En janvier 2025, une application chinoise a fait dévisser Nvidia de près de 600 milliards de dollars en une seule séance. Du jamais-vu à Wall Street. Le coupable ? DeepSeek, un laboratoire d’intelligence artificielle né en marge des géants américains, qui affirmait avoir entraîné un modèle rivalisant avec ChatGPT pour une fraction du budget habituel. Depuis, une question revient sans cesse dans les messageries des investisseurs francophones : comment mettre la main sur l’action DeepSeek ?
La réponse est frustrante mais nette. Pour l’instant, c’est impossible. Et il vaut mieux comprendre pourquoi avant de cliquer sur la première plateforme qui vous promet le contraire.
Une entreprise privée, donc hors de portée de la Bourse
DeepSeek n’est pas cotée. Ni à Shanghai, ni à Hong Kong, ni au Nasdaq. C’est une société privée, ce qui signifie que ses parts ne circulent pas librement sur les marchés. Personne, à Paris, à Bruxelles, à Genève ou à Casablanca, ne peut aujourd’hui passer un ordre d’achat sur un titre « DeepSeek » via un courtier classique.
Ce statut n’a rien d’anecdotique. Tant qu’une entreprise reste privée, son capital est détenu par ses fondateurs, ses salariés et quelques investisseurs triés sur le volet, souvent des fonds de capital-risque ou des institutionnels. Le grand public en est exclu par construction. C’est le cas de nombreuses pépites technologiques avant leur introduction en bourse : SpaceX, Stripe ou encore, pendant des années, ByteDance, la maison mère de TikTok.
DeepSeek présente en plus une particularité qui complique tout. Le laboratoire est étroitement lié à High-Flyer, un fonds spéculatif chinois qui l’a financé et qui utilise ses modèles pour affiner ses stratégies de trading. Autrement dit, DeepSeek n’a pas la structure d’une entreprise cherchant à lever des capitaux auprès des épargnants. C’est d’abord un projet de recherche adossé à une machine à investir.
Attention aux « actions DeepSeek » qui n’en sont pas
Là où il faut redoubler de prudence, c’est face à l’appétit du marché. Quand un nom devient viral, les arnaques suivent de près. Depuis le début de l’année, plusieurs signalements de fausses plateformes ont circulé, proposant d’acheter des « tokens DeepSeek » ou des « actions » censées représenter l’entreprise. Il faut le dire clairement : aucun de ces produits n’a de lien officiel avec le laboratoire chinois.
On retrouve ici un schéma vieux comme la spéculation. Un nom qui fait rêver, une promesse de rendement rapide, un site au design soigné, et des épargnants qui envoient leurs fonds sans jamais rien acheter de réel. La règle vaut pour DeepSeek comme pour n’importe quelle marque en vogue : si un actif n’est pas coté et qu’on vous propose quand même de l’acheter en trois clics, la question à se poser n’est pas « combien je peux gagner » mais « où part vraiment mon argent ».
Certaines plateformes de marché secondaire, réservées aux investisseurs accrédités, permettent parfois d’acquérir des parts d’entreprises non cotées avant leur IPO. Mais ces circuits restent fermés au particulier lambda, exigent des tickets d’entrée élevés, et n’offrent aucune garantie de liquidité. On peut y rester bloqué des années.
Faut-il attendre l’introduction en bourse ?
C’est la vraie question. Une IPO de DeepSeek changerait la donne, puisqu’elle ouvrirait le capital au public. Mais rien n’est acté à ce jour, et plusieurs obstacles se dressent sur ce chemin.
Le premier est réglementaire. La Chine encadre strictement les cotations de ses champions technologiques, surtout ceux qui touchent à l’IA, un secteur jugé stratégique par Pékin. On se souvient de l’introduction avortée d’Ant Group fin 2020, suspendue à la dernière minute par les autorités, ou du tour de vis imposé à Didi après sa cotation à New York. Les entreprises chinoises de la tech avancent sous le regard permanent de l’État.
Le second obstacle est géopolitique. Les tensions entre Washington et Pékin rendent hautement improbable une introduction sur une place américaine. Une éventuelle cotation se ferait plus vraisemblablement à Hong Kong ou à Shanghai, des marchés auxquels les investisseurs européens et maghrébins n’ont qu’un accès limité, et souvent via des produits dérivés plutôt qu’en direct.
Enfin, rien n’indique que DeepSeek en ait besoin. Adossée à High-Flyer, l’entreprise dispose de ressources qui la dispensent de courir après l’argent des marchés publics. Une IPO n’est jamais une obligation : c’est un choix, dicté autant par la stratégie que par le besoin de financement.
Ce que ça change pour vous
Pour un investisseur qui veut s’exposer à la révolution de l’IA sans attendre une hypothétique cotation, il existe des alternatives déjà cotées et bien réelles : les fabricants de puces, les fournisseurs de cloud, les grands groupes qui intègrent ces technologies. Ces entreprises captent une partie de la valeur créée par l’essor de l’IA, DeepSeek compris, puisque même un modèle « frugal » repose sur des infrastructures matérielles.
Mais attention à ne pas confondre engouement et rationalité. La déflagration de janvier a rappelé une évidence : le marché de l’IA reste extraordinairement volatil, et une simple annonce peut effacer des centaines de milliards en quelques heures. Personne ne sait aujourd’hui quelles entreprises domineront ce secteur dans cinq ans.
La conclusion tient en une phrase. Non, vous ne pouvez pas acheter l’action DeepSeek, et toute offre contraire mérite la plus grande méfiance. Le jour où une cotation sera officiellement annoncée, elle le sera par l’entreprise elle-même et relayée par les régulateurs concernés. En attendant, la patience reste le meilleur placement.