Aller au contenu
Actu
Hyperliquid : une baleine liée à a16z lâche 315 000 HYPE, faut-il s’inquiéter ?Charia contre stablecoins : le Pakistan face à un dilemme à 250 millions de fidèlesLarry Fink voit le marché crypto « assaini » : ce que dit vraiment le patron de BlackRockTSMC : le fondeur qui grave l’or de l’IA vaut-il encore le détour ?Comment Donald Trump a bâti une fortune crypto en un temps recordHyperliquid : une baleine liée à a16z lâche 315 000 HYPE, faut-il s’inquiéter ?Charia contre stablecoins : le Pakistan face à un dilemme à 250 millions de fidèlesLarry Fink voit le marché crypto « assaini » : ce que dit vraiment le patron de BlackRockTSMC : le fondeur qui grave l’or de l’IA vaut-il encore le détour ?Comment Donald Trump a bâti une fortune crypto en un temps record
Actualités Forex

Larry Fink voit le marché crypto « assaini » : ce que dit vraiment le patron de BlackRock

Par Jean Claude Convenant 5 min de lecture

Il y a trois ans encore, Larry Fink parlait du Bitcoin comme d’un « indice du blanchiment d’argent ». Le même homme dirige aujourd’hui l’ETF Bitcoin spot le plus lourd du marché américain. Autant dire que lorsque le patron de BlackRock, premier gérant d’actifs de la planète avec plus de 11 000 milliards de dollars sous gestion, affiche sa confiance dans les cryptomonnaies pour les douze prochains mois, la déclaration ne passe pas inaperçue.

Un optimisme qui repose sur une idée simple

Fink ne se contente pas d’un enthousiasme de circonstance. Son argument est technique, et c’est ce qui le rend intéressant. Selon lui, le marché crypto serait désormais nettement plus stable qu’auparavant, parce qu’une grande partie des positions à effet de levier a disparu.

Traduction pour ceux qui ne vivent pas les yeux rivés sur les carnets d’ordres : pendant des années, le prix du Bitcoin et des autres actifs numériques a été gonflé par de l’argent emprunté. Des traders empruntaient pour acheter, amplifiant les hausses. Et quand le marché se retournait, les liquidations forcées transformaient une simple baisse en effondrement brutal. C’est exactement ce scénario qui a pulvérisé le secteur en 2022, avec la chute en cascade de Terra-Luna, du fonds Three Arrows Capital, puis de la plateforme FTX.

L’idée de Fink, c’est que ce château de cartes s’est en grande partie écroulé. Ce qui reste, ce serait un marché plus « propre », adossé à des acheteurs réels plutôt qu’à des paris financés à crédit. Un marché, en somme, qui ressemblerait un peu plus à un actif d’investissement classique qu’à un casino.

Pourquoi il a intérêt à le penser

Soyons lucides. Larry Fink n’est pas un observateur neutre. BlackRock commercialise l’IBIT, son ETF Bitcoin spot, qui a été l’un des lancements de fonds les plus rapides de l’histoire de Wall Street. Chaque dollar qui entre dans ce véhicule génère des commissions pour la maison. Quand le patron d’un gérant d’actifs vante la stabilité retrouvée du sous-jacent de son produit phare, il faut garder ce détail en tête.

Cela ne veut pas dire qu’il a tort. Mais un discours commercial et une analyse de marché peuvent coïncider sans être identiques. L’afflux de capitaux vers les ETF Bitcoin spot est un fait mesurable ; l’idée que le marché est durablement assaini, elle, reste une hypothèse. Le levier a une fâcheuse tendance à réapparaître dès que les prix montent et que l’appétit pour le risque revient. La finance, crypto ou pas, n’a jamais retenu très longtemps ce genre de leçon.

Ce que change réellement l’arrivée des institutionnels

Il y a tout de même un basculement structurel qu’il serait absurde de nier. Depuis l’approbation des ETF Bitcoin spot par le régulateur américain début 2024, l’accès à cet actif a radicalement changé de nature. Un investisseur peut désormais s’exposer au Bitcoin via un compte-titres classique, sans jamais toucher à une plateforme d’échange ni gérer une clé privée. C’est ce pont entre la finance traditionnelle et l’univers crypto qui alimente les flux dont parle Fink.

Pour les épargnants francophones, la situation est plus nuancée. Ces ETF américains ne sont pas librement accessibles depuis l’Europe, où la réglementation encadre différemment ces produits. Les investisseurs du continent passent plutôt par des ETP (produits négociés en Bourse) cotés à Zurich, Francfort ou Paris, ou directement par des plateformes d’échange. Au Maghreb, l’accès reste encore largement informel, plusieurs pays maintenant un cadre restrictif ou flou sur la détention de cryptoactifs. L’enthousiasme d’un dirigeant new-yorkais ne se traduit donc pas mécaniquement en opportunité pour tout le monde.

Reste que l’entrée en scène d’un acteur du calibre de BlackRock a un effet difficile à quantifier mais bien réel : celui de la légitimation. Quand le plus gros gérant d’actifs du monde intègre le Bitcoin à sa gamme, il devient plus compliqué pour un conseiller financier de le balayer d’un revers de main. C’est un changement de statut symbolique autant que financier.

L’optimisme, oui. L’aveuglement, non

Douze mois, c’est l’horizon que se donne Fink. C’est court à l’échelle d’un cycle d’investissement, et suffisamment vague pour ne jamais vraiment être pris en défaut. Le Bitcoin a déjà démontré à plusieurs reprises sa capacité à trahir les pronostics les plus assurés, à la hausse comme à la baisse. Sa volatilité reste très supérieure à celle des grands indices actions, et rien ne garantit que la fameuse purge du levier soit définitive.

Il faut le dire clairement : la disparition d’une partie des positions à risque rend le marché moins fragile, pas invulnérable. Un choc macroéconomique, un durcissement réglementaire ou un simple retournement de sentiment peuvent encore provoquer des mouvements violents. Les cryptoactifs demeurent un placement spéculatif, où le capital investi peut être partiellement ou totalement perdu.

La déclaration de Larry Fink vaut donc surtout comme signal. Elle confirme que la crypto n’est plus une curiosité marginale pour les géants de la gestion d’actifs, mais une classe d’actifs qu’ils entendent exploiter. Pour l’investisseur, l’essentiel n’est pas de savoir si le patron de BlackRock est optimiste — il a de bonnes raisons de l’être. C’est de comprendre qu’un discours de dirigeant, aussi crédible soit-il, ne remplace jamais sa propre analyse du risque.

Jean Claude Convenant