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Altseason : pourquoi les rallyes altcoins ne durent plus que 19 jours

Par Jean Claude Convenant 5 min de lecture

Un fonds veut acheter pour 50 millions de dollars de bitcoin. S’il passe l’ordre sur Binance, le cours grimpe pendant qu’il achète, et chaque tranche lui coûte plus cher que la précédente. Alors il ne le fait pas. Il appelle un intermédiaire, négocie un prix unique pour la totalité, et la transaction se conclut loin des regards. C’est le monde discret de l’OTC — over-the-counter, littéralement « par-dessus le comptoir ».

Ce marché parallèle, invisible dans les carnets d’ordres publics, en dit long sur ce qui se joue vraiment dans la crypto en 2026. Et le dernier relevé de Wintermute, publié le 30 juillet, contient un chiffre qui mérite qu’on s’y arrête : 72 % des cryptomonnaies échangées de gré à gré chez ce géant du trading l’ont été pour des investisseurs professionnels au premier semestre. Six mois plus tôt, ils n’étaient que 61 %. Un record depuis que la société publie cette donnée.

Qui bouge vraiment le marché en 2026

Wintermute n’est pas un acteur anecdotique. Fondée à Londres en 2017, la société revendique 15 milliards de dollars de volume quotidien sur plus de 60 plateformes. Peu d’entreprises de cette envergure acceptent de lever le voile sur le profil de leurs clients. Quand elle le fait, cela vaut la peine d’écouter.

Les clients en question, ce sont des fonds, des gérants d’actifs, des family offices, des sociétés de trésorerie qui empilent des cryptos dans leur bilan. Bref, l’argent institutionnel. Celui qui ne réagit pas à un tweet, qui ne panique pas sur une bougie rouge, et qui ne raisonne pas en semaines mais en trimestres.

Et c’est précisément là que le portrait devient intéressant. Ces professionnels partagent trois habitudes, et chacune laisse une empreinte mesurable sur les cours. Ils conservent leurs positions plusieurs trimestres. Ils se concentrent sur une petite dizaine d’actifs seulement. Et ils cherchent du rendement, pas le frisson d’un pari à 100x sur une pièce mème.

Pourquoi les rallyes altcoins se sont écrasés

Voilà la conséquence la plus concrète pour quiconque suit le marché des altcoins. En 2024, un rallye typique — cette phase où les cryptos alternatives s’envolent en même temps — s’étalait sur environ 61 jours. En 2025, la même dynamique n’a tenu que 19 jours. Divisée par trois, en somme.

Comment expliquer une telle contraction ? La réponse tient largement à cette bascule vers les mains institutionnelles. Quand les acheteurs dominants sélectionnent une dizaine d’actifs et laissent le reste de côté, l’argent ne se disperse plus mécaniquement vers les milliers d’altcoins de moindre capitalisation. L’ancien scénario — le bitcoin monte, puis l’ethereum, puis la manne ruisselle vers les projets plus petits et plus spéculatifs — perd de sa mécanique.

À notre avis, il faut le dire clairement : le fameux « altseason » que beaucoup attendent comme une saison qui reviendrait immanquablement n’a plus grand-chose à voir avec ce qu’il était en 2017 ou en 2021. Le marché s’est professionnalisé. Les flux se concentrent. Les fenêtres d’euphorie collective se referment plus vite qu’avant.

Ce n’est pas forcément une mauvaise nouvelle. Un marché où les acteurs gardent leurs positions plusieurs trimestres est, en théorie, un marché moins nerveux, moins sujet aux liquidations en cascade. Mais pour l’investisseur individuel qui espérait rejouer les gains stratosphériques des cycles passés en achetant au hasard des altcoins obscurs, le terrain de jeu a clairement rétréci.

Ce que ça change pour les investisseurs francophones

Cette évolution n’est pas qu’une affaire de statistiques londoniennes. Elle redessine la façon dont un particulier — à Paris, Bruxelles, Genève ou Casablanca — peut aborder ce marché. Se dire qu’il suffit d’attendre « la saison des altcoins » pour voir son portefeuille s’envoler relève désormais d’une lecture datée.

Le raccourcissement des rallyes signifie une chose simple : les fenêtres pour capter un mouvement se font plus étroites et plus difficiles à saisir au bon moment. Ce qui, mathématiquement, augmente le risque de rentrer trop tard, quand les professionnels commencent déjà à alléger. Rappelons-le, car ça ne se dira jamais assez : la crypto reste un actif extrêmement volatil, où les pertes peuvent être totales. Rien de ce qui précède ne constitue un conseil d’investissement.

Il y a aussi une leçon plus large dans ce relevé de Wintermute. La crypto de 2026 n’est plus le Far West décentralisé de ses débuts. Les gros ordres se négocient en coulisses, entre professionnels, sans passer par les plateformes grand public. Ceux qui font réellement bouger les cours ne sont plus les mêmes qu’il y a cinq ans — et leurs habitudes patientes, méthodiques, presque ennuyeuses, imposent leur tempo au reste du marché.

Reste une question ouverte, que personne ne peut trancher avec certitude : si les institutionnels continuent de gagner du terrain, verra-t-on encore un jour ces grands mouvements de foule où tout un pan du marché s’embrase pendant des mois ? Le passage de 61 à 19 jours n’est peut-être qu’une étape. La suite se lira, comme toujours, dans les prix.

Jean Claude Convenant