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Air Algérie rouvre la ligne de Doha : ce que ça change pour les Algériens du Golfe
Marché Maghreb

Air Algérie rouvre la ligne de Doha : ce que ça change pour les Algériens du Golfe

Par Jean Claude Convenant • • 5 min de lecture

75 000 dinars. C’est le prix d’entrée pour un billet Alger-Doha au départ du 29 septembre. Un chiffre qui, à lui seul, raconte le retour d’une ligne que la géopolitique avait mise à l’arrêt pendant sept mois. Ce vendredi 25 septembre, Air Algérie a rouvert les réservations vers la capitale qatarie avec un slogan presque lyrique pour une compagnie d’État : « Doha est de retour… Envolons-nous de nouveau vers elle ».

Derrière la formule, une réalité plus prosaïque. Depuis fin février, quand la guerre américano-israélienne contre l’Iran a fait basculer une partie du ciel du Golfe en zone à risque, les avions du pavillon national ne se posaient plus à Doha. Le retour n’est donc pas un simple ajustement d’horaires. C’est le signe qu’Air Algérie estime le corridor de nouveau sûr — ou du moins suffisamment stabilisé pour reprendre ses opérations commerciales.

Un soulagement pour la diaspora du Golfe

Pour les Algériens installés au Qatar et, plus largement, dans la péninsule arabique, la nouvelle a un goût concret. Sept mois sans liaison directe, cela signifie des correspondances à rallonge, des escales imposées, des tarifs qui grimpent et une organisation familiale compliquée à chaque déplacement. La réouverture d’un vol direct depuis Alger, c’est du temps et de l’argent regagnés.

Mais la carte du Golfe reste amputée. Air Algérie maintient la suspension de ses vols vers Dubaï, et le contexte laisse peu d’espoir d’un rétablissement rapide. La rupture des relations diplomatiques décidée par Alger avec Abou Dhabi ferme la porte pour un moment. Autrement dit, un Algérien qui vit à Dubaï ne bénéficie pas du même soulagement que celui installé à Doha : il devra continuer à composer avec des itinéraires détournés. Le retour vers Doha éclaire, par contraste, cette fracture entre deux capitales du Golfe traitées très différemment par la diplomatie algérienne.

Il faut le dire : dans le transport aérien, la politique dicte souvent le réseau autant que la demande. Une ligne peut être rentable et rester fermée parce que deux gouvernements ne se parlent plus. C’est exactement ce qui se joue ici, avec un Qatar qui redevient accessible pendant que les Émirats restent hors radar.

Doha, un hub que la compagnie ne pouvait pas se permettre de perdre

Au-delà de la diaspora, la reprise vise un objectif stratégique. Doha n’est pas une destination comme une autre : c’est l’un des grands hubs mondiaux, un point de correspondance vers l’Asie et le reste du Moyen-Orient. Et Air Algérie y a un intérêt renforcé depuis l’accord de partage de code conclu début novembre 2025 avec Qatar Airways.

Ce type d’accord, dans le jargon aérien, permet à une compagnie de commercialiser sous son propre code des vols opérés par sa partenaire. Traduit en clair : un passager peut acheter un billet Air Algérie et voyager, sur une partie du trajet, à bord d’un appareil Qatar Airways, avec un seul billet et une correspondance fluide à Doha. Pour une compagnie qui ne dispose pas d’une flotte capable de desservir seule l’Extrême-Orient, c’est le moyen le plus économique d’étendre son réseau vers l’Asie sans acheter d’avions supplémentaires.

Sauf que ce partenariat n’a de sens que si les avions algériens peuvent effectivement se poser à Doha. Une ligne suspendue vide l’accord d’une partie de sa substance. La réouverture rend donc au partage de code toute sa logique commerciale. On comprend mieux, dès lors, l’empressement de la compagnie à rouvrir les réservations.

Une reprise à surveiller, pas une garantie

Reste que la prudence s’impose. Le retour du corridor de Doha ne signifie pas que la région soit revenue à la normale. Le ciel du Moyen-Orient demeure un espace où les tensions peuvent ressurgir vite, et où une nouvelle escalade suffirait à refermer ce qui vient à peine de rouvrir. Les voyageurs qui réservent aujourd’hui devraient garder à l’esprit que ce genre de ligne, très exposée au contexte régional, peut connaître de nouvelles perturbations. Ce n’est pas un pronostic, simplement une réalité que sept mois de suspension viennent de rappeler.

Sur le plan financier, le tarif d’appel de 75 000 dinars au départ d’Alger donne un ordre d’idée, mais reste un prix de lancement, valable pour une date précise. Comme toujours dans l’aérien, les grilles évoluent selon la demande, les périodes et le remplissage des appareils. Ceux qui espèrent le meilleur prix ont intérêt à comparer avant que la nouveauté ne fasse grimper les réservations.

Ce retour s’inscrit dans une stratégie plus large affichée par Air Algérie, qui multiplie les annonces de nouvelles destinations en Asie et au Moyen-Orient et vise, selon ses propres communications, un record de passagers en 2026. Ambition compréhensible pour une compagnie qui cherche à sortir de son marché historique franco-maghrébin. Mais transformer des annonces en résultats durables suppose que la géopolitique laisse les avions voler. Sur ce point, Doha vient de rappeler que rien n’est jamais acquis.

Jean Claude Convenant