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DOGE et SHIB pèsent désormais 1 % de Bitcoin : la fin d’une époque ?

Par Jean Claude Convenant 4 min de lecture

13,27 milliards de dollars. C’est ce que valent aujourd’hui, réunis, Dogecoin et Shiba Inu, les deux stars incontestées de la folie des memecoins. Un chiffre qui paraît encore vertigineux jusqu’à ce qu’on le rapporte à celui de Bitcoin. À peine 1,02 %. Autrement dit : pour chaque dollar investi dans la première cryptomonnaie du marché, un centime seulement va vers ces jetons à effigie de Shiba. Il fut un temps, pas si lointain, où ce ratio flirtait avec les 7 %. C’était en 2021. C’était une autre planète.

Quand l’argent institutionnel choisit ses favoris

Le paradoxe est saisissant. Jamais le marché crypto n’a semblé aussi solide, aussi adulte, aussi courtisé par la finance traditionnelle. Les ETF Bitcoin drainent des milliards, les gérants professionnels reviennent, les banques ne parlent plus de la classe d’actifs avec le mépris d’antan. Et pourtant, cette marée montante ne porte pas tous les navires. Bien au contraire.

Sur le seul mois écoulé, Bitcoin a grimpé de 10 %. Pendant ce temps, DOGE et SHIB reculaient d’environ 2 %. L’écart n’a l’air de rien dit comme ça, mais il raconte une bascule profonde. L’argent qui entre dans la crypto aujourd’hui n’est plus le même que celui de 2021. Fini le capital de particuliers enthousiastes prêts à parier sur un chien parce qu’Elon Musk avait tweeté une blague. Place aux allocations calibrées, aux mandats prudents, aux comités d’investissement qui exigent une thèse solide avant de signer un chèque.

Or un memecoin, par définition, n’a pas de thèse. Il n’a ni revenus, ni utilité technique majeure, ni feuille de route capable de convaincre un directeur des investissements. Il repose sur une chose et une seule : l’attention. Et l’attention, ces derniers mois, s’est déplacée ailleurs.

Un plus bas qui remonte à trois ans

La capitalisation cumulée des deux jetons est retombée à son niveau le plus faible depuis septembre 2023. Ce n’est pas un simple accroc de marché, le genre de correction que la crypto encaisse tous les trois mois. C’est un retour en arrière de plus de deux ans, effacé pendant que le reste de l’écosystème, lui, progressait. La divergence dit tout : ce n’est pas le marché qui souffre, ce sont ces actifs-là, en particulier.

Souvenons-nous de la mécanique de 2021. Dogecoin, né en 2013 comme une plaisanterie de développeurs, avait vu son cours multiplié par des dizaines en quelques mois. Shiba Inu, lancé dans son sillage, promettait aux retardataires de devenir le « prochain DOGE ». Des millions de nouveaux venus découvraient la crypto par ces jetons-là, séduits par des tickets d’entrée à quelques centimes et l’illusion réconfortante qu’un actif bon marché avait forcément du potentiel. Le récit était euphorisant. Il était aussi profondément fragile.

La sélection naturelle du marché

Ce que l’on observe aujourd’hui ressemble moins à un effondrement qu’à un tri. Le marché mûrit, et en mûrissant, il devient exigeant. Les capitaux se concentrent sur ce qui est perçu comme durable : Bitcoin d’abord, quelques grands actifs ensuite. Le reste doit prouver sa valeur ou s’effacer. Faut-il le dire, cette discipline nouvelle n’a rien de dramatique en soi. Elle est même plutôt saine. Un écosystème financier crédible ne peut pas indéfiniment faire cohabiter des projets sérieux et des blagues internet valorisées à des dizaines de milliards.

Cela signifie-t-il pour autant que les memecoins sont morts et enterrés, comme le suggère la formule ? La prudence s’impose ici. Ces actifs ont déjà été déclarés finis à plusieurs reprises avant de renaître au gré d’un cycle spéculatif. La crypto a cette faculté déconcertante de ressusciter ce que la raison croyait révolu. Un retour de l’appétit pour le risque, un nouveau cycle euphorique, et l’attention pourrait revenir aussi vite qu’elle est partie. Rien n’est jamais définitif dans ce marché.

Mais la tendance de fond, elle, mérite qu’on la regarde en face. Pour les investisseurs francophones tentés par ces jetons — et ils sont nombreux, de Paris à Casablanca en passant par Genève, à s’y être frottés lors du dernier cycle — le message est limpide. Un actif dont la seule valeur repose sur l’humeur collective est par nature le premier à souffrir dès que cette humeur se refroidit. Ce sont aussi les plus volatils, ceux qui peuvent perdre l’essentiel de leur valeur sans prévenir. Ce rappel n’est pas un conseil, simplement une observation que les chiffres imposent.

Le marché crypto de 2025 n’est plus celui de 2021. L’argent institutionnel a apporté de la profondeur, de la liquidité, une forme de respectabilité. Il a aussi apporté sa froideur. Et dans cette froideur, les chiens qui faisaient danser Wall Street il y a quatre ans n’ont manifestement plus grand-chose à raconter.

Jean Claude Convenant