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Bitcoin pour les bébés américains ? Trump entrouvre une porte qui fait déjà débat

Par Jean Claude Convenant 5 min de lecture

Un compte d’épargne ouvert à la naissance, garni de 1 000 dollars offerts par l’État, et destiné à grossir jusqu’aux 18 ans de l’enfant. Voilà le principe des Trump Accounts, ces nouveaux comptes d’épargne lancés aux États-Unis dans le cadre de la grande loi budgétaire portée par l’administration Trump. Sur le papier, l’idée tient de la carte scolaire à la sauce financière : donner à chaque petit Américain un pied dans les marchés dès le berceau.

Mais c’est une petite phrase du président qui a mis le feu aux poudres. Interrogé sur la possibilité d’y loger un jour du Bitcoin, Donald Trump n’a pas fermé la porte. Il l’a même laissée entrouverte. Et dans l’univers crypto, une porte entrouverte par un président des États-Unis, ça ressemble déjà à une invitation.

Ce que sont vraiment les Trump Accounts

Rembobinons. Les Trump Accounts sont un dispositif d’épargne à long terme conçu pour les enfants nés aux États-Unis. L’État abonde chaque compte d’une somme initiale, les parents et proches peuvent ensuite y verser de l’argent, et le capital est investi sur les marchés financiers pour fructifier jusqu’à la majorité de l’enfant. L’esprit est proche de celui d’un plan d’épargne classique, mais avec un coup de pouce public au démarrage.

L’objectif affiché est double : habituer les Américains à épargner tôt, et arrimer une nouvelle génération aux marchés d’actions. Rien de révolutionnaire dans le principe — la France connaît le Livret A dès la naissance, la Belgique ses comptes d’épargne pour enfants, et beaucoup de familles maghrébines ouvrent un compte au nom de leurs enfants dès les premières années. Ce qui change, c’est la nature de l’investissement. Là où l’épargne enfantine reste traditionnellement prudente, les Trump Accounts assument une exposition aux marchés.

Et c’est précisément là que la question du Bitcoin devient explosive.

Le Bitcoin, cadeau de naissance ou pari sur l’avenir ?

Faut-il vraiment mettre l’actif le plus volatil de la planète financière dans un compte censé protéger l’avenir d’un enfant ? La question mérite d’être posée sans naïveté. Le Bitcoin a offert des rendements spectaculaires sur la dernière décennie, mais il a aussi connu des chutes de 70 à 80 % en quelques mois. Un capital placé au mauvais moment peut fondre de moitié avant même le premier anniversaire de l’enfant.

À notre avis, c’est tout le paradoxe de l’idée. Un horizon d’investissement de dix-huit ans est, en théorie, le plus favorable qui soit pour un actif volatil : le temps lisse les secousses. Mais rien ne garantit que ce qui s’est produit sur quinze ans se reproduira sur les dix-huit prochaines années. Le Bitcoin reste un actif jeune, sans historique long, dont la valeur repose largement sur la confiance et l’adoption. Le proposer par défaut à des nourrissons relève d’un pari, pas d’une certitude.

Il faut aussi rappeler le contexte. Donald Trump est devenu, au fil de son second mandat, un allié affiché de l’industrie crypto. Réserve stratégique de Bitcoin, décrets favorables, nominations d’officiels pro-crypto : la ligne est claire. Dans ce cadre, laisser entendre que le Bitcoin pourrait entrer dans les Trump Accounts s’inscrit dans une stratégie plus large de normalisation de l’actif au cœur de l’appareil financier américain.

Une porte entrouverte, pas encore franchie

Prudence, tout de même, sur ce qu’a réellement dit le président. Il n’y a, à ce stade, aucune décision, aucun texte, aucun calendrier. Une porte laissée ouverte n’est pas une porte franchie. Entre une déclaration présidentielle et l’intégration effective d’un actif dans un dispositif d’épargne réglementé, il y a un long chemin fait d’arbitrages, de garde-fous et de résistances probables.

Car les obstacles ne manquent pas. Qui assumerait la responsabilité si le capital d’un enfant s’effondrait à cause d’un krach du Bitcoin ? Comment encadrer la fiscalité, la garde des actifs, la sécurité des clés ? Les régulateurs américains, même dans un environnement devenu plus favorable, n’accueilleraient pas cette idée sans exiger des protections sérieuses. L’épargne des enfants est un terrain politiquement sensible : une mauvaise expérience pourrait se retourner contre ses promoteurs.

Il y a aussi une dimension symbolique à ne pas sous-estimer. Intégrer le Bitcoin dans un produit d’épargne grand public, adossé à l’État, reviendrait à lui donner une légitimité institutionnelle inédite. C’est peut-être là le véritable enjeu de ces déclarations : moins une décision technique qu’un signal envoyé à tout un secteur.

Ce que ça dit du reste du monde

Pour un lecteur français, belge, suisse ou maghrébin, l’affaire peut sembler lointaine. Elle ne l’est pas tant que cela. Les débats financiers américains finissent souvent par traverser l’Atlantique et la Méditerranée. Si les États-Unis venaient à intégrer un actif numérique dans un dispositif d’épargne pour enfants, la question se poserait, tôt ou tard, ailleurs.

En Europe, le cadre réglementaire MiCA encadre désormais les crypto-actifs, mais aucun dispositif d’épargne publique n’envisage sérieusement d’y inclure du Bitcoin. Dans les pays du Maghreb, où la crypto reste souvent dans une zone grise juridique, l’idée relèverait aujourd’hui de la science-fiction. Le contraste est saisissant : d’un côté un président qui parle d’en mettre dans le berceau des enfants, de l’autre des États qui hésitent encore à en autoriser l’usage.

Reste une évidence à garder en tête. Le Bitcoin demeure un actif hautement spéculatif. Cet article ne constitue en aucun cas un conseil d’investissement, et l’idée de placer une épargne d’enfant sur un tel support, aussi séduisante soit-elle sur le papier, comporte des risques bien réels. Pour l’instant, Donald Trump a simplement laissé une porte entrouverte. Le plus dur — décider s’il faut vraiment la franchir — reste à faire.

Jean Claude Convenant