Deux usines, 200 salariés tous algériens, un quart de siècle de production sur place. Pendant que la plupart des équipementiers électriques se contentent de vendre du matériel importé en Algérie, Schneider Electric fabrique. La nuance paraît mince. Elle ne l’est pas.
C’est le message que le groupe français a voulu faire passer à Oran, du 5 au 7 octobre 2026, lors de la 14ᵉ édition du NAPEC, le Salon et la Conférence sur l’énergie et l’hydrogène en Afrique et en Méditerranée, qui se tenait au Centre des conventions Mohamed-Benahmed. Au menu : des équipements électriques, des outils de mesure d’efficacité des installations dopés à l’intelligence artificielle, et des logiciels censés anticiper les pannes avant qu’elles ne surviennent. Tout cela, assure l’entreprise, conçu et assemblé en Algérie.
Produire plutôt qu’importer : une exception, pas la règle
Le vrai argument commercial de Schneider en Algérie n’est pas technologique. Il est industriel. Dans un secteur où la concurrence se résume souvent à importer puis à revendre, le groupe revendique une présence physique : deux plateformes de production, l’une à Sidi Rached dans la wilaya de Tipaza, l’autre à Sidi Bel Abbès.
Soixante ans de présence dans le pays, vingt-cinq ans de fabrication locale. Les chiffres sont mis en avant comme une carte de visite, et il faut le dire, ils tranchent avec la réalité d’un marché algérien où l’équipement électrique reste largement dépendant de l’extérieur. L’effectif, 200 collaborateurs, est entièrement algérien et appelé à grandir, selon la direction.
Pourquoi cette insistance sur le « Made in Algeria » ? Parce qu’elle colle à une priorité politique devenue centrale à Alger : réduire la facture des importations et pousser à l’intégration locale. Dans l’industrie, cela se traduit par une pression constante sur les groupes étrangers pour qu’ils fabriquent sur le sol national plutôt que d’y livrer des produits finis. Schneider se positionne précisément sur ce terrain-là, et en fait un avantage compétitif.
Le transfert de technologie, argument central
L’entreprise joue aussi la carte de la formation. Son centre de formation forme chaque année plus de 2 000 personnes, entre professionnels, universitaires et étudiants. Un volume non négligeable dans un pays où la question des compétences techniques revient sans cesse dans les débats sur l’industrialisation.
« Nous avons été précurseurs en matière de transfert de technologie. Depuis 25 ans nous assurons le transfert technologique au profit de nos collaborateurs. C’est le cas des étudiants que nous avons recrutés dans nos deux plateformes industrielles de production à Tipaza et à Sidi Bel Abbès », déclare à TSA Riyad Bouanimba, Directeur Général de Schneider Electric Algérie et Tunisie.
Le dirigeant évoque aussi des partenariats avec le monde académique. Il cite l’accompagnement d’étudiants de l’École Normale Supérieure des Énergies Renouvelables, Environnement et Développement Durable de Batna, qui ont, selon lui, bénéficié de ce même transfert.
Le discours sur le transfert de technologie est, il faut le reconnaître, un classique des groupes étrangers qui s’implantent dans les économies émergentes. Il séduit les décideurs, il rassure sur l’ancrage local, il justifie la présence. Reste que, dans le cas de Schneider, deux décennies et demie d’activité manufacturière donnent une épaisseur concrète à ce qui n’est souvent qu’un argument de communication ailleurs.
L’enjeu derrière les chiffres : le taux d’intégration
Le vrai chantier, celui que l’entreprise met désormais en avant, c’est le taux d’intégration de ses deux plateformes. Autrement dit : quelle part de la valeur d’un équipement est réellement produite en Algérie, et quelle part continue d’être importée ? C’est là que se joue la crédibilité du « fabriqué localement ».
Car un produit peut porter l’étiquette « Made in Algeria » tout en n’étant, dans les faits, qu’un assemblage de composants venus d’ailleurs. Augmenter le taux d’intégration, c’est précisément déplacer davantage de valeur ajoutée vers le pays : plus de pièces fabriquées sur place, plus de sous-traitants locaux, plus d’emplois en amont. C’est aussi, pour l’État algérien, le critère qui permet de mesurer si une implantation industrielle profite réellement à l’économie nationale ou si elle relève du simple affichage.
Pour les lecteurs qui suivent les dynamiques industrielles du Maghreb, ce point mérite attention. L’Algérie, comme le Maroc et la Tunisie, cherche à capter davantage que des lignes d’assemblage. Elle veut des écosystèmes de fournisseurs, des compétences qui restent, une montée en gamme. Les groupes capables de démontrer un taux d’intégration élevé seront, demain, ceux qui tireront le mieux leur épingle du jeu face aux politiques de contenu local.
L’électricité, dans tout cela, n’est pas un secteur anodin. Avec la croissance démographique, l’urbanisation et les ambitions affichées dans les énergies renouvelables et l’hydrogène — thème même du NAPEC —, la demande en équipements de gestion et de distribution d’énergie ne va cesser d’augmenter. La question reste de savoir si cette demande sera, à terme, satisfaite par une production régionale solide ou par des importations. Schneider parie sur la première hypothèse. L’avenir dira si l’ensemble du marché suivra.