Aller au contenu
Actu
Trump sonne la cloche de Wall Street depuis le Bureau ovale : derrière la mise en scène, les « Trump Accounts »Sberbank lance un portefeuille crypto : comment la Russie sanctionnée a retourné sa veste sur le BitcoinMichael Saylor l’assume : le vrai atout du Bitcoin, c’est de ne surtout rien changerPourquoi les banques centrales achètent de l’or comme jamais : 41 tonnes en un seul moisBitcoin : pendant que Wall Street solde 4,4 milliards, l’Europe fait le pleinTrump sonne la cloche de Wall Street depuis le Bureau ovale : derrière la mise en scène, les « Trump Accounts »Sberbank lance un portefeuille crypto : comment la Russie sanctionnée a retourné sa veste sur le BitcoinMichael Saylor l’assume : le vrai atout du Bitcoin, c’est de ne surtout rien changerPourquoi les banques centrales achètent de l’or comme jamais : 41 tonnes en un seul moisBitcoin : pendant que Wall Street solde 4,4 milliards, l’Europe fait le plein
Actualités Forex

Sberbank lance un portefeuille crypto : comment la Russie sanctionnée a retourné sa veste sur le Bitcoin

Par Jean Claude Convenant 5 min de lecture

Il y a quatre ans, la Banque de Russie voulait purement et simplement bannir le Bitcoin de son territoire. Aujourd’hui, c’est la plus grosse banque du pays qui bricole son propre portefeuille crypto. Le grand écart est saisissant. Et il n’a rien d’un caprice technologique : quand un pays se retrouve coupé d’une partie des tuyaux financiers mondiaux, il finit par regarder d’un autre œil les outils qu’il diabolisait hier.

Un revirement dicté par la contrainte, pas par l’enthousiasme

Reprenons le fil. En 2022, la banque centrale russe militait pour une interdiction totale des cryptomonnaies, invoquant les risques pour la stabilité financière et la souveraineté monétaire. Le discours officiel était sans nuance : la crypto, c’était le désordre, la spéculation, le blanchiment. Point final.

Puis les sanctions occidentales sont tombées, en cascade, après le début de la guerre en Ukraine. Exclusion partielle de SWIFT, gel des avoirs, fermeture de canaux entiers du commerce international. Moscou a dû improviser. Et dans cette improvisation, les actifs numériques sont passés du statut de menace à celui d’issue de secours. Ce n’est pas un enthousiasme idéologique, c’est de la débrouille géopolitique.

Il faut le dire clairement : la Russie n’adopte pas la crypto par conviction libertarienne. Elle l’adopte parce qu’elle y voit un moyen de contourner, au moins partiellement, l’étau financier qui la serre. La nuance a son importance, car elle explique pourquoi ce virage reste étroitement encadré par l’État.

Ce que prépare vraiment Sberbank

Selon des informations relayées par CoinDesk le 6 juillet, Sberbank compte déployer d’ici décembre 2026 un portefeuille crypto assorti d’un service de conservation d’actifs numériques. L’ensemble serait directement intégré à ses applications maison, Sberbank Online et SberInvestments — autrement dit, les mêmes interfaces que celles utilisées par des dizaines de millions de clients pour leurs virements et leurs placements classiques.

Le calendrier n’est pas choisi au hasard. Tout dépend d’un texte : la loi « On Digital Currency and Digital Rights », dont l’entrée en vigueur est attendue au 1er septembre 2026. C’est ce cadre légal qui doit autoriser les banques à proposer la garde de cryptoactifs. Sberbank cale donc son lancement dans la foulée immédiate, une fois la piste dégagée par le législateur.

Un détail mérite qu’on s’y arrête. Ce que la banque prépare, ce n’est pas un moyen de payer sa baguette en Bitcoin. L’usage des cryptomonnaies comme instrument de paiement reste interdit en Russie. On parle ici de conservation et de détention d’actifs — un service de coffre-fort numérique, en quelque sorte, adossé à une institution bancaire. La distinction peut sembler technique, mais elle dessine les contours exacts du terrain de jeu : investir et stocker, oui ; régler ses achats, non.

Le paradoxe d’une crypto sous tutelle bancaire

Voilà toute l’ironie de l’affaire. Le Bitcoin est né en 2009 avec une promesse : se passer des banques, des États, des intermédiaires. Un système d’argent pair-à-pair, sans autorité centrale. Et le voilà rangé, en Russie, dans l’application d’une banque d’État, sous l’œil d’un régulateur qui décide de tout.

Cette domestication de la crypto par les grandes institutions n’est pas propre à Moscou. Aux États-Unis, l’approbation des ETF Bitcoin au comptant en janvier 2024 a fait entrer l’actif dans les portefeuilles de BlackRock et Fidelity. En Europe, le règlement MiCA encadre désormais les prestataires de services crypto. Partout, le mouvement est le même : la finance traditionnelle absorbe ce qu’elle ne peut plus ignorer. La Russie suit ce mouvement, mais avec sa propre logique — celle d’un pays qui cherche moins à séduire ses citoyens qu’à préserver ses marges de manœuvre face aux sanctions.

Pour Sberbank, l’intérêt est double. D’un côté, capter une demande interne qui existe déjà : les Russes figurent régulièrement parmi les populations les plus actives sur les cryptomonnaies, sanctions ou pas. De l’autre, garder cette activité dans le giron réglementé plutôt que de la laisser fuir vers des plateformes étrangères ou des circuits informels. Une banque qui préfère encadrer plutôt que de subir.

Ce qu’il faut en retenir, sans se raconter d’histoires

Ce projet ne fait pas de la Russie un eldorado crypto. Le paiement reste prohibé, l’accès dépendra d’une loi qui n’est pas encore appliquée, et l’ensemble se déroule sous contrôle étatique strict. On est loin de l’esprit décentralisateur des débuts.

Mais le signal est réel. Quand la première banque d’un pays de la taille de la Russie décide d’intégrer un portefeuille crypto à ses applications grand public, c’est la preuve que l’actif numérique a franchi un seuil de légitimité, même dans un environnement hostile et surveillé. Pour les lecteurs francophones, la leçon dépasse les frontières russes : elle montre à quel point la géopolitique et les sanctions façonnent l’adoption des cryptomonnaies, bien plus que les débats techniques sur la blockchain.

Reste une inconnue de taille. La loi de septembre 2026 tiendra-t-elle son calendrier ? En matière de réglementation crypto, les reports sont la règle plus que l’exception, et Moscou n’échappe pas à ses propres hésitations. Rappelons enfin que détenir des cryptoactifs — dans une banque ou ailleurs — reste une activité volatile et risquée : leur valeur peut s’effondrer brutalement, et aucune garantie institutionnelle ne protège contre les mouvements du marché. Le fait qu’une banque en propose la garde ne change rien à cette réalité de fond.

Jean Claude Convenant