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Frais cachés sur les plateformes crypto : ce que révèle un ancien de DEGIRO
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Frais cachés sur les plateformes crypto : ce que révèle un ancien de DEGIRO

Par Jean Claude Convenant • • 5 min de lecture

Vous achetez pour 1 000 euros de bitcoin. La plateforme affiche « 0 % de commission ». Et pourtant, au moment de valider, il vous manque une dizaine d’euros. Où sont-ils passés ? Dans le spread, cet écart discret entre le prix d’achat et le prix de vente que personne n’affiche en gros caractères. C’est précisément ce genre de mécanisme que Julien Vallet, cofondateur de la plateforme Finst et ancien cadre de DEGIRO, a décidé de remettre sur la table lors de son passage dans le podcast de Cryptoast.

Le vrai coût d’une transaction crypto

Le débat sur les frais n’est pas nouveau dans la finance. Il a traversé le monde du courtage actions bien avant d’atteindre les cryptomonnaies. Julien Vallet connaît le sujet mieux que beaucoup : chez DEGIRO, il a participé à l’essor d’un modèle qui a cassé les prix du courtage en Europe, forçant des acteurs historiques à revoir leurs grilles tarifaires. Ce même courtier néerlandais avait d’ailleurs été épinglé en 2019 par l’autorité des marchés des Pays-Bas pour des manquements, preuve que même les champions du « low cost » avancent sur un terrain surveillé.

Transposé à la crypto, le problème devient plus opaque encore. Car ici, il n’existe pas de prix de référence unique. Chaque plateforme fixe son propre tarif, intègre ses propres marges, et la fameuse « gratuité » cache souvent un spread qui peut grimper à plusieurs points de pourcentage sur les actifs les moins liquides. L’investisseur, lui, ne voit rien. Il croit payer zéro et paie en réalité la différence sans jamais la lire noir sur blanc.

Il faut le dire clairement : un particulier qui multiplie les petites transactions sur une plateforme généreuse en « 0 % » peut finir par verser davantage qu’avec un courtier affichant une commission franche de 0,25 %. L’affichage marketing et le coût réel ne racontent pas la même histoire. C’est tout l’enjeu de la transparence que défend Julien Vallet, et c’est aussi, accessoirement, l’argument commercial de sa propre société. À garder en tête quand on l’écoute.

La régulation, nouvelle ligne de partage

L’autre grand chapitre de cet échange, c’est la régulation. Le secteur sort d’une décennie de Far West où n’importe quelle plateforme pouvait ouvrir ses portes avec un site, un logo et quelques tweets. Cette époque se referme. En Europe, le règlement MiCA (Markets in Crypto-Assets), entré progressivement en application depuis fin 2024, impose désormais un cadre harmonisé aux prestataires de services sur actifs numériques. Agrément obligatoire, exigences de fonds propres, ségrégation des avoirs des clients : le temps de l’improvisation est compté.

Pour un acteur comme Finst, basé aux Pays-Bas, ce virage réglementaire n’est pas une contrainte subie mais un argument de différenciation. C’est là tout le paradoxe du moment : la régulation, longtemps perçue comme l’ennemie de l’esprit crypto, devient le sésame pour attirer les investisseurs échaudés par les faillites retentissantes. Souvenons-nous de l’effondrement de FTX en novembre 2022, qui a englouti des milliards de dollars d’épargne et rappelé à tous une vérité élémentaire : une plateforme qui n’est pas régulée n’offre aucune garantie sur ce qu’elle fait de votre argent.

Pour nos lecteurs en France, en Belgique ou en Suisse, la grille de lecture est simple. En France, l’enregistrement PSAN auprès de l’AMF a servi de premier filtre, bientôt remplacé par l’agrément MiCA. En Suisse, la FINMA applique son propre cadre, reconnu pour sa rigueur. Au Maghreb, la situation reste plus floue : l’Algérie interdit formellement les cryptomonnaies depuis 2018, le Maroc maintient une prohibition de principe tout en travaillant à un futur cadre légal, et la Tunisie avance avec prudence. Autant dire que le choix d’une plateforme régulée n’a pas le même poids selon l’endroit où l’on se trouve.

Crypto contre finance traditionnelle : la frontière s’efface

Dernier fil rouge de la conversation : la manière dont les cryptomonnaies se rapprochent de la finance classique. Julien Vallet, qui a fait ses armes dans le courtage traditionnel avant de basculer, est bien placé pour observer cette convergence. Les codes se mélangent. Les grandes banques lancent leurs services de conservation d’actifs numériques. Les gestionnaires d’actifs proposent des ETF Bitcoin au comptant, autorisés aux États-Unis depuis janvier 2024 et qui ont drainé des dizaines de milliards de dollars en quelques mois. De l’autre côté, les plateformes crypto s’équipent des mêmes obligations de conformité que leurs aînées.

Ce rapprochement a du bon : il apporte de la protection, de la lisibilité, une forme de maturité. Mais il interroge aussi. Que reste-t-il de la promesse initiale d’un système décentralisé et affranchi des intermédiaires, quand les acteurs qui dominent le marché ressemblent de plus en plus aux banques que la crypto prétendait court-circuiter ? La question n’a pas de réponse tranchée, et c’est bien ce qui la rend intéressante.

Au-delà des anecdotes de courtage qui ponctuent l’entretien, le message de fond est utile à tout investisseur, débutant ou aguerri : lisez les frais réels, pas les slogans. Vérifiez le statut réglementaire de votre plateforme avant d’y déposer un centime. Et gardez en mémoire que la crypto reste un marché volatil, où les pertes peuvent être totales. Aucun agrément, aussi solide soit-il, ne protège contre une mauvaise décision ou un retournement de marché. La transparence sur les coûts est une condition nécessaire. Elle n’a jamais été une garantie de rendement.

Jean Claude Convenant