Aller au contenu
Actu
FIFA : 20 milliards en jeu, un fonds proche de Trump aux commandes, et l’UEFA qui menace de tout claquerUn glacier de Los Angeles paie 43 % de son loyer en pariant contre le soleilLe stablecoin de Tether pose ses valises à la Bourse de NairobiRobots humanoïdes : Washington ferme sa porte aux géants chinois Unitree et AGIBOTSéoul : quand la Bourse devient un casino, la chute de 44 % du KOSPI en dit longFIFA : 20 milliards en jeu, un fonds proche de Trump aux commandes, et l’UEFA qui menace de tout claquerUn glacier de Los Angeles paie 43 % de son loyer en pariant contre le soleilLe stablecoin de Tether pose ses valises à la Bourse de NairobiRobots humanoïdes : Washington ferme sa porte aux géants chinois Unitree et AGIBOTSéoul : quand la Bourse devient un casino, la chute de 44 % du KOSPI en dit long
Actualités Forex

Robots humanoïdes : Washington ferme sa porte aux géants chinois Unitree et AGIBOT

Par Jean Claude Convenant 5 min de lecture

Il y a l’intelligence artificielle. Il y a les semi-conducteurs. Et désormais, il y a les robots qui marchent sur deux jambes. Washington vient d’ajouter une pièce à son mur de défiance vis-à-vis de Pékin, et cette fois, la cible porte un visage presque humain.

La Federal Communications Commission (FCC) a en effet décidé d’interdire l’importation et la commercialisation aux États-Unis de plusieurs catégories de robots fabriqués à l’étranger. Derrière la formulation technique se cache une intention limpide : couper les ailes aux fabricants chinois qui montent en puissance, à commencer par Unitree et AGIBOT, deux noms qui font déjà trembler le secteur.

Une interdiction qui ne dit pas son nom

La FCC n’est pas un ministère du Commerce. C’est l’agence qui régule les ondes et les équipements électroniques sur le sol américain. Passer par elle pour bloquer des robots, c’est utiliser un levier réglementaire pour un objectif géopolitique. La méthode n’est pas nouvelle : c’est exactement par ce canal que Huawei et ZTE avaient été progressivement expulsés du marché américain à partir de 2019, sous prétexte de sécurité nationale.

Le raisonnement affiché tient en une phrase : un robot humanoïde, c’est un ordinateur mobile bardé de caméras, de micros et de capteurs, capable de circuler dans un domicile, une usine ou un bâtiment sensible. Autrement dit, un formidable outil de collecte de données. Si l’appareil est conçu et connecté en Chine, la question de savoir où partent ces données devient, aux yeux de Washington, une affaire de souveraineté.

Il faut le dire : l’argument n’est pas absurde. Mais il serait naïf d’y voir seulement une préoccupation de sécurité. Ce qui se joue ici, c’est aussi la course pour dominer un marché qui n’existe presque pas encore et que tout le monde imagine colossal.

Unitree et AGIBOT, les trouble-fêtes

Pourquoi ces deux entreprises précisément ? Parce qu’elles ont pris de vitesse à peu près tout le monde sur un point : le prix. Unitree, basée à Hangzhou, a créé la sensation en proposant des robots quadrupèdes puis humanoïdes à des tarifs qui pulvérisent la concurrence occidentale. Là où un robot américain haut de gamme se négocie en dizaines voire centaines de milliers de dollars, la firme chinoise a affiché des modèles à quelques milliers de dollars seulement.

AGIBOT, de son côté, mise sur la production de masse et sur l’intégration de l’IA embarquée. L’ambition n’est pas de vendre quelques prototypes de démonstration, mais d’inonder le marché comme la Chine l’a fait avec les panneaux solaires, les batteries et les véhicules électriques. Le scénario est connu, et c’est précisément ce qui inquiète Washington : quand Pékin décide d’industrialiser un secteur, les concurrents finissent souvent par se faire écraser sur les volumes et les coûts.

Face à eux, les Américains alignent des noms prestigieux. Tesla et son projet Optimus, Figure AI, Boston Dynamics. Des acteurs technologiquement avancés, mais qui produisent encore à petite échelle et à des coûts élevés. Fermer la porte du marché intérieur aux Chinois, c’est leur offrir un répit pour combler l’écart de prix avant qu’il ne soit trop tard.

Le vrai enjeu : qui fabriquera les bras de demain ?

Derrière la bataille commerciale se cache une question industrielle vertigineuse. Les robots humanoïdes ne sont plus de la science-fiction. Les grands cabinets estiment que le marché pourrait peser des centaines de milliards de dollars à l’horizon 2035, à mesure qu’ils s’installeront dans les entrepôts, les chaînes de montage, puis, un jour, les foyers.

Celui qui contrôlera la production de ces machines contrôlera une part énorme de la valeur ajoutée mondiale. La Chine part avec un atout redoutable : elle domine déjà la chaîne d’approvisionnement des composants, des moteurs aux terres rares en passant par les capteurs. Les États-Unis, eux, gardent l’avantage sur les logiciels et l’IA. Le bras de fer sur les robots n’est donc que le prolongement direct de la guerre sur les puces et l’intelligence artificielle.

Pour l’Europe, spectatrice de ce duel, la leçon est amère et familière. Le Vieux Continent possède des pépites — l’allemand Neura Robotics, quelques laboratoires de pointe — mais aucune politique industrielle à la hauteur de l’affrontement sino-américain. Une fois de plus, les règles du jeu risquent de s’écrire sans elle.

Ce que ça change concrètement

Pour le lecteur qui suit ces sujets de loin, retenons l’essentiel. Cette décision confirme que la robotique humanoïde est officiellement entrée dans la sphère des technologies stratégiques, au même titre que les semi-conducteurs. Elle annonce probablement des mesures de rétorsion de Pékin, comme on l’a vu à chaque escalade récente entre les deux puissances.

Elle pose enfin une question que personne ne peut trancher aujourd’hui : le protectionnisme réglementaire peut-il vraiment freiner une avance technologique ? L’histoire récente suggère la prudence. Les restrictions sur les puces les plus avancées n’ont pas empêché la Chine de progresser — elles l’ont même poussée à accélérer sa propre autonomie. Rien ne dit qu’il en ira différemment avec les robots.

Une chose est sûre : la scène où deux robots humanoïdes, l’un américain, l’autre chinois, se disputent une place dans un entrepôt, n’appartient plus au cinéma. Elle se prépare dans les cabinets réglementaires de Washington, loin des projecteurs, mais avec des conséquences qui, elles, seront bien réelles.

Jean Claude Convenant