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Financement crypto : ce que révèle la chute de 63 % en un seul mois

Par Jean Claude Convenant 5 min de lecture

1,4 milliard de dollars. C’est tout ce que les startups crypto ont réussi à lever en juin 2026. Un mois plus tôt, elles engrangeaient 3,9 milliards. La chute atteint 63 % en trente jours. Autant dire une saignée.

Mais le chiffre brut ne dit pas l’essentiel. Ce qui compte, c’est ce vers quoi l’argent survivant se dirige. Car dans un marché qui se referme, chaque chèque signé devient un signal. Et les signaux, ces derniers mois, pointent tous dans la même direction.

Le grand tri du capital-risque

Reprenons les données de CryptoRank, qui font référence pour suivre les levées du secteur. Le nombre d’opérations est passé de 89 en mai à 61 en juin. Avril avait déjà marqué un plancher de deux ans, avec seulement 698 millions de dollars répartis sur 71 tours de table. Et le début juillet ne redresse rien : 458 millions sur douze opérations. Douze. Dans un secteur qui, il y a encore deux ans, voyait défiler des dizaines de levées par semaine.

Le plus révélateur se cache pourtant du côté des investisseurs eux-mêmes. En octobre 2025, 452 fonds et sociétés d’investissement avaient signé au moins un deal. En juin 2026, ils ne sont plus que 242. Près d’un acteur sur deux a rangé son carnet de chèques en huit mois à peine. Ce n’est plus une correction, c’est une désertion.

Faut-il pour autant parler d’assèchement total ? Non, et c’est une nuance qui a son importance. Galaxy Research recensait encore 4 milliards de dollars investis sur le seul premier trimestre 2026. L’argent existe. Simplement, il passe désormais par moins de mains, vers moins de projets, avec des exigences nettement plus dures. Le capital ne disparaît pas : il se concentre. Et cette concentration raconte une histoire.

Coinbase et Tether financent leur propre plomberie

Regardez qui signe encore. En tête des investisseurs les plus actifs au premier semestre 2026 : Coinbase Ventures, avec 30 levées de fonds à son actif. Personne n’a fait mieux. Derrière, Animoca Brands suit avec 19 opérations.

Ce n’est pas un hasard si les acteurs les plus offensifs sont ceux qui possèdent déjà une infrastructure et un modèle économique établis. Coinbase, plateforme cotée au Nasdaq, et l’écosystème gravitant autour des stablecoins comme celui de Tether investissent dans ce qui fait tourner leur propre métier : les rails de paiement, les briques techniques, les couches d’infrastructure qui sécurisent leurs revenus futurs.

C’est une logique d’intégration verticale, vieille comme le capitalisme industriel. Quand l’incertitude monte, on cesse de parier sur des idées lointaines et on renforce ce qu’on maîtrise déjà. Les géants de la crypto financent leur plomberie plutôt que les rêves des autres. À notre avis, c’est le vrai enseignement de ce cycle : la spéculation sur les concepts a cédé la place à l’investissement sur les infrastructures.

Ce que ce reflux dit du marché

Il faut le rappeler, car la mémoire est courte dans la crypto. On a déjà vu ce film. L’hiver de 2022, après l’effondrement de Terra puis celui de FTX, avait laminé le financement des startups pendant de longs mois. Les fonds qui avaient survécu s’étaient repliés sur les projets défensifs, les infrastructures, les acteurs déjà rentables. Le schéma actuel y ressemble furieusement, même si les causes diffèrent.

Un tri de cette ampleur n’est pas qu’une mauvaise nouvelle. Il purge. Les projets bâtis sur du vent, ceux qui vivaient uniquement grâce à l’abondance de liquidités et à la tolérance des investisseurs, ne trouvent plus preneur. Ceux qui restent financés doivent démontrer un usage réel, des revenus, une utilité concrète. La barre monte. Et c’est sans doute sain, même si le passage est douloureux pour l’écosystème des fondateurs.

Pour un lecteur francophone qui observe le secteur de loin, la leçon est directe. Quand vous entendez qu’une startup crypto « vient de boucler un tour de table », demandez-vous qui a signé le chèque. Un fonds généraliste opportuniste, ou un acteur stratégique qui verrouille une infrastructure ? La réponse en dit plus long sur la solidité du projet que le montant affiché en gros titre.

Cette dynamique concerne aussi les régions où l’adoption crypto progresse pour des raisons pratiques — accès aux devises, transferts de fonds, contournement des restrictions bancaires. Au Maghreb comme ailleurs, les infrastructures de paiement et les stablecoins sont précisément les segments qui captent encore les capitaux. Là où se dirige l’argent des professionnels, c’est souvent là où se dessine l’usage de demain.

Un signal, pas une condamnation

La crypto a survécu à des reflux bien plus violents. Ce qui frappe cette fois, c’est la rationalité froide du mouvement. Pas de panique, pas de fuite désordonnée : une réallocation méthodique vers ce qui produit de la valeur mesurable.

Reste une question ouverte, qu’aucune donnée ne tranche pour l’instant. Cette prudence est-elle le calme avant un nouveau cycle d’euphorie, ou le début d’une maturité durable où l’on financera enfin des entreprises plutôt que des promesses ? Les prochains trimestres, et le comportement de fonds comme Coinbase Ventures, donneront le début d’une réponse.

Une chose est sûre : investir dans les cryptoactifs et les startups du secteur reste hautement risqué, la volatilité pouvant entraîner des pertes en capital. Le reflux actuel du financement en est un rappel utile.

Jean Claude Convenant