Aller au contenu
Actu
Amundi met un fonds actions sur Ethereum : la TradFi européenne passe à l’offensiveLes data centers ont-ils déclenché la correction ? Wall Street perd 5 % sur le Nasdaq25 000 bitcoins ont quitté Binance en 48 heures : faut-il y voir un signal de panique ?Cyberattaque chez Crédit Mutuel Arkéa : pourquoi cette enquête ne ressemble à aucune autre6 milliards de dollars volés : la machine à blanchir nord-coréenne tourne à plein régimeAmundi met un fonds actions sur Ethereum : la TradFi européenne passe à l’offensiveLes data centers ont-ils déclenché la correction ? Wall Street perd 5 % sur le Nasdaq25 000 bitcoins ont quitté Binance en 48 heures : faut-il y voir un signal de panique ?Cyberattaque chez Crédit Mutuel Arkéa : pourquoi cette enquête ne ressemble à aucune autre6 milliards de dollars volés : la machine à blanchir nord-coréenne tourne à plein régime
Tindouf, la nouvelle porte de l’Algérie vers l’Afrique de l’Ouest : ce que révèle ce chantier à 200 hectares
Marché Maghreb

Tindouf, la nouvelle porte de l’Algérie vers l’Afrique de l’Ouest : ce que révèle ce chantier à 200 hectares

Par Jean Claude Convenant • • 5 min de lecture

Au bout du bitume, là où le Sahara algérien touche la Mauritanie, un complexe de 200 hectares sort du sable. Six entrepôts, un poste de douane, des banques, un centre de santé, une base de vie. À Tindouf, dans l’extrême sud-ouest du pays, l’Algérie construit bien plus qu’une plateforme logistique : elle dessine une route commerciale vers un continent qu’elle a longtemps regardé de loin.

Le ministre du Commerce extérieur et de la Promotion des exportations, Kamel Rezig, l’a annoncé ce jeudi 5 novembre devant le Conseil de la nation : la zone de libre-échange de Tindouf sera réceptionnée avant la fin de l’année. Les travaux d’aménagement, dit-il, sont « entièrement achevés ». Reste à transformer ces murs neufs en véritable carrefour marchand.

Un pari lancé à deux présidents en 2024

La première pierre n’a pas été posée par un simple fonctionnaire. En 2024, ce sont le président Abdelmadjid Tebboune et son homologue mauritanien Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani qui ont inauguré le chantier, à quelques encablures du poste-frontière entre les deux pays. Le choix du lieu n’a rien d’anodin. Tindouf est l’un des rares points de passage terrestres entre l’Algérie et l’Afrique subsaharienne, une fenêtre vers la Mauritanie et, au-delà, vers tout l’Ouest africain.

Deux ans plus tard, le complexe se veut autonome. Rezig le décrit comme un « projet intégré » : six grands entrepôts, de vastes espaces pour les exposants, un centre de contrôle des marchandises, des bâtiments administratifs abritant douanes, banques et assurances, sans oublier les infrastructures de sécurité et un centre de santé. L’idée est claire : offrir aux opérateurs économiques un environnement de travail complet, où l’on peut dédouaner, financer et assurer une cargaison sans quitter le site.

Sur le papier, c’est séduisant. Dans les faits, une zone franche ne vaut que par les flux qui la traversent. Et c’est là que se joue le vrai défi.

Pourquoi l’Algérie regarde vers le Sud

Il faut le dire : pendant des décennies, le commerce extérieur algérien s’est résumé à une équation simple. On vend des hydrocarbures, on importe à peu près tout le reste. Les marchés africains, pourtant frontaliers, sont restés marginaux. Les échanges de l’Algérie avec le reste du continent demeurent faibles au regard de son poids économique, parasités par des infrastructures manquantes et des routes du désert peu praticables.

D’où l’importance de relier Tindouf à la Méditerranée par le rail, un chantier distinct mais complémentaire. Sans transport, pas de commerce. Un entrepôt isolé au bord du Sahara n’exporte rien. Relier la côte au Sud, c’est permettre à une marchandise fabriquée dans le nord du pays de descendre jusqu’à la frontière mauritanienne, puis de filer vers Nouakchott et au-delà.

L’objectif affiché par Rezig est explicite : développer les exportations algériennes hors hydrocarbures vers l’Afrique de l’Ouest. Le ministre parle d’un « pôle commercial et logistique central » censé « soutenir la compétitivité des opérateurs » et « renforcer notre présence économique en Afrique ». La formule traduit une ambition de fond : diversifier une économie trop dépendante du pétrole et du gaz.

Le contexte régional s’y prête. La Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf), entrée dans sa phase opérationnelle, promet à terme un marché de plus d’un milliard de consommateurs. L’Algérie, membre de cet ensemble, ne veut pas rester spectatrice pendant que le Maroc, son voisin et rival, multiplie les percées commerciales vers l’Ouest africain depuis des années. La bataille d’influence économique au Sahel et sur la façade atlantique est bien réelle.

Des murs achevés, une gouvernance à inventer

Reste une inconnue de taille : qui pilotera tout cela ? Rezig a reconnu, lors de la même séance, qu’un projet de décret portant création d’un établissement public chargé de la gestion des zones franches se trouve encore au niveau du secrétariat général du gouvernement. Autrement dit, les entrepôts seront prêts avant même que l’organisme censé les administrer n’existe officiellement.

Ce décalage en dit long. En Algérie, l’histoire des zones franches est marquée par les faux départs. Le dispositif de Bellara, dans l’est du pays, avait été lancé puis remanié à plusieurs reprises avant de prendre forme. Construire des infrastructures est une chose ; faire tourner un écosystème commercial avec des règles douanières claires, des financements fluides et des opérateurs convaincus en est une autre.

La réussite de Tindouf dépendra de détails très concrets. Les procédures de dédouanement seront-elles réellement allégées ? Les banques présentes sur site pourront-elles financer les transactions transfrontalières en devises ? Les transporteurs trouveront-ils un intérêt à emprunter ces routes du désert plutôt que les voies maritimes classiques ? Ce sont ces questions, et non les coupures de rubans, qui décideront du sort du projet.

Pour l’heure, l’Algérie avance ses pions. Une zone franche au seuil de la Mauritanie, un rail en construction vers la mer, un établissement public en gestation. Les intentions sont posées. Il faudra attendre les premiers camions chargés, et les premiers bilans d’exportation, pour savoir si Tindouf devient la porte de l’Afrique de l’Ouest que Alger appelle de ses vœux — ou un complexe de plus qui attend ses clients au milieu du Sahara.

Jean Claude Convenant