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Marché Maghreb

Un architecte franco-algérien propose de réinventer l’université africaine

Par Jean Claude Convenant 4 min de lecture

La diaspora africaine en France joue un rôle croissant dans la redéfinition des relations entre le continent noir et l’Occident. C’est dans ce contexte que Chafik Gasmi, architecte et designer franco-algérien basé à Paris, a participé à la délégation des diasporas au sommet Africa Forward organisé au Kenya en mai dernier. Lors de cette rencontre internationale, il a présenté une vision originale pour transformer le paysage éducatif africain, une proposition qui aurait particulièrement séduit les autorités françaises.

L’Afrique face aux transformations de l’enseignement supérieur

Le contexte actuel révèle des transformations profondes dans la transmission du savoir. L’intelligence artificielle, la numérisation et l’émergence de nouveaux modèles pédagogiques remettent en question les universités traditionnelles. En Afrique du Nord et subsaharienne, cette transition pose des défis particuliers : comment former une jeunesse ambitieuse face à des institutions souvent héritées de modèles coloniaux ou inadaptés aux réalités économiques contemporaines ?

C’est précisément sur ce constat que repose la réflexion de Gasmi. Patron du studio de design éponyme situé rue de Courcelles à Paris, ce professionnel reconnu dans le secteur du luxe a saisi l’opportunité du sommet Africa Forward pour proposer une refonte complète de la philosophie éducative africaine.

Le projet de l’« université du futur »

L’idée centrale de Gasmi rompt avec l’approche classique de l’enseignement supérieur. Plutôt que de concevoir l’université comme un lieu de transmission passive du savoir, il la redéfinit comme un espace de création, d’innovation et d’entrepreneuriat. « Aujourd’hui, à l’ère où l’intelligence artificielle redessine le rapport au savoir, l’enjeu n’est pas d’accumuler des connaissances, mais de savoir comment les mobiliser », explique le Franco-Algérien.

Cette université du futur fonctionnerait selon un modèle radicalement différent : plutôt que d’enseigner passivement, elle partagerait, nourrirait et ferait évoluer le savoir à travers des projets concrets d’entrepreneuriat, d’innovation et de création. Le changement de paradigme est majeur : on passe d’un modèle vertical, hiérarchisé et théorique à un modèle horizontal, participatif et pragmatique.

Selon Gasmi, de nombreux Africains brillants gravitent aujourd’hui autour des grandes universités mondiales sans que l’Afrique ne bénéficie pleinement de leur potentiel créatif. Son projet vise à inverser cette dynamique en créant des écosystèmes éducatifs enracinés dans le continent africain lui-même, capables de canaliser les talents locaux vers des projets transformateurs.

Implications pour la France, le Maghreb et l’Afrique

Pour le Maghreb en particulier, cette vision pourrait avoir des retombées significatives. L’Algérie, le Maroc et la Tunisie disposent de larges populations jeunes confrontées au chômage des diplômés. Un modèle éducatif axé sur l’innovation entrepreneuriale pourrait réorienter les formations vers des secteurs d’avenir : technologies vertes, industries créatives, intelligence artificielle, logiciels.

Sur le plan franco-maghrébin, cette proposition renforce le rôle de passerelle de la diaspora. Les franco-maghrébins installés en France, souvent bien formés et connectés internationalement, pourraient devenir des acteurs clés du transfert technologique et de l’accompagnement entrepreneurial vers leurs pays d’origine.

Le projet intervient aussi dans un contexte géopolitique tendu. Les relations France-Afrique se réinventent, les partenariats sino-africains se renforcent, et des voix réclament une coopération non pas imposée, mais co-construite. Une université africaine pensée par des Africains de la diaspora envoie un signal symbolique fort : celui d’une autonomie croissante du continent dans la définition de ses priorités éducatives.

Points clés à retenir

  • Chafik Gasmi propose de repenser l’université africaine autour d’innovation et d’entrepreneuriat plutôt que transmission classique du savoir
  • Le projet a reçu l’aval des autorités françaises lors du sommet Africa Forward au Kenya
  • Cette vision répond aux défis de la transformation digitale et de l’IA dans l’éducation
  • Le Maghreb, confronté au chômage des jeunes diplômés, pourrait bénéficier d’un tel modèle
  • La diaspora africaine-européenne joue un rôle croissant dans les partenariats franco-africains
  • Le projet souligne la transition vers une coopération nord-sud plus équilibrée et endogène
Jean Claude Convenant