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Bitcoin : le modèle qui a deviné le sommet vise désormais 43 500 dollars

Par Jean Claude Convenant 5 min de lecture

Un homme a prédit le sommet du Bitcoin à la journée près. Pas à la semaine, pas au mois : au jour. Le 6 octobre 2025, le cours a bien touché son record, comme son calendrier l’annonçait. Aujourd’hui, le même homme regarde vers le bas et pointe une date : début octobre 2026. Avec, cette fois, un chiffre qui fait froid dans le dos pour ceux qui ont acheté en haut : environ 43 500 dollars.

Michael Terpin ne parle pas d’un simple repli. Il parle d’un plancher, ce qu’il appelle le bottom, le point le plus bas avant que le marché ne reparte. Et selon lui, on en est encore loin.

Un « parrain de la crypto » que la France connaît mal

Le nom ne dira pas grand-chose au lecteur francophone. Terpin, 68 ans, dirige Transform Ventures. Son pedigree, lui, est difficile à contester : il a côtoyé les débuts d’Ethereum, de Tether et de WAX, conseillé Mastercoin en 2013 — la toute première ICO de l’histoire — et fondé BitAngels, un réseau de business angels spécialisé dans la crypto. CNBC lui a collé une étiquette qui lui colle à la peau depuis : « Godfather of Crypto », le parrain de la crypto.

Mais sa réputation actuelle repose surtout sur un livre. Bitcoin Supercycle, publié en 2024, expose un calendrier de cycle qui a placé correctement le sommet du marché avant même qu’il ne survienne. On notera au passage que cet ouvrage lui sert aussi à faire la promotion du fonds qu’il gère. Le détail a son importance : quand un gérant vend un modèle, il vend aussi, indirectement, son propre produit.

Le 4 août, sur le plateau de Trade Secrets, l’émission de Cointelegraph, Terpin a livré sa nouvelle projection. Le marché, dit-il, n’a pas fini de saigner. Il attend un Bitcoin à 66 % sous son record d’octobre 2025, quelque part dans la zone des 40 000 dollars.

Là où on en est, et le chemin qui reste

Faisons les comptes. À 64 118 dollars, le Bitcoin a déjà parcouru près des trois quarts de la baisse envisagée par Terpin. Pour atteindre sa cible, il lui resterait encore environ 32 % à perdre. Ce n’est pas rien. Pour un portefeuille, un tiers de la valeur qui s’évapore, c’est le genre de correction qui pousse les mains les moins solides à vendre au pire moment.

Un point mérite qu’on s’y arrête. La date, elle, n’a pas bougé depuis novembre 2025 : ce sera début octobre 2026, point final. En revanche, la cible de prix, elle, a fondu de 13 500 dollars sur la même période. Autrement dit, le modèle est catégorique sur le calendrier mais souple sur le montant. C’est une nuance qu’il faut avoir en tête. Prévoir quand et prévoir combien sont deux exercices radicalement différents, et le second est nettement plus casse-gueule.

Un calendrier de cycles, pas une boule de cristal

Le cœur de la méthode Terpin, c’est un compteur de jours. Une mécanique qui applique un nombre fixe de journées entre les grands points de retournement du cycle. Ce type d’approche s’appuie sur l’idée que le Bitcoin obéit à une rythmique régulière, largement structurée par les halvings, ces événements qui divisent par deux tous les quatre ans environ la récompense versée aux mineurs. Historiquement, chaque halving a précédé une phase de hausse, puis un sommet, puis une longue descente.

Le problème des modèles cycliques, c’est qu’ils fonctionnent admirablement… jusqu’au jour où ils ne fonctionnent plus. Le stock-to-flow de PlanB, adulé en 2020-2021, promettait un Bitcoin à six chiffres bien plus tôt et selon une trajectoire qui a fini par dérailler. Le marché finit toujours par surprendre ceux qui croyaient l’avoir enfermé dans une formule. Terpin a eu raison une fois sur le timing d’un sommet. Une prédiction juste ne fait pas un oracle. Elle fait un homme qui a vu juste une fois.

Il faut le dire clairement : rien ne garantit que le même compteur, qui a bien fonctionné sur un point haut, se comporte de la même manière sur un point bas. Les dynamiques de marché ne sont pas symétriques. Une chute peut être brutale et courte, ou lente et rampante. Un calendrier qui prédit « octobre 2026 » ne dit rien de la trajectoire empruntée d’ici là.

Ce que ça change concrètement

Pour un investisseur en France, en Belgique, en Suisse ou au Maghreb, ce genre de prévision ne devrait jamais servir de feuille de route. Ni pour acheter, ni pour vendre. Elle dit surtout une chose utile : des acteurs sérieux du secteur envisagent ouvertement que le sommet d’octobre 2025 soit bel et bien derrière nous, et que la phase de baisse ne soit pas terminée.

Le Bitcoin reste un actif d’une volatilité extrême. Perdre 30 % supplémentaires en quelques mois est parfaitement dans son ADN — tout comme rebondir violemment quand personne ne l’attend. Ceux qui investissent uniquement ce qu’ils peuvent se permettre de perdre traversent ces épisodes sans drame. Les autres apprennent, à leurs dépens, que les modèles rassurants ne remboursent jamais les pertes réelles.

Reste une question, la seule qui vaille vraiment : et si le compteur avait tort cette fois ? Personne, pas même le parrain de la crypto, ne peut y répondre.

Jean Claude Convenant