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Marché Maghreb

Coopération énergétique : la Syrie mise sur le savoir-faire algérien pour sa reconstruction

Par Jean Claude Convenant 4 min de lecture

Depuis des décennies, l’Algérie figure parmi les acteurs majeurs du secteur énergétique africain et moyen-oriental. Cette position lui permet aujourd’hui de devenir un partenaire stratégique pour les pays cherchant à moderniser ou reconstruire leurs infrastructures. La Syrie, engagée dans un processus de stabilisation depuis la fin de son conflit interne, vient de manifester son intérêt pour accéder à cette expertise reconnue mondialement.

Un contexte géopolitique favorable aux partenariats énergétiques

Les relations entre l’Algérie et la Syrie se renforcent à un moment charnière pour Damas. Après une décennie de conflit, le pays cherche à rebâtir ses capacités productives, notamment dans le secteur crucial de l’énergie. La visite du ministre syrien des Affaires étrangères, Assaad Hassan al Chaibani, en juin 2024 symbolise cette volonté de rapprochement stratégique. Reçu au plus haut niveau par le président Abdelmadjid Tebboune et une délégation ministérielle incluant les portefeuilles des Hydrocarbures, de l’Intérieur et des Mines, le chef de la diplomatie syrienne n’a pas caché ses ambitions.

« L’Algérie est un repère en matière d’énergie », a déclaré Al Chaibani, soulignant que « notre grande priorité en Syrie, c’est l’énergie ». Ce positionnement reflète une réalité : bien que la Syrie possède ses propres ressources pétrolières, elle a accumulé un retard technologique et infrastructurel durant les années de guerre civile.

Les axes de coopération : expertise et transfert technologique

Les discussions entre Alger et Damas portent sur trois domaines clés : l’exploration pétrolière, la réhabilitation des installations de forage endommagées et l’amélioration des réseaux d’électricité. La Syrie aspire non seulement à recevoir une assistance technique, mais également à bénéficier d’un transfert de technologies et de méthodologies modernes.

Cette ambition dépasse le simple diagnostic. Le groupe public Sonelgaz, fleuron algérien de l’électricité, a déjà envoyé une mission d’experts en Syrie. Leur mandat : évaluer l’état des installations électriques, identifier les défaillances critiques et proposer un plan d’action détaillé couvrant la production, le transport et la distribution d’électricité. Ce type d’intervention illustre comment les compétences développées par l’Algérie au cours de décennies d’exploitation et de gestion des hydrocarbures se convertissent en levier diplomatique régional.

Les implications pour la France, le Maghreb et l’Afrique du Nord

Pour les pays francophones du Maghreb, cette dynamique Algérie-Syrie porte des significations multiples. D’abord, elle consolide le leadership algérien en matière d’expertise énergétique dans un rayon géographique étendu, du Sahel jusqu’au Moyen-Orient. Ensuite, elle crée un précédent de coopération Sud-Sud qui pourrait inspirer d’autres partenariats régionaux, notamment au Maroc et en Tunisie cherchant à diversifier leurs alliances énergétiques.

Pour la France, cette reconfiguration des liens énergétiques régionaux illustre comment les anciens modèles de dépendance vis-à-vis des puissances occidentales se transforment. Les acteurs régionaux privilégient désormais des partenariats horizontaux, fondés sur l’expérience partagée et non sur des rapports de domination.

Sur le plan économique, le développement de tels partenariats signale aussi que le secteur énergétique africain et méditerranéen se structure progressivement autour de pôles d’expertise locaux, susceptibles de réduire les coûts des transferts technologiques et d’adapter les solutions aux contextes régionaux spécifiques.

Points clés à retenir

  • Rayonnement algérien : L’Algérie exporte désormais son expertise au-delà du Maghreb et du Sahel, vers le Moyen-Orient
  • Besoin syrien : La reconstruction syrienne d’après-guerre privilégie l’énergie comme secteur stratégique prioritaire
  • Modèle coopératif : Les partenariats énergétiques empruntent la voie de l’assistance technique et du transfert technologique
  • Acteurs institutionnels : Sonelgaz et les ministères algériens jouent un rôle moteur dans cette diplomatie énergétique
  • Implications régionales : Cette coopération redessine les rapports géopolitiques en Méditerranée et au Moyen-Orient
Jean Claude Convenant