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Algérie : nouvelles obligations de conformité pour les professionnels comptables face aux risques de blanchiment

Par Jean Claude Convenant 4 min de lecture

L’Algérie intensifie sa lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. Cette accélération répond à une exigence pressante : sortir de la liste grise du GAFI (Groupe d’action financière), où le pays a été inscrit en octobre 2024. Pour y parvenir, les autorités élargissent le périmètre des professionnels impliqués dans cette lutte et renforcent leurs responsabilités.

Les comptables agréés, experts-comptables et commissaires aux comptes se retrouvent ainsi en première ligne. Le gouvernement algérien vient de leur imposer des obligations précises via un nouveau règlement, publié au Journal officiel, consacré à la prévention du blanchiment, du financement du terrorisme et de la prolifération des armes de destruction massive.

Le contexte algérien : une conformité devenue stratégique

La présence de l’Algérie sur la liste grise du GAFI n’est pas anodine. Elle signale des déficiences dans le dispositif anti-blanchiment et expose le pays à des difficultés dans ses relations commerciales internationales. Les institutions financières du pays font face à des frais de conformité accrus et à une méfiance accrue des partenaires étrangers.

Cette nouvelle réglementation s’inscrit dans une stratégie plus large : élargir le cercle des « assujettis » au-delà des banques traditionnelles. Comptables, experts-comptables et commissaires aux comptes ont un accès privilégié aux informations financières des entreprises. C’est pourquoi ils constituent des acteurs clés pour détecter les flux suspects avant qu’ils ne prennent de l’ampleur.

Pour les professionnels du secteur comptable au Maghreb et en France, ce modèle algérien préfigure probablement d’autres évolutions. L’Union européenne et les autorités marocaines, tunisiennes et égyptiennes suivent de près ces développements.

Les six catégories d’opérations à signaler

Le règlement algérien impose aux assujettis de mettre en place un véritable système de détection. Ils doivent identifier et évaluer les risques de blanchiment auxquels ils sont exposés, puis adopter une politique adaptée à ces risques.

Concrètement, six types d’opérations doivent déclencher une « vigilance renforcée » :

  • Les opérations qui ne présentent aucune justification économique ou commerciale apparente
  • Les mouvements de capitaux disproportionnés par rapport aux éléments comptables et financiers du client
  • Les flux en espèces, notamment, sans lien avec les activités habituelles du client
  • Les transactions présentant une complexité anormale ou injustifiée
  • Les opérations sans objet licite apparent
  • Les montants dépassant les seuils réglementaires établis

Cette énumération couvre un spectre large. Elle vise autant les petites anomalies révélatrices que les montages sophistiqués. Un comptable algérien devra désormais disposer de systèmes informatiques adéquats pour surveiller les flux en temps réel et détecter ces patterns suspects.

Impact pour les professionnels français et maghrébins

Pour les experts-comptables français opérant avec des clients algériens ou maghrébins, cette nouvelle donne crée des obligations supplémentaires. Ils doivent comprendre et respecter le cadre algérien pour les opérations transfrontalières.

Au Maghreb, cette évolution algérienne crée un effet domino. Le Maroc et la Tunisie pourraient renforcer leurs propres dispositifs dans les mois à venir. Les cabinets comptables régionaux doivent s’attendre à des exigences croissantes en matière de traçabilité et de documentation.

L’impact opérationnel est réel : coûts d’infrastructure IT, formation continue des équipes, délais additionnels pour valider les opérations. Pour les petites structures, cet effort représente un investissement conséquent.

Parallèlement, cette conformité renforcée offre un avantage : elle rassure les partenaires internationaux et facilite les transactions transfrontalières légitimes. Les professionnels qui maîtrisent ces cadres gagnent en crédibilité auprès de leurs clients.

Points clés à retenir

  • L’Algérie renforce sa conformité anti-blanchiment pour quitter la liste grise du GAFI
  • Les comptables, experts-comptables et commissaires aux comptes deviennent des acteurs clés du dispositif
  • Six catégories d’opérations suspectes déclenchent automatiquement une vigilance accrue
  • Les assujettis doivent mettre en place des systèmes de surveillance efficaces et des politiques adaptées aux risques
  • Cette évolution algérienne pourrait inspirer d’autres pays maghrébins et créer des convergences réglementaires régionales
  • Les professionnels français et maghrébins doivent anticiper ces nouvelles obligations pour les opérations transfrontalières
Jean Claude Convenant