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Condamnation de l’influenceuse Jihane Brahmia : le volet judiciaire d’une controverse commerciale en Algérie

Par Jean Claude Convenant 4 min de lecture

La controverse entre l’influenceuse algérienne Jihane Brahmia et l’entreprise de charcuteries Bellat franchit une étape judiciaire décisive. Une semaine après la condamnation du directeur général de la société pour diffamation, c’est au tour de l’influenceuse d’être jugée et condamnée dans un second procès. Cette affaire révèle les tensions croissantes entre les créateurs de contenu numériques et les entreprises traditionnelles dans l’écosystème commercial maghrébin.

Les origines d’une dispute médiatisée

L’affaire débute en juillet 2025 lorsque Jihane Brahmia publie une vidéo où elle explique les dangers sanitaires présumés du pâté de poulet fumé. Dans cette publication, elle utilise l’image d’un produit de la marque Bellat pour illustrer son propos. Mourad Mellah, directeur général de l’entreprise, réagit en accusant publiquement l’influenceuse de vengeance. Il affirme que celle-ci aurait sollicité un partenariat de sponsoring auprès de son père, Amar Brahmia, ancien athlète reconnu, et aurait envisagé cette vidéo comme représailles suite à un refus.

Ces échanges publics dégénèrent rapidement en contentieux judiciaire, avec le dépôt de plaintes réciproques par les deux parties. La situation illustre un phénomène nouveau : la judiciarisation des conflits commerciaux impliquant des influenceurs dans le contexte nord-africain.

Les verdicts judiciaires : une issue contrastée

Le tribunal de Bir Mourad Raïs à Alger statue en premier sur la plainte déposée par la famille Brahmia. Le 13 mai, les magistrats condamnent Mourad Mellah pour diffamation. Le jugement établit clairement qu’« aucune relation n’a jamais existé entre Amar Brahmia, Jihane Brahmia et la société Bellat » et qu’« aucune sollicitation, sous quelque forme que ce soit, n’a été adressée à cette entreprise ». Les accusations publiques du directeur général sont ainsi jugées infondées.

Cependant, le tribunal de Boufarik à Blida adopte une posture différente dans le procès intenté par Bellat. Le jugement rendu le 21 mai condamne Jihane Brahmia à une amende de 50 000 dinars et à verser 2 millions de dinars de dommages et intérêts à l’entreprise. Cette décision repose sur des accusations de diffamation et de chantage. Les deux verdicts offrent une lecture contrastée de l’affaire : reconnaissance de la diffamation de la part de l’entreprise d’un côté, condamnation de l’influenceuse de l’autre.

Les enjeux pour le marché numérique franco-maghrébin

Cette affaire soulève des questions essentielles sur la responsabilité des créateurs de contenu et le cadre juridique encadrant leurs activités. En France et au Maghreb, les influenceurs jouissent d’une grande visibilité mais demeurent souvent dans une zone grise juridiquement. L’Algérie, via cette double condamnation, établit un précédent important : les créateurs ne peuvent utiliser l’image de produits commerciaux sans consentement explicite, même pour des critiques fonctionnelles.

Pour les entreprises traditionnelles, le message est clair : les atteintes à leur réputation via les réseaux sociaux seront traitées au même titre que tout préjudice commercial. Pour les influenceurs, notamment en Algérie et dans les pays du Maghreb, cette jurisprudence impose une plus grande prudence dans le choix des visuels et des cibles de critiques.

L’impact s’étend également aux agences de communication et aux marques qui collaborent avec les créateurs. Une due diligence accrue devient nécessaire avant toute publication susceptible de mentionner un concurrent ou une entreprise tierce.

Points clés à retenir

  • Double condamnation : Les deux parties ont obtenu gain de cause auprès de tribunaux différents, soulevant des questions sur la cohérence jurisprudentielle.
  • Montant significatif : Les 2 millions de dinars représentent une somme substantielle qui dissuadera à l’avenir les utilisations non autorisées d’images de produits.
  • Absence de sponsoring prouvée : Le jugement de Bir Mourad Raïs invalide la théorie de la vengeance, éléments central du conflit initial.
  • Régulation croissante : Les juridictions nord-africaines renforcent leur encadrement des activités numériques commerciales.
  • Responsabilité personnelle : L’influenceuse est tenue personnellement responsable, sans protection collective de statut.
  • Démarche préventive : Les marques algériennes et maghrébines adoptent une approche défensive face à la critique en ligne.
Jean Claude Convenant