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MiCA : comment un agrément de l’AMF ouvre 27 marchés d’un coup à Finary

Par Jean Claude Convenant 5 min de lecture

Un seul tampon, et voilà tout un continent qui s’ouvre. C’est, en substance, ce que représente le règlement MiCA pour les entreprises crypto européennes. La fintech française Finary vient d’obtenir cet agrément auprès de l’Autorité des Marchés Financiers (AMF). Une ligne de plus dans un communiqué, dira-t-on. En réalité, c’est un changement de dimension.

Ce que signifie vraiment ce feu vert de l’AMF

Rappelons d’abord de quoi on parle. MiCA — pour Markets in Crypto-Assets — est le cadre réglementaire adopté par l’Union européenne pour encadrer les crypto-actifs. Il est entré pleinement en application fin 2024. L’idée de fond est simple, même si sa mise en œuvre l’est beaucoup moins : offrir aux prestataires de services sur actifs numériques une porte d’entrée réglementaire unique.

Concrètement, une entreprise agréée dans un pays membre peut, grâce au mécanisme dit du « passeport européen », proposer ses services dans les 26 autres États sans avoir à redemander une autorisation à chaque frontière. C’est exactement le levier que vient d’actionner Finary en obtenant sa validation de l’AMF. Le régulateur français, souvent cité comme l’un des plus exigeants d’Europe sur les sujets crypto, joue ici le rôle de porte d’entrée vers l’ensemble du marché unique.

Il faut le dire : décrocher cet agrément n’a rien d’automatique. Les critères portent sur la solidité financière de l’entreprise, la protection des fonds de ses clients, la lutte contre le blanchiment, la gouvernance interne. Pour une startup, c’est un exercice coûteux en temps et en argent. Passer cette étape, c’est aussi envoyer un signal de sérieux au marché.

Pourquoi c’est un pari stratégique pour Finary

Finary s’est fait connaître comme un outil de suivi et de gestion de patrimoine. L’application permet d’agréger ses comptes, ses actifs, ses investissements — actions, immobilier, crypto — au même endroit. Le positionnement était clair : donner à l’épargnant une vue consolidée de ce qu’il possède, là où la plupart des gens naviguent encore entre trois applis bancaires et un tableur Excel oublié.

Décrocher un agrément MiCA marque une inflexion. On ne parle plus seulement d’agréger et d’afficher, mais potentiellement de proposer des services crypto directement encadrés par la réglementation européenne. Pour une entreprise qui vise la croissance, le raisonnement se tient : plutôt que de conquérir chaque marché national un par un, avec ses lourdeurs administratives propres, autant obtenir la clé maîtresse.

C’est là que réside l’intérêt de MiCA pour toute une génération de fintechs européennes. Jusqu’ici, chaque pays appliquait ses propres règles. La France avait son régime PSAN (prestataire de services sur actifs numériques), l’Allemagne le sien, et ainsi de suite. Résultat : un patchwork réglementaire qui favorisait, paradoxalement, les mastodontes capables d’aligner des équipes juridiques dans chaque capitale. MiCA rebat une partie des cartes.

Une harmonisation qui ne règle pas tout

Faut-il pour autant croire au grand soir réglementaire ? Un peu de prudence s’impose. L’harmonisation MiCA est réelle sur le principe, mais son application concrète dépend encore de la manière dont chaque régulateur national interprète les textes. Les délais d’instruction, la sévérité des contrôles, la culture du régulateur : tout cela varie d’un pays à l’autre. Le passeport ouvre les portes, il ne garantit pas que le voyage sera identique partout.

Il y a aussi la question de la concurrence. Finary n’est évidemment pas seule sur ce terrain. De nombreux acteurs, des plateformes d’échange aux néobanques crypto, se ruent sur cet agrément précisément parce qu’il devient un sésame commercial. Le posséder deviendra vite la norme plutôt que l’exception. La vraie bataille se jouera donc ailleurs : sur la qualité du produit, la confiance, l’expérience utilisateur.

Pour les lecteurs francophones — en France comme en Belgique, en Suisse ou ailleurs — l’enjeu mérite d’être compris avec lucidité. Un agrément réglementaire n’est pas une garantie de rendement, ni un blanc-seing sur la sécurité de vos placements. Les crypto-actifs restent des instruments volatils, dont la valeur peut chuter brutalement. MiCA encadre la manière dont les services sont proposés ; il ne transforme pas le risque de marché en risque nul. Cette nuance, on ne la répétera jamais assez.

La Suisse, hors Union européenne, reste par ailleurs sur son propre cadre, tout comme les pays du Maghreb qui n’entrent pas dans le périmètre MiCA. Pour ces marchés, l’agrément européen d’une fintech comme Finary n’a pas d’effet direct — un rappel utile que la réglementation reste, pour l’essentiel, une affaire de géographie.

Un marché qui se structure sous nos yeux

Ce que raconte cette annonce, au fond, dépasse le seul cas de Finary. On assiste, année après année, à la lente institutionnalisation d’un secteur né dans une relative anarchie. Il y a dix ans, la crypto vivait aux marges du système financier, presque en opposition à lui. Aujourd’hui, obtenir le feu vert d’un régulateur national devient un argument marketing, un gage de respectabilité.

Est-ce une bonne nouvelle ? À notre avis, oui, à condition de ne pas confondre encadrement et infaillibilité. Un cadre clair protège mieux les utilisateurs et assainit la concurrence. Il ne remplace pas la vigilance de chacun. Finary tient désormais sa clé pour l’Europe. Reste à voir ce qu’elle en fera — et si les épargnants suivront.

Jean Claude Convenant