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Kingfisher : comment le géant du bricolage gagne de la marge sans vendre plus
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Kingfisher : comment le géant du bricolage gagne de la marge sans vendre plus

Par Jean Claude Convenant 5 min de lecture

Vendre autant qu’avant, mais gagner davantage. Voilà le tour de force que Kingfisher, la maison mère des enseignes de bricolage Castorama et Brico Dépôt, vient de réaliser. Selon les chiffres relayés par Les Echos, le groupe britannique affiche une activité stable — pas d’envolée du côté du chiffre d’affaires — et pourtant sa marge brute progresse. Le genre de résultat qui, à première vue, ressemble à un paradoxe comptable. À y regarder de plus près, c’est surtout du travail bien fait.

Grandir sans vendre plus, l’exploit discret

Dans le commerce de détail, on a longtemps cru à une équation simple : plus de volume égale plus de profit. Kingfisher démontre que ce n’est pas si mécanique. Le groupe ne s’appuie pas sur une croissance de ses ventes pour muscler sa rentabilité. Il joue sur un autre levier, moins spectaculaire mais souvent plus solide : la marge dégagée sur chaque produit vendu.

Concrètement, améliorer sa marge brute à activité constante, cela veut dire mieux acheter, mieux négocier avec les fournisseurs, optimiser son assortiment de produits, réduire les démarques. C’est un travail d’orfèvre, invisible pour le client qui pousse son caddie dans un rayon de peinture ou de plomberie. Mais c’est précisément ce type de gestion que les investisseurs apprécient, parce qu’il traduit une maîtrise interne plutôt qu’un simple coup de chance conjoncturel.

La Pologne et l’Espagne, moteurs inattendus

Le détail qui change tout : ce sont la Pologne et l’Espagne qui tirent les performances vers le haut. Deux marchés qui ne sont pas forcément ceux auxquels on pense en premier quand on évoque un groupe d’origine britannique. Pourtant, l’enseigne y est bien implantée — Castorama en Pologne y occupe une position historique de premier plan.

Pourquoi ces deux pays plutôt que d’autres ? La Pologne bénéficie depuis des années d’une dynamique de rénovation et de construction soutenue, portée par une population qui investit dans son logement. L’Espagne, de son côté, a connu un rebond du marché immobilier après les années difficiles qui ont suivi la crise de 2008. Deux terrains où le bricolage et l’aménagement de la maison restent des dépenses valorisées par les ménages.

Cette dépendance à des marchés périphériques mérite d’être soulignée. Elle montre qu’un groupe peut compenser l’atonie de ses marchés matures — le Royaume-Uni, la France — par le dynamisme de zones où la consommation reste plus vigoureuse. C’est une stratégie de diversification géographique qui, à notre avis, sera de plus en plus décisive pour les distributeurs européens dans les années à venir.

Ce que dit ce résultat de la santé du bricolage

Il faut le rappeler : le secteur du bricolage a vécu des montagnes russes. Pendant les confinements de 2020 et 2021, les ventes ont explosé. Coincés chez eux, les particuliers ont repeint, rénové, aménagé. Puis est venu le contrecoup, avec un tassement de la demande une fois la vie normale revenue, et une inflation qui a rogné le pouvoir d’achat consacré aux dépenses non essentielles.

Dans ce contexte, une activité qui se stabilise n’a rien de décevant. C’est même plutôt un signe de résilience. La vraie question pour un groupe comme Kingfisher n’est plus « comment retrouver la croissance folle du Covid », mais « comment rester rentable dans un marché revenu à la normale ». La réponse apportée ici — travailler la marge — semble être la bonne.

Pour les lecteurs qui suivent les marchés, ce genre de publication a valeur d’indicateur. Les enseignes de bricolage sont un bon thermomètre de la confiance des ménages : quand les gens investissent dans leur logement, c’est qu’ils se projettent. Un ralentissement brutal, à l’inverse, trahirait des inquiétudes. Ici, le message est nuancé : pas d’euphorie, mais une gestion qui tient la route.

Faut-il pour autant s’emballer ?

Modérons l’enthousiasme. Améliorer sa marge brute à volumes stables est une performance appréciable, mais elle a ses limites. On ne peut pas indéfiniment gratter des points de marge sans, à un moment, avoir besoin de vendre davantage. Les gains d’efficacité finissent par plafonner. La croissance des volumes reste, sur le long terme, le carburant le plus durable de la rentabilité.

Par ailleurs, s’appuyer fortement sur deux marchés comme la Pologne et l’Espagne comporte un revers : si ces économies venaient à ralentir, l’ensemble du groupe en pâtirait. La concentration des relais de croissance est une force en période faste, une vulnérabilité en cas de retournement.

Rien de tout cela ne constitue un conseil d’investissement, et chaque épargnant sait que le passé ne préjuge pas de l’avenir. Mais ce qui se dégage de ces chiffres, c’est le portrait d’une entreprise qui a compris que, dans un marché mûr, la discipline financière vaut parfois mieux que la course au chiffre d’affaires. Un travail de pro, effectivement — encore faudra-t-il le confirmer sur la durée.

Jean Claude Convenant