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Marché crypto en crise : les volumes d’échange s’effondrent à des niveaux inédits

Par Jean Claude Convenant 5 min de lecture

Sur les marchés crypto, un volume qui se tarit est souvent plus inquiétant qu’un prix qui chute. Un prix, ça se discute, ça se justifie par la volatilité normale de l’actif. Un volume qui s’effondre, c’est un désaveu silencieux — celui d’investisseurs qui ne vendent même plus, qui désertent purement et simplement la table. C’est ce que l’on observe depuis le début de l’année 2026 : les volumes d’échange, sur les plateformes centralisées comme décentralisées, reculent vers des niveaux qu’on n’avait plus vus depuis la crise de confiance post-FTX de 2022-2023.

Un assèchement qui ne dit pas son nom

Le mécanisme est connu des observateurs de marché, mais il mérite d’être rappelé, car il diffère de ce qui se passe sur les marchés actions ou obligataires en période de stress. Sur un marché traditionnel, même en crise, le volume reste soutenu : les arbitragistes, les teneurs de marché institutionnels et les investisseurs de long terme continuent d’échanger, ne serait-ce que pour se repositionner. Le marché crypto, lui, reste dominé par une base d’investisseurs particuliers dont la participation suit l’humeur plus que la stratégie. Quand cette humeur se dégrade, le volume ne baisse pas : il s’effondre.

Résultat : plateformes décentralisées (DEX) et centralisées (CEX) encaissent toutes deux le choc, avec des intensités variables selon les paires. Les couples les plus spéculatifs — petites capitalisations, jetons de niche — souffrent visiblement plus que les paires BTC/USDT ou ETH/USDT, qui conservent un socle de liquidité institutionnelle.

Pourquoi maintenant : des années de désillusions cumulées

Il faut remonter à l’effondrement de FTX, fin 2022, pour trouver l’origine de cette érosion de confiance — une plaie qui ne s’est jamais totalement refermée malgré les rallyes ponctuels qui ont suivi. À cela s’ajoute un contexte macroéconomique peu porteur pour les actifs risqués : une inflation qui reste collante dans plusieurs économies avancées, des taux directeurs maintenus à des niveaux dissuasifs pour la spéculation à crédit, et une tension géopolitique permanente qui pousse les capitaux vers des valeurs refuges plutôt que vers le Bitcoin.

Et puis il y a la réglementation, sujet sur lequel le secteur ne s’est jamais vraiment mis d’accord avec lui-même. En Europe, le règlement MiCA impose désormais aux plateformes des standards de gouvernance et de transparence qui, sur le papier, protègent l’investisseur — mais qui, dans les faits, alourdissent aussi les coûts de conformité et ralentissent l’innovation produit. Aux États-Unis, la succession de propositions législatives jamais totalement stabilisées maintient un flou qui n’incite personne à s’engager massivement.

France et Maghreb : deux trajectoires, un même ralentissement

En France, MiCA a eu un effet paradoxal. L’environnement est plus sûr sur le papier, plus contraignant dans les faits. Les plateformes hexagonales, longtemps parmi les plus dynamiques d’Europe, doivent désormais absorber des coûts de conformité qui pèsent d’abord sur les plus petits acteurs — certains renoncent, d’autres consolident. Résultat net : moins d’offre, moins d’animation du marché.

Au Maghreb, le problème est inversé mais tout aussi paralysant : c’est l’absence de cadre clair, et non son excès, qui freine. Pour beaucoup de Marocains, d’Algériens et de Tunisiens, la cryptomonnaie représentait une porte d’accès aux marchés financiers mondiaux et une protection contre la dépréciation de la monnaie locale. Cette porte se referme doublement : la contraction du marché mondial d’un côté, les restrictions ou l’incertitude réglementaire locale de l’autre. Le résultat est le même des deux côtés de la Méditerranée — moins de liquidité, moins de participants — mais les causes n’ont rien à voir.

Faut-il s’inquiéter ?

À notre avis, il faut distinguer deux temporalités. À court terme, cette contraction fragilise les acteurs les plus endettés ou les moins diversifiés : plusieurs plateformes de taille moyenne, dont les revenus dépendent directement des frais de transaction, pourraient ne pas survivre à une phase prolongée de bas volumes. À plus long terme, une purge de ce type n’est pas nécessairement une mauvaise nouvelle : elle élimine les acteurs les plus fragiles et laisse le champ à des structures mieux capitalisées et mieux régulées. C’est douloureux à vivre, rarement agréable à lire dans les chiffres trimestriels, mais ce n’est pas inédit — le secteur a déjà traversé des cycles comparables après 2018 et après 2022.

Ce qui manque aujourd’hui, c’est un catalyseur. Aucun signal ne permet, à ce stade, d’anticiper un retournement rapide de la tendance.

Cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil en investissement. Tout investissement en cryptoactifs comporte un risque de perte en capital, potentiellement total. LittleCreek ne perçoit aucune rémunération de la part des entités mentionnées dans ses articles.

Jean Claude Convenant