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Amundi met un fonds actions sur Ethereum : la TradFi européenne passe à l’offensive
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Amundi met un fonds actions sur Ethereum : la TradFi européenne passe à l’offensive

Par Jean Claude Convenant • • 5 min de lecture

Deux mille milliards d’euros d’actifs sous gestion ne plaisantent pas avec les modes. Quand Amundi, le plus gros gestionnaire d’actifs d’Europe, décide de placer un de ses fonds phares sur une blockchain publique, ce n’est pas un coup de communication. C’est un signal. La maison de la Caisse des dépôts et du Crédit Agricole vient de lancer des parts tokenisées de son fonds indiciel actions, l’Amundi Core STOXX Europe 600, directement sur Ethereum.

On parle ici du cœur de la gestion traditionnelle : un fonds qui réplique l’indice des 600 plus grandes capitalisations européennes. Pas un gadget crypto, pas un produit dérivé exotique. De l’investissement indiciel classique, celui que des millions d’épargnants détiennent via leur assurance-vie ou leur PEA, désormais représenté par des jetons qui circulent sur un registre public.

Du fonds monétaire aux actions : le changement d’échelle

Amundi n’en est pas à son coup d’essai. Le groupe avait déjà tokenisé un fonds monétaire, produit de trésorerie à faible risque, idéal pour tester la plomberie technique sans exposer les clients à de grosses secousses. La prudence habituelle des grandes maisons françaises.

Passer aux actions européennes, c’est franchir un cap. Le monétaire, c’est du quasi-cash. Un indice actions, c’est de la volatilité, des dividendes, des valorisations qui bougent en temps réel. Mettre ce type de produit on-chain revient à dire que l’infrastructure blockchain est jugée suffisamment mûre pour porter des actifs plus complexes. L’infrastructure, justement, est opérée par CACEIS, la coentreprise de services aux investisseurs du Crédit Agricole et de Santander. Autrement dit, tout reste dans le giron d’acteurs ultra-régulés. Pas de pont de fortune, pas de protocole anonyme : l’ossature technique est maison.

Il faut le dire clairement : ce que fait Amundi n’a rien à voir avec l’esprit originel de la finance décentralisée. Ici, pas d’anonymat, pas de désintermédiation. On prend les outils d’Ethereum — un registre partagé, des transactions programmables, une traçabilité native — et on les met au service de produits parfaitement encadrés. La DeFi fournit la tuyauterie ; la TradFi garde les clés.

Pourquoi Ethereum, et pourquoi maintenant

Le choix d’Ethereum n’est pas anodin. La blockchain reste la référence pour la tokenisation d’actifs réels, ce que le secteur appelle les RWA (real-world assets). BlackRock y a déployé son fonds BUIDL, Franklin Templeton y gère des produits monétaires, et une longue liste d’institutions l’utilise comme socle. Amundi rejoint ce club en apportant quelque chose que peu d’acteurs ont encore osé : un indice actions européen.

Le timing s’explique par plusieurs convergences. D’abord, le cadre réglementaire européen s’est clarifié avec MiCA, qui donne aux gestionnaires un terrain de jeu lisible pour expérimenter sans marcher sur des œufs juridiques. Ensuite, la pression concurrentielle venue d’outre-Atlantique : les géants américains de la gestion ont pris une longueur d’avance sur la tokenisation, et aucun champion européen ne peut se permettre de regarder le train passer.

Qu’apporte concrètement la tokenisation d’un fonds ? Sur le papier, plusieurs promesses séduisantes. Des règlements plus rapides, voire quasi instantanés, là où la finance traditionnelle fonctionne encore en J+2. Une circulation potentiellement continue, au-delà des horaires d’ouverture des Bourses. Et une réduction des intermédiaires dans la chaîne de traitement, donc des coûts théoriquement plus bas. Pour un investisseur institutionnel qui déplace de gros montants, ces gains de friction ne sont pas abstraits.

Ce que ça change vraiment pour les épargnants

Soyons honnêtes : dans l’immédiat, pas grand-chose pour le particulier qui place son épargne via son conseiller bancaire. Ces fonds tokenisés visent d’abord une clientèle professionnelle et institutionnelle. Le grand public ne va pas se mettre à acheter des parts de STOXX Europe 600 avec un portefeuille Ethereum demain matin.

Mais la direction est tracée. Chaque fois qu’un acteur du poids d’Amundi avance, il normalise un peu plus l’idée que les actifs financiers de demain vivront sur des registres partagés. Ce qui est aujourd’hui réservé aux grands comptes finit souvent par ruisseler vers les produits grand public. L’assurance-vie et les ETF ont suivi ce chemin avant de devenir des standards.

Pour les épargnants francophones, de Paris à Casablanca en passant par Bruxelles et Genève, l’enjeu est surtout de comprendre la nuance. Un fonds tokenisé n’est ni plus ni moins risqué que le fonds sous-jacent : c’est toujours le même panier d’actions européennes, avec sa volatilité propre. La tokenisation change la forme, pas le fond. Elle ne transforme pas un produit boursier en jeton miracle. Les risques de marché demeurent entiers.

Restent quelques zones d’ombre que ce type d’annonce a tendance à laisser dans l’angle mort. La liquidité réelle de ces parts tokenisées : qui les achète, à quel prix, et avec quelle facilité peut-on en sortir ? La robustesse technique de l’infrastructure face aux risques propres aux blockchains, des bugs de contrats intelligents aux incidents de réseau. Et la question, encore ouverte, de l’interopérabilité entre ces fonds maison et le reste de l’écosystème.

Une chose est sûre : la frontière entre la finance de papa et celle des registres distribués s’efface, lentement mais sûrement. Amundi vient d’y ajouter une pierre de taille. Reste à voir si l’adoption suivra la technologie — ou si, comme souvent, l’enthousiasme des annonces précède de plusieurs années l’usage massif.

Jean Claude Convenant