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Bitcoin colle à Wall Street comme jamais depuis 2020 : l’actif « décorrélé » a-t-il perdu son argument ?
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Bitcoin colle à Wall Street comme jamais depuis 2020 : l’actif « décorrélé » a-t-il perdu son argument ?

Par Jean Claude Convenant • • 5 min de lecture

0,80. C’est le chiffre qui fait grincer des dents dans les salles de trading et sur les forums crypto. Selon les données de Glassnode, c’est le niveau atteint par la corrélation entre le Bitcoin et le S&P 500, l’indice phare de Wall Street. Autrement dit : quand les actions américaines montent, le BTC monte. Quand elles plongent, il plonge avec elles. Presque au même rythme.

Le problème n’est pas tant le mouvement que ce qu’il dit du Bitcoin lui-même. Pendant des années, on nous l’a vendu comme l’actif rebelle, celui qui échappe aux logiques des marchés traditionnels, l’or numérique capable de protéger un portefeuille quand tout le reste vacille. Ce récit vient de prendre un coup. Car à 0,80, le Bitcoin ne diversifie plus grand-chose : il fait doublon avec le Nasdaq.

Ce que mesure vraiment cette corrélation

Rappelons la mécanique, parce qu’elle compte. Une corrélation de 1 signifie que deux actifs évoluent exactement dans le même sens, à la même intensité. Une corrélation de 0 indique qu’ils n’ont aucun lien. Et une corrélation négative — le graal du diversificateur — veut dire que l’un monte quand l’autre baisse.

À 0,80, on est très loin de l’indépendance. Le Bitcoin et le S&P 500 sont désormais quasiment synchronisés. Ce niveau, Glassnode le qualifie de rare depuis 2020, l’année où la pandémie avait brutalement rapproché tous les actifs risqués dans une même vague de panique puis d’euphorie, portée par les injections massives de liquidités des banques centrales.

Le parallèle avec 2020 n’est pas anodin. À l’époque, l’argent gratuit avait tout tiré vers le haut, sans distinction : actions tech, crypto, matières premières. Puis, lorsque la Fed a resserré la vis en 2022, tout a dévissé ensemble. Le Bitcoin, loin de jouer les refuges, avait suivi les indices boursiers dans leur chute. La promesse de décorrélation s’était déjà fissurée à ce moment-là.

Pourquoi le Bitcoin se comporte comme une action tech

Il faut le dire clairement : le Bitcoin est devenu un actif de risque parmi d’autres. Et cette évolution n’a rien de mystérieux. Depuis l’arrivée des ETF Bitcoin au comptant aux États-Unis, approuvés début 2024, le BTC a massivement intégré les portefeuilles institutionnels. Fonds de pension, gestionnaires d’actifs, trésoreries d’entreprises : ces acteurs raisonnent par classes d’actifs, par appétit pour le risque, par exposition macro.

Résultat mécanique : quand ces investisseurs réduisent leur voilure sur les valeurs technologiques — comme c’est le cas actuellement, avec la chute des titres tech — ils allègent aussi leur crypto. Le Bitcoin n’est plus un électron libre ; il est accroché au même wagon que les actions de croissance. Sensible aux taux d’intérêt, aux anticipations de la Réserve fédérale, à l’humeur générale face au risque.

Le contexte actuel l’illustre. Les Bourses asiatiques tentent d’enrayer la baisse pendant que les valeurs technologiques occidentales reculent. Dans ce climat, le Bitcoin ne tire pas son épingle du jeu. Il subit, comme les autres.

La fin d’un argument marketing ?

C’est peut-être la vraie question que pose cette corrélation record. Le discours de la diversification a été, pendant longtemps, l’un des arguments de vente les plus puissants pour attirer les capitaux vers la crypto. « Ajoutez un peu de Bitcoin à votre portefeuille, il se comportera différemment du reste. » Sur le papier, séduisant. Dans les faits récents, de moins en moins vrai.

Attention toutefois à ne pas enterrer le débat trop vite. Les corrélations ne sont pas gravées dans le marbre : elles bougent par cycles. Il y a eu des périodes où le Bitcoin évoluait quasi indépendamment des actions, parfois même en sens inverse. Un chiffre de 0,80 décrit un instantané, pas une loi éternelle. Lors des crises de confiance dans le système bancaire traditionnel — on se souvient de l’épisode de la faillite de Silicon Valley Bank en mars 2023 — le BTC avait brièvement rejoué sa partition d’alternative. La relation peut donc se détendre.

Mais pour l’investisseur, francophone ou autre, la leçon est de prudence. Compter sur le Bitcoin pour amortir un krach boursier relève aujourd’hui du pari, pas de la stratégie fondée. Quand les marchés paniquent, les actifs les plus volatils sont souvent les premiers vendus pour faire face aux appels de marge ou sécuriser du cash. Le Bitcoin, avec sa volatilité notoire, entre pleinement dans cette catégorie.

Pour les épargnants du Maghreb, où l’accès au Bitcoin passe souvent par des canaux moins régulés et où la volatilité pèse davantage sur des budgets serrés, cette corrélation ajoute une couche de risque : non seulement l’actif est instable par nature, mais il ne protège plus contre les secousses des marchés mondiaux.

Ce qu’il faut en retenir

Le Bitcoin a gagné en maturité et en légitimité institutionnelle. C’est indéniable. Mais cette normalisation a un prix : il se comporte désormais comme ce qu’il est devenu, un actif de risque intégré aux marchés mondiaux. La mythologie de l’or numérique indépendant résiste mal à un chiffre de 0,80.

Faut-il en conclure que le Bitcoin a perdu tout intérêt ? Non — ce serait aussi excessif. Son profil reste particulier, son offre limitée demeure un argument de long terme pour ses défenseurs, et les corrélations fluctuent. Simplement, il faut regarder la réalité en face : aujourd’hui, le Bitcoin ne diversifie pas un portefeuille, il l’amplifie. À chacun d’en tirer les conséquences, en gardant à l’esprit qu’investir dans les cryptoactifs reste exposé à des pertes potentiellement importantes.

Jean Claude Convenant