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Paul Midy veut faire de la France le leader crypto européen : promesse réaliste ou coup politique ?

Par Jean Claude Convenant • • 5 min de lecture

Pendant que Washington s’enlise, Paris tente une échappée. Le Clarity Act, ce texte censé enfin clarifier les règles du jeu crypto outre-Atlantique, patine dans les couloirs du Congrès américain. Et c’est précisément ce moment de flottement que choisit un député français pour glisser une proposition de loi pro-crypto sur le bureau de l’Assemblée nationale.

Son nom : Paul Midy. Son ambition, affichée sans détour dans un entretien accordé à Cryptoast : faire de la France le pays de référence sur les crypto-actifs à l’échelle du continent. « L’objectif est que la France soit leader en Europe sur les crypto-actifs », résume-t-il. Formule ronde, ambition immense. Reste à savoir si elle tient face au réel.

Un calendrier qui n’a rien du hasard

Le timing raconte une stratégie. Aux États-Unis, la régulation crypto avance par à-coups, entre effets d’annonce et blocages parlementaires. Le Clarity Act, qui devait poser un cadre lisible pour distinguer ce qui relève d’un titre financier de ce qui n’en relève pas, s’est retrouvé englué. Ce vide, Paul Midy compte l’exploiter.

L’idée sous-jacente est simple : quand la première puissance économique mondiale hésite, une place plus petite peut prendre l’initiative et attirer entrepreneurs, capitaux et talents. La Suisse l’a compris depuis longtemps avec sa « Crypto Valley » de Zoug. Singapour et les Émirats arabes unis jouent la même partition. La question qu’il faut poser : la France, avec sa réputation de lourdeur réglementaire et de fiscalité mordante, part-elle vraiment favorite dans cette course ?

Le député semble en être convaincu. Il mise sur un écosystème français déjà solide — Paris abrite quelques-unes des pépites européennes du secteur, à commencer par Ledger, le fabricant de portefeuilles physiques, et Sorare, la plateforme de cartes de football tokenisées. Le vivier existe. Encore faut-il lui donner un cadre qui ne l’étouffe pas.

MiCA a déjà rebattu les cartes

Impossible de parler de leadership crypto en Europe sans évoquer l’éléphant dans la pièce : le règlement MiCA. Entré pleinement en application fin 2024, ce texte européen harmonise les règles applicables aux crypto-actifs dans l’ensemble de l’Union. C’est une petite révolution : un agrément obtenu dans un pays membre vaut passeport pour les vingt-six autres.

Ce détail change tout. Car dans un marché désormais harmonisé, ce n’est plus vraiment la loi qui fait la différence — elle est en grande partie commune — mais la manière dont chaque pays l’applique, la rapidité de ses régulateurs, la clarté de sa fiscalité et l’accueil réservé aux acteurs du secteur. La France dispose ici d’un atout historique : l’Autorité des marchés financiers (AMF) avait mis en place dès 2019, avec la loi Pacte, un statut de prestataire de services sur actifs numériques (PSAN). Une longueur d’avance réglementaire que peu de voisins européens peuvent revendiquer.

C’est sans doute là que se joue la vraie bataille. La proposition de Paul Midy ne part pas d’une page blanche. Elle s’inscrit dans un édifice déjà construit, où l’enjeu consiste moins à tout réinventer qu’à fluidifier, alléger et rendre le terrain français plus attractif que celui de l’Allemagne, du Luxembourg ou de l’Irlande, qui grattent eux aussi pour capter les acteurs du secteur.

Entre volonté politique et réalité du terrain

Il faut le dire : une proposition de loi n’est pas une loi. Le chemin législatif français est long, semé d’amendements, de navettes entre l’Assemblée et le Sénat, et surtout suspendu à un contexte politique instable. Dans un Parlement fragmenté, faire adopter un texte technique et clivant sur un sujet qui reste, pour beaucoup d’élus, une nébuleuse spéculative, relève du parcours d’obstacles.

Et puis il y a la question de fond, celle que le grand public retiendra : à quoi ça sert, concrètement ? Attirer des entreprises crypto en France, c’est potentiellement des emplois qualifiés, des recettes fiscales et un rayonnement technologique. Mais c’est aussi assumer les risques inhérents au secteur. Rappelons-le sans détour : le marché des crypto-actifs reste extrêmement volatil, régulièrement traversé par des faillites retentissantes — l’effondrement de FTX fin 2022 a laissé des cicatrices — et par des arnaques qui prospèrent sur l’appât du gain. Un cadre favorable ne doit pas devenir un cadre laxiste. La frontière est fine, et c’est tout l’exercice d’équilibriste qui attend le législateur.

Pour les lecteurs francophones, du Maghreb à la Belgique en passant par la Suisse, l’affaire dépasse d’ailleurs les frontières hexagonales. Une France plus accueillante pour la crypto, c’est un pôle de référence dans l’espace francophone, où de nombreux entrepreneurs cherchent une juridiction européenne stable pour développer leurs projets. Ce que Paris décide finit souvent par irriguer tout un écosystème linguistique et culturel.

Reste l’essentiel : les intentions sont une chose, l’exécution en est une autre. Paul Midy avance ses pions avec méthode et une vision claire. Mais entre le discours volontariste d’un député et la France effectivement installée sur le trône crypto européen, il y a un océan de décrets, de compromis parlementaires et d’arbitrages fiscaux. L’ambition est posée. Le plus dur commence maintenant.

Jean Claude Convenant