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Six IA face au Bitcoin : ce que leurs réponses révèlent (et ce qu’elles cachent)

Par Jean Claude Convenant • • 5 min de lecture

Posez la même question à six intelligences artificielles différentes et observez ce qui se passe. C’est l’exercice mené par Cryptoast : demander à ChatGPT, Gemini, Claude, Mistral, Grok et DeepSeek si le Bitcoin constitue un bon investissement, et où elles voient son prix en 2030. Le résultat est moins une boule de cristal qu’un miroir tendu à nos propres biais.

Car il faut le dire d’emblée : aucune de ces machines ne sait ce que vaudra le Bitcoin dans cinq ans. Personne ne le sait. Mais la manière dont elles répondent en dit long sur ce que l’on peut — et surtout ne peut pas — attendre d’un modèle de langage quand on l’interroge sur son argent.

Un consensus prudent, presque suspect

Première constatation frappante : les six modèles chantent à peu près la même partition. Aucune n’ose un « oui, foncez » ni un « non, fuyez ». Toutes enveloppent leur réponse des mêmes précautions : volatilité élevée, horizon de placement long, diversification, et l’incontournable formule sur l’investissement de « ce que l’on est prêt à perdre ».

Cette convergence n’a rien d’un hasard. Un modèle de langage ne pense pas : il prédit le mot le plus probable à partir de milliards de textes avalés pendant son entraînement. Quand ces textes sont majoritairement des articles financiers, des pages de régulateurs et des forums d’investisseurs, la moyenne qui en ressort est fatalement consensuelle. L’IA ne vous livre pas une conviction. Elle vous recrache le ton dominant d’Internet sur le sujet, lissé et reformulé.

C’est rassurant, d’une certaine façon. On préfère une machine qui prêche la prudence à une machine qui promet de doubler votre capital. Mais cela signifie aussi qu’il ne faut pas confondre cette sagesse apparente avec une véritable analyse. Le prudent « ça dépend de votre profil » n’est pas un conseil : c’est un refus poli de répondre, habillé en expertise.

Les prédictions 2030 : le grand écart assumé

C’est sur les projections de prix que l’exercice devient révélateur. Les fourchettes avancées par les différentes IA sont larges, parfois béantes. Et pour cause : prédire le cours d’un actif aussi nerveux que le Bitcoin à cinq ans relève de la divination, pas de la statistique.

Rappelons le contexte. Le Bitcoin a connu plusieurs cycles brutaux depuis sa création en 2009. En 2017, il flirtait avec les 20 000 dollars avant de s’effondrer de près de 80 % l’année suivante. Même scénario après le sommet de novembre 2021 à environ 69 000 dollars, suivi d’une chute vertigineuse en 2022, année marquée par l’implosion de Terra-Luna puis la faillite retentissante de la plateforme FTX. Qui, en 2021, aurait prédit la débâcle de Sam Bankman-Fried ? Aucune IA entraînée à l’époque, assurément.

C’est là toute la limite de ces projections : elles extrapolent le passé. Or le Bitcoin se joue précisément des extrapolations. Les événements qui font ses cours — décisions réglementaires, effondrements de plateformes, arrivée des ETF spot approuvés aux États-Unis début 2024, humeur des grandes banques centrales — sont par nature imprévisibles. Une IA peut vous servir une fourchette qui a l’air savante. Elle reste une moyenne pondérée d’opinions humaines, avec une fausse précision décimale en prime.

Ce que l’exercice apprend vraiment

Au-delà du Bitcoin lui-même, cette comparaison à six voix pose une question plus large : faut-il déléguer ses décisions financières à une IA ? À notre avis, la réponse tient en une nuance. Ces outils sont excellents pour expliquer un concept, résumer des arguments contradictoires, dégrossir un sujet technique. Ils sont dangereux dès qu’on les prend pour des oracles.

Trois écueils méritent d’être gardés en tête :

  • Le biais de confiance : une réponse bien écrite, fluide et structurée semble crédible. La forme n’est pourtant pas une garantie de fond.
  • La date d’entraînement : chaque modèle s’arrête à un instant T. Il peut ignorer les derniers développements réglementaires ou les mouvements de marché récents.
  • L’absence de responsabilité : un conseiller humain engage sa responsabilité. Une IA, non. Si sa « prédiction » tourne mal, personne ne répond.

Pour les lecteurs francophones, le cadre réglementaire ajoute une couche à ne jamais négliger. En France, l’Autorité des marchés financiers rappelle régulièrement que les crypto-actifs ne bénéficient d’aucune garantie et que les pertes peuvent être totales. Le règlement européen MiCA, désormais en vigueur, structure progressivement le secteur mais ne supprime pas le risque. En Belgique, la FSMA tient un discours tout aussi ferme. Et dans plusieurs pays du Maghreb, à commencer par l’Algérie et le Maroc, la détention et l’usage de crypto-monnaies demeurent juridiquement interdits ou dans un flou que l’Office des changes marocain tente seulement de clarifier. Une IA, elle, ne connaît pas votre juridiction — et ne vous préviendra pas toujours de ces subtilités.

Alors, bon investissement ou pas ?

La vraie leçon de cet exercice n’est pas dans les réponses des machines, mais dans leur unanimité à botter en touche. Six IA, un seul message : il n’y a pas de réponse universelle. Le Bitcoin peut avoir une place dans un patrimoine diversifié pour qui comprend sa volatilité et accepte de potentiellement tout perdre. Il n’a rien à faire dans l’épargne de précaution d’un ménage qui compte sur elle pour boucler ses fins de mois.

Interroger ChatGPT ou Grok sur le Bitcoin, c’est un peu comme demander la météo à un dicton populaire : parfois juste, souvent vague, jamais contractuel. Le travail de réflexion — comprendre son horizon, sa tolérance au risque, sa situation fiscale et légale — reste, lui, irréductiblement humain. Et c’est tant mieux.

Cet article est à visée informative et ne constitue en aucun cas un conseil en investissement. Les crypto-actifs présentent un risque de perte en capital pouvant aller jusqu’à la totalité des sommes engagées.

Jean Claude Convenant