Qui captera les flux quand les investisseurs cherchent la profondeur et la liquidité.

Et sur ce terrain, l’Europe part avec un handicap qu’il faut nommer clairement : la fragmentation. Contrairement aux États-Unis, où le Nasdaq et le NYSE concentrent l’essentiel de la cote, le Vieux Continent reste éclaté entre des dizaines de places, des régulateurs nationaux et des règles qui ne s’harmonisent qu’à petits pas. Cette dispersion pèse sur l’attractivité des marchés européens face à Wall Street, qui aspire une part croissante des introductions en Bourse.

Ce que ça change, concrètement

Pour un épargnant en France, en Belgique ou en Suisse, l’affaire peut sembler lointaine. Elle ne l’est pas tant que ça. La vitalité d’une place boursière conditionne la capacité des entreprises locales à se financer sans traverser l’Atlantique. Elle influence les frais de courtage, la diversité des titres accessibles, la liquidité des marchés sur lesquels reposent une bonne partie des fonds et des assurances-vie.

Quand des pépites européennes choisissent New York plutôt que Paris ou Amsterdam pour leur introduction — et le mouvement s’est accéléré ces dernières années — c’est un signal d’alarme. Chaque cotation qui file à l’étranger, c’est un peu de substance économique qui échappe au continent. La consolidation menée par Euronext vise précisément à créer un ensemble assez large, assez profond, pour retenir ces entreprises.

Pour les investisseurs du Maghreb qui regardent vers l’Europe, la solidité d’un opérateur comme Euronext offre aussi un point d’ancrage. Une infrastructure crédible, diversifiée, moins dépendante des soubresauts d’une seule économie nationale.

Reste que rien n’est acquis. Le métier d’opérateur boursier est cyclique : ses revenus grimpent quand les marchés s’agitent et les volumes explosent, mais se tassent quand le calme revient et que les introductions se font rares. Une plateforme n’est jamais à l’abri d’un environnement réglementaire mouvant ou d’une nouvelle vague de concurrence technologique. L’histoire récente du secteur est jalonnée de fusions avortées et de projets grandioses restés sur le papier.

L’entrée d’Euronext au CAC 40 n’est donc pas une ligne d’arrivée. C’est plutôt une étape, la reconnaissance d’un travail de fond. Dix ans après avoir repris les commandes d’un actif convalescent, Stéphane Boujnah peut savourer. Mais le vrai match, celui de l’infrastructure financière européenne, est encore loin d’être joué.

Jean Claude Convenant