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Société Générale : le pari de Slawomir Krupa pour rattraper le peloton bancaire

Par Jean Claude Convenant 5 min de lecture

Il y a un mot que Slawomir Krupa évite soigneusement : rattrapage. Pourtant, tout son projet en porte la marque. Le directeur général de Société Générale a présenté son plan stratégique à horizon 2029, et l’ambition tient en une image simple : ramener la banque de la Défense dans le peloton des grands établissements européens, elle qui traîne depuis des années en fond de classement boursier.

Le contraste est saisissant. Quand BNP Paribas et Crédit Agricole affichent des valorisations robustes, Société Générale reste longtemps restée l’exemple de la banque française qui déçoit. Cours de Bourse en retrait, rentabilité inférieure à ses concurrentes, promesses non tenues. Krupa, arrivé aux commandes en 2023, le sait mieux que personne. Son plan, il le joue gros.

Une banque qui partait de loin

Rappelons d’où vient l’établissement. Société Générale, ce fut l’affaire Kerviel en 2008, une perte de près de cinq milliards d’euros qui a marqué durablement l’institution. Ce fut aussi une succession de restructurations, de coupes dans les réseaux, de cessions d’actifs à l’international. Pendant que d’autres consolidaient, la banque au logo rouge et noir semblait courir après le temps perdu.

Le point de comparaison le plus cruel reste la valorisation en Bourse. Longtemps, Société Générale s’est échangée bien en dessous de sa valeur comptable, signe que les marchés doutaient de sa capacité à générer durablement des profits. Autrement dit : les investisseurs valorisaient la banque moins que la somme de ses actifs. Rarement flatteur pour un directeur général.

C’est ce scepticisme que Krupa doit désormais renverser. Et il ne dispose pas d’une marge d’erreur infinie. Le patron a déjà entamé son mandat par un plan de simplification, avec des cessions d’activités jugées non stratégiques et un objectif clair : dégager du capital, réduire les coûts, restaurer la confiance. Le nouveau cap 2029 s’inscrit dans cette continuité, mais avec une exigence supplémentaire : prouver que le redressement produit enfin des résultats visibles.

Rentabilité, dividendes, ce que les marchés attendent

Dans l’univers bancaire, un plan stratégique se juge à quelques indicateurs simples. La rentabilité des fonds propres, d’abord : c’est la mesure reine, celle qui dit combien la banque rapporte à ses actionnaires pour chaque euro immobilisé. Le coefficient d’exploitation ensuite, ce ratio qui compare les coûts aux revenus et sur lequel Société Générale a longtemps péché. Enfin, la politique de retour aux actionnaires, dividendes et rachats d’actions, devenue le nerf de la guerre pour séduire les investisseurs.

C’est sur ce terrain que se joue la crédibilité de Krupa. Un plan bancaire, aussi bien construit soit-il, ne vaut que par son exécution. Les patrons de banque européens ont tous appris cette leçon à leurs dépens : les marchés ne récompensent plus les promesses, seulement les preuves trimestre après trimestre. La Bourse, elle, attend de voir avant de payer.

Il faut le dire : le redressement d’une banque n’est jamais spectaculaire. Pas de croissance fulgurante, pas de pari technologique qui change tout du jour au lendemain. C’est un travail de fourmi, fait de discipline sur les coûts, de gestion du risque et de constance dans la stratégie. La grande question est de savoir si Société Générale, après des années de virages, saura tenir un cap suffisamment longtemps pour convaincre.

Ce que ça change pour l’épargnant et l’écosystème

Au-delà des salles de marché, l’enjeu concerne tout un écosystème. Société Générale reste une banque de dépôt majeure, présente auprès de millions de particuliers et d’entreprises en France. Sa santé financière n’est pas une abstraction : elle conditionne sa capacité à prêter, à financer l’économie, à accompagner les projets. Une banque solide prête plus facilement ; une banque fragilisée resserre les vannes.

La dimension internationale n’est pas neutre non plus. Historiquement, Société Générale a bâti une présence significative en Afrique, notamment au Maghreb, avant d’engager un mouvement de désengagement dans plusieurs pays ces dernières années. Ces cessions illustrent bien la logique du plan Krupa : se recentrer sur les activités où la banque est la plus rentable, quitte à réduire la voilure là où le rendement ne suit pas. Pour les marchés bancaires africains, ce retrait progressif d’un acteur historique redessine les équilibres locaux.

Pour l’investisseur particulier, la prudence reste de mise. Une action bancaire décotée peut sembler une occasion, mais la décote reflète souvent des risques réels : sensibilité aux taux d’intérêt, exposition au cycle économique, aléas réglementaires. L’histoire récente de Société Générale rappelle qu’un plan présenté avec assurance ne garantit jamais sa réalisation. Rien ici ne constitue un conseil d’investissement : chaque décision engage celui qui la prend.

Reste l’essentiel. Slawomir Krupa a posé sa feuille de route pour 2029. Il a choisi la sobriété plutôt que l’esbroufe, la méthode plutôt que le coup d’éclat. Un pari raisonnable pour une banque qui a trop souvent promis sans livrer. Le peloton est en vue. Il faudra maintenant pédaler, et sur plusieurs années, sans faiblir. Les marchés, eux, tiennent déjà le chronomètre.

Jean Claude Convenant