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Guerres, pétrole en hausse : pourquoi les Bourses refusent de paniquer

Par Jean Claude Convenant 5 min de lecture

Il y a quelque chose de déroutant dans la tenue actuelle des marchés. Les tensions géopolitiques s’accumulent, le prix du baril remonte, et pourtant les indices actions ne bronchent pas. Un vacarme, oui, mais en sourdine. Comme si les investisseurs avaient décidé, collectivement, que rien de tout cela ne méritait de vendre.

C’est le constat que dressent Les Echos dans leur radar des marchés : les acteurs estiment que les entreprises sont désormais assez robustes pour absorber le double choc du risque géopolitique et de la hausse du brut. Une confiance qui peut sembler audacieuse. Elle mérite qu’on s’y attarde.

Une sérénité qui a ses raisons

Derrière ce calme apparent, il y a une logique. Les résultats d’entreprises, trimestre après trimestre, ont montré une capacité d’adaptation que peu anticipaient. Les marges ont mieux résisté que prévu à l’inflation des dernières années. Les carnets de commandes, dans nombre de secteurs, restent garnis. Et les bilans, dans l’ensemble, se sont assainis depuis la période post-Covid.

Autrement dit, les investisseurs ne parient pas sur l’absence de risques. Ils parient sur la solidité de ceux qui doivent les encaisser. C’est une nuance de taille. On ne dit pas « il ne se passera rien », on dit « même s’il se passe quelque chose, les entreprises tiendront ».

Ce raisonnement n’est pas absurde. Sur les dernières décennies, les marchés ont maintes fois surestimé l’impact durable des chocs géopolitiques. Après une secousse initiale, les indices ont souvent repris leur trajectoire en quelques semaines. La guerre du Golfe en 1990, les attentats du 11 septembre 2001, plus récemment le déclenchement du conflit en Ukraine : à chaque fois, la panique initiale a cédé la place à une forme de résilience. Les Bourses ont la mémoire courte, mais elle leur sert parfois de boussole.

Le pétrole, ce trouble-fête que l’on regarde de haut

La hausse du brut est le point qui devrait, en théorie, inquiéter le plus. Un pétrole plus cher, c’est de l’inflation importée, des coûts de production alourdis, du pouvoir d’achat rogné. C’est le canal par lequel un conflit lointain finit par toucher le portefeuille d’un ménage à Lyon, à Bruxelles ou à Casablanca.

Pourtant, les marchés semblent considérer que la remontée actuelle reste contenue. Tant que le baril ne s’envole pas de manière incontrôlée, l’économie mondiale a de la marge. Les entreprises ont appris, depuis 2022, à répercuter une partie de leurs coûts. Et les banques centrales, après leur long cycle de resserrement, disposent désormais d’une flexibilité qu’elles n’avaient pas au plus fort de l’inflation.

Cette lecture optimiste a toutefois un talon d’Achille : elle suppose que la hausse restera graduelle. Un choc pétrolier brutal, lui, changerait entièrement l’équation. C’est là toute la fragilité d’un pari fondé sur la modération d’événements par nature imprévisibles.

La complaisance, ce risque que personne ne cote

Il faut le dire : cette tranquillité a un revers. Quand les marchés cessent de s’inquiéter, ils cessent aussi de se protéger. Les primes de risque se compriment, les valorisations grimpent, et le moindre grain de sable peut alors provoquer une correction disproportionnée. La sérénité d’aujourd’hui pourrait devenir la vulnérabilité de demain.

Le vrai danger n’est pas le risque géopolitique en soi. C’est l’écart entre ce risque et le prix que les investisseurs lui accordent. Quand cet écart devient trop grand, les réveils sont douloureux. On l’a vu à maintes reprises : ce ne sont pas les crises anticipées qui font le plus mal, mais celles que personne n’avait intégrées dans les cours.

Pour les épargnants francophones, la leçon n’est pas de fuir ni de foncer. Elle est de garder à l’esprit que le calme des indices n’efface pas les risques sous-jacents. Un portefeuille qui semble solide par beau temps peut se révéler exposé quand le vent tourne. La diversification, l’horizon de placement et la tolérance réelle aux pertes restent les seuls garde-fous qui vaillent — bien plus que la lecture quotidienne de la courbe du CAC 40 ou du Bel 20.

Un équilibre qui tient, jusqu’à preuve du contraire

Alors, faut-il se réjouir de cette résistance ou s’en méfier ? Un peu des deux, sans doute. La robustesse des entreprises est réelle, elle n’est pas un mirage. Mais la confiance des marchés a toujours quelque chose de circulaire : on achète parce que les autres achètent, on reste serein parce que les autres le sont.

Le vacarme géopolitique est là, bien présent. Les marchés ont juste décidé de baisser le volume. Reste à savoir combien de temps ils pourront le maintenir en sourdine — et ce qu’il faudra pour qu’il revienne, brutalement, au premier plan. Comme toujours en Bourse, ce n’est pas le bruit qui compte, mais le moment où l’on cesse de l’entendre.

Jean Claude Convenant