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Londres promettait la Bourse 24h/24, elle temporise finalement jusqu’en 2027

Par Jean Claude Convenant 5 min de lecture

Un marché qui ne dort jamais. Dans l’univers crypto, l’idée est devenue si banale qu’on oublie à quel point elle bouscule les codes de la finance traditionnelle. Bitcoin s’échange à 3 heures du matin un dimanche comme à midi un mardi. Aucune cloche, aucun horaire d’ouverture, aucune pause déjeuner. Alors quand la rumeur a couru que la vénérable Bourse de Londres songeait à basculer vers un fonctionnement continu, beaucoup y ont vu le signe d’une conversion.

La réalité est plus tiède. Le London Stock Exchange Group, l’un des plus anciens marchés d’actions au monde, a bien travaillé sur une extension de ses horaires. Mais pas sous la forme d’une révolution. Et surtout, pas tout de suite : le calendrier ne démarrera pas avant 2027.

Une session nocturne, pas un marché sans fin

Contrairement à ce que laissaient entendre certaines spéculations, il n’est pas question d’un trading réellement ininterrompu. Le LSEG planche plutôt sur une plateforme distincte, dédiée à la négociation de nuit. Selon les informations rapportées, cette session tournerait de 17 heures à 7h50, venant se greffer autour des horaires historiques du marché londonien plutôt que de les remplacer.

La nuance a son importance. Construire une infrastructure séparée revient à isoler le risque. On ne touche pas au cœur du réacteur, on ajoute une aile au bâtiment. C’est prudent, presque timide, mais cela permet à l’institution d’expérimenter sans mettre en péril un système qui brasse des milliards chaque jour.

Pourquoi tant de précautions ? Parce qu’une Bourse centenaire n’est pas une application mobile. Chaque heure d’ouverture supplémentaire implique des questions de liquidité, de surveillance, de conformité et de responsabilité des teneurs de marché. Qui assure la contrepartie à 4 heures du matin ? Qui garantit que les prix restent cohérents quand les volumes se raréfient ? Ce sont ces interrogations, plus que la technologie, qui expliquent le calendrier étiré jusqu’en 2027.

Séduire une génération qui trade en pyjama

Derrière cette manœuvre se cache une préoccupation très concrète : ne pas rater le train d’une nouvelle génération d’investisseurs. Ceux qui ont appris à acheter et vendre depuis leur téléphone, à toute heure, sans jamais consulter un horaire d’ouverture. Pour ces utilisateurs biberonnés aux plateformes crypto et aux courtiers en ligne, l’idée qu’un marché ferme à 17h30 relève presque de l’archaïsme.

Le message envoyé par Londres est donc autant commercial que technique. La place financière veut montrer qu’elle entend cette demande, qu’elle s’adapte aux nouveaux usages. Mais elle le fait à sa manière : lentement, méthodiquement, avec la lourdeur assumée d’une institution qui a survécu à plusieurs siècles de crises et n’entend pas se précipiter pour suivre une mode.

Il faut le dire, cette tension entre agilité et solidité traverse toute la finance depuis quinze ans. Les acteurs crypto avancent vite et cassent parfois des choses. Les Bourses historiques avancent lentement et cassent rarement. Le pari du LSEG consiste à emprunter au premier modèle sans renoncer aux garde-fous du second.

Un mouvement de fond qui dépasse Londres

Londres n’est pas isolée dans cette réflexion. Aux États-Unis, plusieurs projets de trading étendu, voire continu, agitent les discussions depuis des mois. La question du marché nocturne, longtemps réservée aux devises et aux contrats à terme, gagne désormais le monde des actions. La direction est claire, même si le rythme reste incertain.

Pour les épargnants francophones, en France, en Belgique, en Suisse comme au Maghreb, l’affaire mérite d’être suivie sans emballement. Un marché ouvert plus longtemps n’est pas nécessairement une bonne nouvelle pour le petit porteur. Les heures creuses, quand les volumes s’assèchent, sont précisément celles où les écarts entre prix d’achat et prix de vente peuvent se creuser, où une réaction émotionnelle nocturne peut coûter cher. La liberté de trader à 3 heures du matin est aussi une invitation à trader trop, et à trader mal.

C’est peut-être là que réside la vraie leçon de ce report. En prenant son temps, la Bourse de Londres rappelle une évidence souvent oubliée dans l’euphorie technologique : la disponibilité permanente d’un marché ne remplace jamais la solidité de son fonctionnement. Un accès 24h/24 sur une liquidité fragile serait un cadeau empoisonné.

Reste que le calendrier annoncé, avec un démarrage repoussé à 2027, laisse largement le temps aux concurrents de bouger. Dans un secteur où les habitudes se prennent vite, arriver deux ans après les premiers mouvements pourrait se révéler tardif. La prudence protège, mais elle a un coût. Londres devra prouver que sa lenteur est un choix stratégique, et non un aveu de difficulté à moderniser une machinerie vieille de plusieurs siècles.

Une chose est sûre : l’époque où les marchés d’actions se contentaient d’ouvrir le matin et de fermer le soir touche à sa fin. La seule question qui reste est celle du calendrier. Et sur ce point, la vieille dame de la City vient de rappeler qu’elle préfère avancer avec des gants.

Jean Claude Convenant