Aller au contenu
Actu
Minage de Bitcoin : pourquoi 2027 sera l’année de vérité pour les fermes américainesLa Malaisie confisque 75 000 machines de minage : le vrai coût du minage clandestinAmerican Bitcoin passe la barre des 8 000 BTC : la stratégie Trump qui intrigue Wall StreetAscendEX ferme ses portes : des utilisateurs disent avoir des milliers de dollars bloquésLe Bitcoin passe devant les actions dans le cœur des épargnants français (mais le Livret A résiste)Minage de Bitcoin : pourquoi 2027 sera l’année de vérité pour les fermes américainesLa Malaisie confisque 75 000 machines de minage : le vrai coût du minage clandestinAmerican Bitcoin passe la barre des 8 000 BTC : la stratégie Trump qui intrigue Wall StreetAscendEX ferme ses portes : des utilisateurs disent avoir des milliers de dollars bloquésLe Bitcoin passe devant les actions dans le cœur des épargnants français (mais le Livret A résiste)
Actualités Forex

Le Bitcoin passe devant les actions dans le cœur des épargnants français (mais le Livret A résiste)

Par Jean Claude Convenant 5 min de lecture

Il y a dix ans, prononcer le mot « Bitcoin » dans une conversation sur l’épargne, c’était s’attirer un regard méfiant. Aujourd’hui, la monnaie numérique vient de doubler un adversaire qu’on croyait indéboulonnable dans l’imaginaire financier : les actions. Selon une étude publiée par Bitstack, les Français accordent désormais davantage de confiance au Bitcoin qu’aux marchés boursiers pour protéger leur pouvoir d’achat.

Le chiffre en lui-même mérite qu’on s’y arrête. Pas parce qu’il annonce une révolution — le portefeuille des ménages reste sagement rangé ailleurs — mais parce qu’il traduit un glissement psychologique qui aurait paru impensable avant la vague inflationniste.

Un basculement de perception, pas de comportement

Attention à ne pas surinterpréter. L’étude Bitstack pointe une confiance déclarée, un ressenti. Elle ne dit pas que les Français vident leur assurance-vie pour acheter des satoshis. Nuance de taille. Car dans les faits, le Livret A demeure le roi incontesté de l’épargne hexagonale, celui vers lequel on se tourne par réflexe, presque par éducation.

Ce grand écart entre ce que les gens pensent et ce qu’ils font n’a rien d’anormal. Il est même profondément humain. On peut trouver le Bitcoin séduisant sur le papier, y voir un rempart théorique contre l’érosion monétaire, tout en gardant son argent bien au chaud sur un produit garanti par l’État. La confiance affichée ne se transforme pas mécaniquement en virement bancaire.

Mais que le Bitcoin devance les actions dans les esprits, voilà qui interpelle. Les actions, c’est la Bourse, les entreprises, l’économie réelle. Un actif que les manuels scolaires et les conseillers bancaires présentent depuis des décennies comme le meilleur moyen de faire fructifier son capital sur le long terme. Se faire dépasser par un actif né en 2009, encore perçu comme spéculatif il y a peu, en dit long sur l’humeur du moment.

L’inflation, cette grande ré-éducatrice

Pour comprendre ce retournement, il faut revenir à la séquence traversée par les épargnants ces dernières années. La flambée des prix, entre 2022 et 2023, a fait mal. Elle a rappelé une vérité que beaucoup avaient oubliée : l’argent qui dort perd de la valeur. Le Livret A, malgré la remontée de son taux, n’a pas toujours couvert la hausse des prix. Les comptes courants, eux, ont été rongés sans pitié.

Dans ce contexte, le narratif du Bitcoin comme « or numérique », comme réserve de valeur à l’offre limitée à 21 millions d’unités, a trouvé un écho nouveau. L’argument est simple, presque intuitif : puisqu’on ne peut pas en imprimer davantage, il ne peut pas être dévalué par une banque centrale trop généreuse. Ce raisonnement séduit une génération qui a vu les taux d’intérêt et l’inflation faire le grand huit.

Il faut le dire tout net : ce discours a ses failles. Le Bitcoin est tout sauf un havre de tranquillité. Sa volatilité reste brutale. On l’a vu perdre plus de la moitié de sa valeur en quelques mois, avant de repartir de plus belle. Un actif capable de tels écarts peut difficilement, à court terme, jouer le rôle de bouclier stable pour le pouvoir d’achat. La perception court parfois plus vite que la réalité.

Un phénomène qui dépasse les frontières françaises

La France n’est pas un cas isolé. Dans plusieurs pays du Maghreb, où l’accès aux devises étrangères est encadré et où la monnaie locale subit régulièrement des pressions, les cryptomonnaies suscitent depuis longtemps un intérêt qui tient moins à la spéculation qu’à la recherche d’une protection. En Tunisie, en Algérie ou au Maroc, malgré des cadres réglementaires souvent restrictifs, une partie de la population plus jeune s’est familiarisée avec ces outils par nécessité autant que par curiosité.

Cette confiance grandissante dans le Bitcoin dessine une carte mentale nouvelle de l’épargne. Le clivage n’est plus seulement entre le placement risqué et le placement sûr. Il devient générationnel, culturel, presque philosophique. D’un côté, ceux qui ont grandi avec le Livret A et l’assurance-vie comme horizon. De l’autre, une génération qui a appris la finance sur des applications mobiles et pour qui acheter une fraction de Bitcoin est aussi banal que commander un repas.

Ce que ça change concrètement

Faut-il en conclure quoi que ce soit pour son propre argent ? Certainement pas dans la précipitation. Une étude d’opinion mesure un climat, pas une performance. Le fait que les Français jugent le Bitcoin plus digne de confiance que les actions ne signifie pas qu’il l’est réellement, ni que l’un soit meilleur que l’autre.

Ce que révèle vraiment ce sondage, c’est l’ampleur du chemin parcouru. En une décennie, le Bitcoin est passé du statut de curiosité pour geeks à celui d’objet de débat sérieux autour de la table du dîner familial. Il s’est installé dans le vocabulaire de l’épargne ordinaire. C’est peut-être là le véritable enseignement de l’étude Bitstack : moins une victoire du Bitcoin qu’une érosion de la confiance envers les repères traditionnels.

Reste une question qui mérite d’être posée sans détour. Cette confiance résistera-t-elle au prochain krach ? L’histoire du Bitcoin est faite de cycles violents, de sommets euphoriques suivis de chutes vertigineuses. Ceux qui, aujourd’hui, le placent au-dessus des actions ne l’ont peut-être pas encore vu à son plus bas. Et c’est souvent dans la tempête, pas dans le beau temps, que se mesure la vraie solidité d’une conviction financière.

Jean Claude Convenant