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Coinbase veut vendre des actions à Londres : le régulateur britannique vient de dire oui

Par Jean Claude Convenant 5 min de lecture

Une plateforme née pour vendre du bitcoin qui reçoit le tampon du gendarme financier britannique pour proposer des actions. Il y a cinq ans, la phrase aurait fait sourire. Aujourd’hui, elle décrit noir sur blanc la nouvelle réalité de Coinbase. La Financial Conduct Authority (FCA), le régulateur des marchés au Royaume-Uni, vient d’accorder à l’entreprise américaine une autorisation lui permettant d’exercer des activités d’investissement réglementées outre-Manche. Traduction concrète : la voie est ouverte pour lancer des produits dérivés, puis, à terme, une offre d’actions.

Ce n’est pas un détail administratif de plus. C’est le signe qu’un acteur crypto pur jus est en train de franchir la frontière qui le séparait encore de la finance classique.

Ce que change vraiment le feu vert de la FCA

Obtenir une autorisation de la FCA n’a rien d’anodin. Le régulateur britannique a la réputation d’être exigeant, parfois franchement méfiant vis-à-vis de l’univers des cryptomonnaies. Rappelons qu’en 2021, cette même autorité avait interdit à Binance, alors numéro un mondial des échanges crypto, d’exercer des activités réglementées au Royaume-Uni. Le message était clair : le passeport britannique se mérite.

Coinbase, elle, vient de décrocher ce passeport. L’agrément lui donne accès au cadre britannique des marchés financiers, celui-là même qui encadre les courtiers traditionnels, les gestionnaires d’actifs et les banques d’investissement. Jusqu’ici, la plateforme se cantonnait pour l’essentiel au trading d’actifs numériques. Elle pourra désormais bâtir des services d’investissement réglementés sur un tout autre terrain.

La feuille de route affichée par l’entreprise est double. D’abord des produits dérivés — options et contrats à terme (futures) — qui permettent de parier sur l’évolution d’un prix sans nécessairement détenir l’actif sous-jacent. Ensuite, et c’est le morceau le plus symbolique, une offre d’actions. On parle bien ici de titres cotés d’entreprises, pas de jetons numériques.

Coinbase ne veut plus être « juste » une plateforme crypto

Il faut le dire : cette manœuvre s’inscrit dans une logique parfaitement cohérente. Depuis plusieurs années, Coinbase cherche à ne plus dépendre uniquement des humeurs du bitcoin. Et pour cause. Le modèle économique de la plateforme, largement adossé aux commissions de trading crypto, ressemble à des montagnes russes. Quand le marché s’emballe, les revenus explosent. Quand l’hiver crypto s’installe, ils fondent aussi vite.

Diversifier, c’est donc lisser cette dépendance. Proposer des dérivés, des actions, des services réglementés : autant de sources de revenus moins corrélées aux cycles brutaux des cryptomonnaies. En clair, Coinbase veut devenir une place financière à part entière, capable de séduire aussi bien l’amateur de memecoins que l’investisseur qui cherche un courtier généraliste.

Cette ambition n’est pas isolée. On assiste depuis quelque temps à un rapprochement des deux mondes, autrefois hermétiques. D’un côté, des géants de la finance traditionnelle qui s’ouvrent aux actifs numériques — pensez aux ETF bitcoin qui ont fait leur entrée à Wall Street. De l’autre, des acteurs crypto qui frappent à la porte des marchés actions et des produits dérivés classiques. Coinbase joue clairement sur les deux tableaux.

Pourquoi Londres, et pourquoi maintenant

Le choix du Royaume-Uni n’est pas un hasard. Après le Brexit, la City cherche à se réinventer comme place financière capable d’attirer l’innovation, y compris dans les actifs numériques. Le gouvernement britannique a multiplié les signaux d’ouverture ces dernières années, tout en maintenant un cadre réglementaire strict. Pour une entreprise américaine comme Coinbase, décrocher un agrément dans cette juridiction, c’est à la fois une porte d’entrée sur le marché européen et un gage de crédibilité.

Car une autorisation de la FCA, cela s’exhibe. Face à des investisseurs institutionnels échaudés par les scandales à répétition du secteur — on n’a pas oublié l’effondrement de FTX fin 2022 —, le sceau d’un régulateur reconnu vaut de l’or. Il rassure, il légitime, il distingue Coinbase de la masse des plateformes opérant dans des zones grises.

Pour les lecteurs francophones, notamment en Europe, cette évolution mérite qu’on la garde en tête. Le Royaume-Uni sert souvent de laboratoire. Ce qui s’y déploie aujourd’hui donne une idée de ce que pourraient proposer demain les plateformes crypto sur le continent, où le règlement MiCA vient d’entrer en application et redessine les règles du jeu.

Un enthousiasme à tempérer

Attention toutefois à ne pas confondre autorisation et déploiement immédiat. Le feu vert de la FCA ouvre une possibilité ; il ne garantit ni le calendrier ni le succès commercial. Lancer une offre d’actions et des produits dérivés suppose une infrastructure lourde, une conformité de tous les instants et une concurrence féroce face à des courtiers déjà bien installés.

Et puis il y a l’objet même de ces produits. Les dérivés — options, futures — sont des instruments à effet de levier qui peuvent amplifier les gains comme les pertes. Ils ne conviennent pas à tous les profils, loin de là. La démocratisation de ces outils sur des plateformes grand public pose, à notre avis, une vraie question sur la protection des investisseurs les moins avertis. La FCA en est consciente : c’est précisément pour cela que son cadre est aussi contraignant.

Reste l’essentiel. Coinbase avance ses pions, méthodiquement, vers un objectif limpide : ne plus être une simple plateforme crypto, mais un acteur financier complet. Le pari est audacieux. Il reste à voir si les investisseurs britanniques suivront — et si les régulateurs des autres pays emboîteront le pas de Londres.

Jean Claude Convenant