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Société Générale : +150 % en Bourse, comment Slawomir Krupa a fait taire les sceptiques

Par Jean Claude Convenant 5 min de lecture

Une action qui grimpe de 150 %. Voilà le chiffre que peu de gens auraient parié sur Société Générale au moment où Slawomir Krupa a pris les rênes de la banque. À l’époque, le titre traînait comme un boulet parmi les valeurs bancaires européennes, décoté, boudé, presque oublié des investisseurs. Trois ans plus tard, le tableau a changé. Et cette rentrée s’annonce comme un test grandeur nature pour un dirigeant qui a réussi à transformer le scepticisme en curiosité.

Un redressement que personne n’attendait vraiment

Reprenons le fil. Selon Les Echos, Krupa dirige Société Générale depuis trois ans. Trois années qui ont suffi à faire bondir l’action de 150 %. Le chiffre parle de lui-même, mais il mérite d’être remis en perspective. Car pendant longtemps, la banque de La Défense a été le vilain petit canard du secteur français, éternellement comparée à une BNP Paribas plus rentable et plus prévisible.

La décote de Société Générale était devenue une fatalité aux yeux du marché. Les traumatismes s’étaient accumulés : l’affaire Kerviel en 2008, des activités de marché jugées trop risquées, une rentabilité qui peinait à convaincre. Chaque plan stratégique semblait promettre un renouveau qui ne venait jamais. Le titre en portait la marque, valorisé bien en dessous de ses fonds propres.

C’est dans ce contexte que Krupa a hérité de la maison. Un héritage lourd, disons-le. Et le pari n’avait rien d’évident. Redresser une banque, ce n’est pas une affaire de quelques trimestres. C’est un travail de fond, souvent ingrat, qui se mesure sur des années. Le rebond boursier suggère que le message a fini par passer auprès des investisseurs.

Une stratégie assumée comme offensive

Le mot compte. Les Echos qualifie la stratégie de Krupa d’« offensive ». Ce n’est pas anodin pour une banque qui, pendant des années, a plutôt donné l’impression de jouer la défense, de colmater les brèches et de rassurer sur ses fondamentaux. Passer à l’offensive, cela signifie faire des choix, trancher, parfois déplaire.

Que faut-il comprendre derrière ce terme ? Dans le langage bancaire, une stratégie offensive implique généralement des arbitrages nets : recentrage sur les métiers les plus rentables, cessions d’activités jugées périphériques, discipline sur les coûts, et une communication claire avec les marchés sur les objectifs de rentabilité et de retour aux actionnaires. C’est souvent la clarté du cap, autant que le cap lui-même, qui réconcilie une valeur avec la Bourse.

Car il faut le dire : les investisseurs détestent l’incertitude bien plus que les mauvaises nouvelles. Une banque qui annonce une trajectoire crédible et qui la tient regagne progressivement la confiance. C’est probablement ce qui s’est joué chez Société Générale. La progression du titre n’est pas un feu d’artifice spéculatif, mais la traduction d’un regain de crédibilité.

Ce que la rentrée va révéler

Une hausse de 150 %, c’est un magnifique point de départ. Mais c’est aussi un piège. Plus le titre monte, plus les attentes grimpent avec lui. Le marché ne pardonne rien à ceux qui l’ont habitué au succès. Chaque publication trimestrielle devient alors un rendez-vous à haut risque, où la moindre déception peut effacer des mois de patience.

C’est tout l’enjeu de cette rentrée dite « stratégique » par Les Echos. Krupa doit désormais prouver que le rebond n’était pas un simple rattrapage d’une décote historique, mais le début d’une dynamique durable. Rattraper un retard est une chose. Créer de la valeur nouvelle en est une autre, autrement plus difficile.

Plusieurs questions restent en suspens. La banque saura-t-elle maintenir sa rentabilité dans un environnement de taux qui évolue ? Comment se comporteront ses activités de banque de détail, en France comme à l’international ? Et surtout, la maison a-t-elle vraiment tourné la page de sa réputation de valeur volatile ? Le contexte reste incertain, et rien n’est jamais acquis dans le secteur bancaire.

Pour les lecteurs qui suivent le secteur bancaire européen, l’histoire de Société Générale sous Krupa est un cas d’école. Elle rappelle qu’une valeur mal-aimée peut se retourner, mais que ce retournement dépend d’exécution, de constance et de la capacité à tenir ses promesses. Rien de magique là-dedans : du travail, des choix et du temps.

Un dernier mot de prudence, car il s’impose. Une performance boursière passée, aussi spectaculaire soit-elle, ne dit rien de la trajectoire future. Le titre a gagné 150 % en trois ans ; il pourrait tout aussi bien consolider, voire refluer, si les résultats venaient à décevoir. Investir dans une action bancaire comporte des risques réels, liés aux taux, à la conjoncture et aux aléas propres à chaque établissement. La belle histoire de Slawomir Krupa mérite d’être suivie de près — mais avec la tête froide.

Jean Claude Convenant