Aller au contenu
Actu
Private equity : pourquoi les investisseurs réclament leur argent, et pourquoi ils attendentPrimark, le géant qui refuse Internet : le pari risqué d’AB FoodsL’or à des sommets, mais qui l’achète vraiment ? Le paradoxe qui trouble les marchésRevolut trompée par une fausse requête gouvernementale : vos données valent-elles moins qu’un simple mail officiel ?Délits d’initié à Wall Street : quand les banquiers du M&A jouent avec le feu — et perdentPrivate equity : pourquoi les investisseurs réclament leur argent, et pourquoi ils attendentPrimark, le géant qui refuse Internet : le pari risqué d’AB FoodsL’or à des sommets, mais qui l’achète vraiment ? Le paradoxe qui trouble les marchésRevolut trompée par une fausse requête gouvernementale : vos données valent-elles moins qu’un simple mail officiel ?Délits d’initié à Wall Street : quand les banquiers du M&A jouent avec le feu — et perdent
Actualités Forex

L’or à des sommets, mais qui l’achète vraiment ? Le paradoxe qui trouble les marchés

Par Jean Claude Convenant 5 min de lecture

Un métal qui ne rapporte aucun intérêt, ne verse aucun dividende, ne produit strictement rien. Et pourtant, il continue d’attirer les capitaux du monde entier comme un aimant. Voilà le grand paradoxe de l’or, que Les Echos pointe du doigt dans son radar des marchés : entre pressions de court terme et statut de refuge quasi indestructible, les repères des investisseurs se brouillent.

Il faut le dire, rares sont les actifs qui suscitent autant de fascination et de méfiance à la fois. L’or, c’est la relique barbare selon la formule attribuée à Keynes, mais c’est aussi la première chose que l’on achète quand la peur s’installe. Comment expliquer qu’un métal aussi inerte reste le baromètre émotionnel des marchés en 2024 ?

Un refuge que rien ne semble ébranler

La logique financière classique voudrait que l’or souffre. Quand les taux d’intérêt montent, détenir un actif qui ne verse aucun rendement devient coûteux : chaque once immobilisée, c’est un placement obligataire auquel on renonce. C’est le fameux coût d’opportunité, et pendant longtemps il a suffi à expliquer les mouvements du métal jaune.

Mais ce mécanisme a du plomb dans l’aile. L’or a tenu bon face aux pressions de court terme évoquées par Les Echos, résistant là où la théorie le condamnait à reculer. La raison ? Quand l’incertitude domine — géopolitique, monétaire, budgétaire — les investisseurs cessent de raisonner en termes de rendement. Ils cherchent une chose : conserver leur capital. Et là, l’or n’a pas d’équivalent depuis des millénaires.

Ce n’est pas une nouveauté. Rappelons qu’après le choc pétrolier de 1979 et la flambée inflationniste, l’or avait explosé pour atteindre des sommets qui n’ont été durablement dépassés que bien plus tard. À chaque fois que le système monétaire vacille, le réflexe revient. La crise de 2008, la pandémie de 2020, les tensions actuelles : le scénario se répète, seuls les décors changent.

Qui achète, au juste ?

Voilà où le paradoxe se corse. Car derrière les cours qui grimpent, il y a un acteur dont on parle trop peu : les banques centrales. Depuis plusieurs années, elles accumulent le métal jaune à un rythme soutenu, notamment celles des pays émergents désireuses de réduire leur dépendance au dollar. Ce mouvement de fond soutient les prix indépendamment des humeurs des marchés occidentaux.

Résultat : les repères traditionnels ne fonctionnent plus. On a longtemps piloté l’or en observant les taux réels américains, l’inflation, le billet vert. Ces boussoles restent utiles, mais elles ne suffisent plus à raconter toute l’histoire. Un investisseur qui s’y fierait aveuglément risquerait de passer à côté des vraies forces à l’œuvre.

C’est précisément ce que souligne le journal : les signaux se contredisent. D’un côté, des vents contraires de court terme. De l’autre, un attrait de fond qui ne se dément pas. Cette dissonance est déroutante, mais elle est aussi révélatrice d’une époque où la confiance dans les monnaies papier et dans la stabilité des États s’effrite.

Ce que ça change concrètement

Pour l’épargnant francophone, de Paris à Casablanca en passant par Bruxelles et Genève, ce contexte mérite réflexion. Dans plusieurs pays du Maghreb, l’or physique n’a d’ailleurs jamais cessé d’être une réserve de valeur traditionnelle, transmise et thésaurisée bien au-delà des considérations boursières. Le bijou en or y joue depuis toujours le rôle d’assurance familiale contre l’inflation et les crises. Ce que les marchés redécouvrent aujourd’hui, certaines cultures ne l’ont jamais oublié.

Pour autant, gardons la tête froide. L’or n’est pas un placement sans risque, contrairement à une idée tenace. Son cours peut connaître des corrections brutales, comme entre 2012 et 2015 où il avait perdu une part considérable de sa valeur. Il ne génère aucun revenu, son stockage a un coût, et personne ne peut prédire ses mouvements avec certitude. Miser dessus par simple peur, sans stratégie, revient souvent à acheter au plus haut et à vendre au plus bas — l’inverse de ce qu’il faudrait faire.

Quelques réalités à garder en tête :

  • L’or protège sur le long terme mais peut chuter violemment à court terme.
  • Son prix dépend autant de facteurs psychologiques que d’indicateurs mesurables.
  • Les achats des banques centrales sont devenus un moteur difficile à anticiper.

Le vrai enseignement de ce paradoxe, c’est peut-être qu’il n’existe pas de boussole parfaite. Les repères se brouillent parce que le monde lui-même devient plus imprévisible. L’or n’est ni la solution miracle que ses fervents défenseurs vantent, ni la relique inutile que ses détracteurs raillent. Il est le miroir de nos incertitudes.

À notre avis, c’est justement dans ce flou qu’il faut se méfier des certitudes trop simples. Ceux qui affirment savoir où va l’or se trompent aussi souvent que les autres. Ce qui compte, c’est de comprendre pourquoi il monte quand tout le reste vacille — et d’accepter que ce métal ancestral continue de défier nos modèles les plus sophistiqués. Après tout, cela fait des siècles qu’il le fait.

Jean Claude Convenant