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Trump sonne la cloche de Wall Street depuis le Bureau ovale : derrière la mise en scène, les « Trump Accounts »

Par Jean Claude Convenant 5 min de lecture

Un président qui déclenche l’ouverture de Wall Street depuis son bureau, entouré de patrons du CAC des géants américains, avec les caméras braquées sur lui : la scène a de quoi marquer les esprits. Ce 6 juillet 2026, Donald Trump a fait sonner la cloche du NASDAQ et du NYSE réunis, une première dans l’histoire des marchés américains. L’image était impeccable. Reste à savoir ce qu’elle recouvre vraiment.

Deux bourses rivales, une seule cloche, un seul homme

Selon CNBC, qui couvrait l’événement, jamais le NASDAQ et le NYSE n’avaient ouvert leur séance conjointement depuis un même lieu. Et jamais les marchés américains n’avaient été inaugurés directement depuis la Maison-Blanche. Deux places qui se livrent depuis des décennies une guerre féroce pour attirer les introductions en bourse les plus prestigieuses, réunies le temps d’une cérémonie sous l’autorité présidentielle. Le symbole est fort, presque théâtral.

Il faut mesurer l’écart avec la tradition. D’ordinaire, la fameuse « opening bell » se déroule au cœur de la salle de marché, à New York, avec un dirigeant d’entreprise ou une personnalité invitée pour l’occasion. Un rituel bon enfant, largement médiatique. Là, c’est le Bureau ovale qui devient le décor, et le chef de l’État qui tient le premier rôle. La frontière entre pouvoir politique et marchés financiers, déjà poreuse aux États-Unis, n’a rarement paru aussi mince.

Trump, fidèle à lui-même, n’a pas caché son enthousiasme, promettant que « le marché va crever le plafond ». Un pronostic qui n’engage que celui qui le formule. Aucun président, aussi puissant soit-il, ne commande les cours de bourse. Les marchés obéissent aux résultats des entreprises, aux taux de la Réserve fédérale, à la conjoncture mondiale. Les phrases claquantes prononcées devant une cloche dorée n’y changent rien.

Les Trump Accounts, entre promesse et réalité

Le motif officiel de cette mise en scène, c’est le premier jour de cotation effective des « Trump Accounts ». Derrière le nom, un dispositif d’épargne destiné aux enfants américains, censé leur constituer un capital dès le plus jeune âge en l’investissant sur les marchés. L’idée n’est pas neuve : elle rappelle les comptes d’épargne dédiés à l’enfance qui existent déjà, sous des formes variées, dans plusieurs pays.

Sauf que le diable se niche dans les détails. La véritable nature de ces comptes et leurs avantages fiscaux diffèrent sensiblement des annonces initiales, souligne CNBC. Autrement dit, le produit vendu sur l’estrade n’est pas tout à fait celui décrit dans les premiers communiqués. C’est un classique de la communication politique : on annonce large, on livre plus étroit, et l’écart se dilue dans le bruit médiatique de la cérémonie.

Pour l’épargnant, la nuance est loin d’être anecdotique. Un compte d’épargne dont les règles fiscales changent en cours de route, c’est un pari sur des conditions qui peuvent encore bouger. Et lorsqu’un dispositif est investi en actions, il porte par nature un risque : la valeur peut monter, mais elle peut aussi baisser, y compris sur un horizon long. Aucune cloche présidentielle ne garantit un rendement. Les familles américaines tentées par ces comptes feraient bien de lire les conditions réelles plutôt que les grands titres.

Quand la politique s’invite à la corbeille

Ce qui frappe, dans cette séquence, c’est moins le produit financier que la stratégie qui l’entoure. Associer son nom à un compte d’épargne, faire ouvrir Wall Street depuis son bureau, réunir les patrons de la tech et de la finance pour une photo commune : tout concourt à installer l’idée que la prospérité boursière est une affaire présidentielle. C’est habile. C’est aussi un mélange des genres qui devrait interroger.

Car les marchés ne sont pas un instrument de communication. Ils reflètent des milliers de décisions d’investisseurs, des anticipations, des flux mondiaux qui échappent largement au contrôle d’un seul homme. Faire croire l’inverse, c’est entretenir une illusion utile en période électorale, mais dangereuse pour l’épargnant qui prendrait ces promesses au pied de la lettre.

Pour nos lecteurs francophones, l’épisode a valeur d’avertissement plus que de modèle. En France, en Belgique ou en Suisse, l’épargne des mineurs passe par des cadres réglementés, encadrés par des autorités indépendantes plutôt que célébrés depuis un palais présidentiel. La comparaison n’est pas anodine : elle rappelle qu’un produit financier se juge sur ses conditions écrites, sa fiscalité durable et son niveau de risque, jamais sur la notoriété de celui qui le baptise.

À notre avis, il faut le dire clairement : un compte d’épargne portant le nom d’un président vivant, lancé au son d’une cloche depuis la Maison-Blanche, mérite d’être examiné avec un œil froid. La solennité de la scène ne dit rien de la solidité du produit. Et les promesses spectaculaires — « le marché va crever le plafond » — appartiennent au registre du discours, pas à celui de la garantie.

Reste une certitude : cette journée du 6 juillet 2026 restera dans les annales pour sa portée symbolique. Un président et deux bourses réunis sous un même toit. Pour le reste, ce sera aux résultats, aux mois qui viennent et aux conditions réelles des Trump Accounts de trancher. Le décor a fait son effet le temps d’une matinée. Le fond, lui, demandera bien plus de patience à révéler sa vraie valeur.

Jean Claude Convenant