Aller au contenu
Actu
Hyperliquid franchit le milliard de dollars de revenus réels : le pari des perps qui bouscule la DeFiStablecoins : les trois semaines qui vont décider de tout aux États-UnisStripe entre par la grande porte des stablecoins européens : ce que change la licence MiCA de BridgeOpen USD : le stablecoin aux 140 partenaires qui n’en avait peut-être pas 140Metaplanet contre Strategy : le yen faible peut-il faire basculer la course au Bitcoin ?Hyperliquid franchit le milliard de dollars de revenus réels : le pari des perps qui bouscule la DeFiStablecoins : les trois semaines qui vont décider de tout aux États-UnisStripe entre par la grande porte des stablecoins européens : ce que change la licence MiCA de BridgeOpen USD : le stablecoin aux 140 partenaires qui n’en avait peut-être pas 140Metaplanet contre Strategy : le yen faible peut-il faire basculer la course au Bitcoin ?
Actualités Forex

Stripe entre par la grande porte des stablecoins européens : ce que change la licence MiCA de Bridge

Par Jean Claude Convenant 5 min de lecture

Un géant du paiement en ligne qui obtient les clés du marché européen des stablecoins. Voilà le genre de nouvelle qui, il y a encore deux ans, aurait relevé de la spéculation. C’est désormais un fait : Bridge, la filiale de Stripe dédiée aux jetons adossés à des monnaies, a décroché la licence MiCA ainsi qu’un agrément d’établissement de monnaie électronique (EMI). Traduction concrète : les 27 États membres de l’Union européenne s’ouvrent d’un coup à ses services.

Deux agréments, un même objectif

Il faut prendre la mesure de ce double feu vert. La licence MiCA — pour Markets in Crypto-Assets, le règlement européen entré progressivement en application — encadre spécifiquement l’émission et la gestion des crypto-actifs, dont les stablecoins. L’agrément EMI, lui, relève d’un régime plus ancien et plus classique : celui de la monnaie électronique, qui autorise à émettre des unités de valeur remboursables et à gérer des paiements.

Obtenir les deux, ce n’est pas un doublon administratif. C’est une manière de couvrir tout le spectre. D’un côté, le cadre dédié aux jetons numériques ; de l’autre, la reconnaissance en tant qu’acteur du paiement électronique à part entière. Bridge se dote ainsi d’une base réglementaire solide pour opérer sans avoir à négocier, pays par pays, avec chaque régulateur national. C’est précisément ce que le passeport européen prévu par MiCA était censé permettre : un agrément dans un pays vaut autorisation dans les 26 autres.

Pour Stripe, qui a racheté Bridge en 2024, l’opération n’a rien d’anecdotique. L’entreprise américaine, l’une des plus valorisées de la fintech mondiale, ne se contente plus de traiter des paiements par carte. Elle veut poser un pied ferme dans l’infrastructure des stablecoins — ces jetons dont la valeur est arrimée à une devise, le plus souvent le dollar, mais désormais de plus en plus l’euro.

Le pari de l’euro numérique

C’est là que réside l’intérêt stratégique. Bridge affiche clairement ses ambitions sur les stablecoins libellés en euros. Or, jusqu’ici, ce segment reste largement dominé par les jetons en dollars. Le fameux USDT de Tether et l’USDC de Circle pèsent l’écrasante majorité du marché mondial des stablecoins, qui dépasse les 200 milliards de dollars. L’euro, dans cet univers, fait figure de nain.

Bruxelles n’aime pas cette situation. Depuis des mois, les régulateurs européens s’inquiètent ouvertement d’une dollarisation rampante des paiements numériques sur le continent. Un stablecoin en dollar largement utilisé pour régler des transactions en Europe, c’est une forme de dépendance monétaire discrète mais bien réelle. MiCA a d’ailleurs été conçu, en partie, pour reprendre la main : le règlement impose des exigences strictes de réserves, de transparence et de gouvernance aux émetteurs, et prévoit des garde-fous pour éviter qu’un stablecoin étranger ne devienne un moyen de paiement dominant.

Dans ce contexte, l’arrivée d’un acteur crédible sur l’euro numérique tombe à point nommé pour les autorités. Reste à savoir si les émetteurs parviendront à créer une demande réelle. Car un stablecoin ne vaut que par ses cas d’usage : paiements transfrontaliers, règlement instantané entre entreprises, transferts de fonds. Sur ces terrains, l’euro numérique doit encore faire ses preuves face à des systèmes bancaires déjà bien rodés en zone euro.

Ce que ça peut changer, concrètement

Pour un lecteur en France, en Belgique ou en Suisse, l’impact ne sera pas immédiat. On ne va pas payer sa baguette en stablecoin demain matin. Mais l’infrastructure qui se met en place vise d’abord les entreprises et les flux transfrontaliers. Une PME qui règle des fournisseurs à l’international, une plateforme qui verse des paiements à des indépendants aux quatre coins du monde, un commerçant en ligne exposé à plusieurs devises : ce sont eux les premiers concernés.

Le potentiel est particulièrement parlant pour les transferts vers et depuis le Maghreb ou l’Afrique de l’Ouest, où les frais de remise d’argent restent élevés et où les circuits bancaires traditionnels prennent leur commission au passage. Les stablecoins promettent, en théorie, des transferts quasi instantanés et bon marché. La réalité est plus nuancée — encore faut-il des points d’entrée et de sortie fiables entre le jeton et la monnaie locale, et un cadre réglementaire clair de chaque côté. Mais la brique européenne qui vient d’être posée fait partie de l’équation.

Un mot de prudence, tout de même. Un stablecoin agréé MiCA offre davantage de garanties qu’un jeton non régulé, mais il ne supprime pas tous les risques. La qualité des réserves, la solvabilité de l’émetteur, la sécurité technique des plateformes : autant de points qui restent à surveiller. Le règlement européen a resserré la vis, il ne l’a pas fait disparaître.

Ce qu’il faut retenir, c’est le mouvement de fond. Les stablecoins sortent lentement de la sphère purement crypto pour s’installer dans l’infrastructure du paiement classique. Quand une entreprise du calibre de Stripe obtient le tampon MiCA, ce n’est plus une expérimentation de niche. C’est le signe que l’Europe se prépare, bon gré mal gré, à un système de paiement où les jetons numériques auront leur place. Et où l’euro, cette fois, entend bien ne pas laisser le dollar tout rafler.

Jean Claude Convenant